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Hervé Masson selon Bernard Lehembre
Bernard Lehembre, historien, auteur, éditeur et directeur du tutorat d?écriture créative à l?École internationale de créations audiovisuelles et de réalisations, publie chez l?Harmattan Masson, Hervé dit Hervé Masson, peintre et homme politique de l?Île Maurice 1919-1990.
C?est l?histoire passionnante et pathétique de ce grand peintre autodidacte, venu à la peinture en 1941, qui ?s?est formé dans la grande solitude? et qui s?était donné, dès le milieu des années 40, le commandement suivant : ?ton art est de peindre ; peins, avant toute chose !?. C?est l?histoire de ce peintre du ? figuratif abstrait?, comme il se plaisait lui-même à se définir, qui est à l?origine des concepts archéforme et métaforme (ce dernier terme fait penser à celui de métapeinture de Malcolm de Chazal) et qui a introduit les canons féminins de la statuaire hindoue dans le cubisme.
Enfin, c?est l?histoire de cet artiste qui avait participé à des expositions internationales à Fribourg-en-Brisgau, à Annecy, à Munich, à Dieppe, entre autres. Qui avait acquis la notoriété d?un ?peintre rigoureux et capable d?audace dont la palette tranchait avec celles de ses contemporains?, et qui n?abandonnait jamais la représentation du monde qui l?entourait, mais qui prenait toujours par rapport à ce monde une liberté interprétative qui fascinait plus d?un.
C?est ?pour m?acquitter (d?une) dette que j?ai accepté de composer cette biographie?, écrit Bernard Lehembre dans sa préface. En 1989, au crépuscule de sa vie, Hervé, déjà atteint de cécité et vaincu par l?alcool, demande à Bernard de réaliser un film documentaire sur sa carrière. Mais la mort de l?artiste, survenue le 13 mai 1990, suite à une hémorragie cérébrale, met fin au projet. Les notes accumulées ont néanmoins servi à la rédaction de cette biographie.
À travers plus de quinze chapitres, le biographe retrace la vie de l?artiste depuis sa naissance, à Rose-Hill, le 17 janvier 1919, jusqu?à sa mort en France en 1990. Il pénètre dans sa vie intime et familiale avec doigté et réserve, et dans son parcours professionnel avec passion et en profondeur. Conscient qu?il ne s?agit pas d?un travail psychocritique destiné au dévoilement de la vie intime de l?homme ou de sa famille, il accorde la priorité à son image publique et à son ?uvre : ?Si je n?ai pas pris la liberté de tout révéler de leur vie privée, c?est que je ne me sentais pas autorisé à le faire dès lors que cela ne permettait pas une meilleure approche de l??uvre comme du personnage public.?
Bernard Lehembre a connu le peintre avant l?homme, les ?uvres avant la personne. Si sa toute première découverte de l?artiste remonte à 1961 à la galerie Bernheim-Jeune à Paris alors qu?il courait les expositions et lisait Arts et Les Lettres françaises, sa première rencontre avec lui date de 1973, à Maurice. Mais c?est en France, à l?atelier de la rue des Amandiers où s?est installé Hervé, que se développent une vraie complicité et de riches échanges entre les deux hommes, jusqu?à la mort du peintre. Cela donnera naissance à cette imposante biographie de 450 pages.
Un travail de trois années d?investigation, réalisé avec la rigueur d?un universitaire, d?un artisan intellectuel dans un style soutenu, avec index des noms cités en fin de document et en notes de bas de page. Bref, un ouvrage destiné à tout public, même s?il est regrettable que les titres consultés et cités en bas de page ne sont pas reproduits sous forme de bibliographie en fin de document.
?Un maître à penser?
Il a fallu se livrer à une recherche approfondie pour ingurgiter une dose massive de données auprès des vrais connaisseurs ? comme Barbara Luc, cette historienne d?art qui l?a accompagné jusqu?à la fin de son enquête. Le travail s?est certes accompli dans la solitude mais a nécessité l?aide et les témoignages des proches, des descendants, des amis, des collectionneurs et des compagnons d?antan de l?artiste.
Les visions et les conseils de Sibylle et de Brigitte, respectivement femme et fille d?Hervé, ont contribué à tisser les lignes de vie sans inciter à une forme élogieuse ni imposer une quelconque censure. Les faits biographiques sont garantis par les fouilles des archives familiales, par les lignes puisées dans l?essai d?autobiographie composé par Hervé lui-même au début des années 60 et par celles tirées des Mémoires d?un temps passé (1998) de Madeleine Mamet, cousine du peintre. Les données concernant la période pendant laquelle le peintre vivait à Recloses, à Créteil et aux Amandiers, sont tirées des témoignages divers.
Ce travail, reconnaît l?auteur, n?aurait pas été accompli s?il n?avait pas reçu certains encouragements comme ceux venant de ses correspondants Lucien Masson et André Decotter, et de ce collectionneur et galeriste qu?est Michel Dauberville, ?l?homme qui avait le plus contribué à promouvoir l??uvre d?Hervé Masson sur le marché international de l?art au cours des années 60?. C?est d?ailleurs de lui que vient la description la plus fidèle du peintre : ?il était fascinant, cultivé, passionné d?ésotérisme, il pratiquait l?hypnotisme. Il était transparent. Il avait des yeux reptiliens, très persuasifs. Il a été pour moi, une sorte de gourou, un maître à penser [?]. Il était amoral, mais il était sain??
Bernard Lehembre est également l?auteur de Hervé-Masson, catalogue de l?exposition Hervé-Masson à Dunkerque, Sans-Frontières, 1981, et d?Hervé Masson, rétrospective, en collaboration avec Barbara Luc, catalogue de l?exposition 2005 au Mahatma Gandhi Institute, Maison des Mécènes, Port-Louis, 2005.
Son prochain ouvrage promet d?être intéressant : Deux flibustiers de Curepipe : Malcolm de Chazal et Hervé Masson, tiré de son intervention aux journées Malcolm de Chazal qui avait eu lieu aux universités Paris 13 et Paris 3, en mai et juin 2002.
Bernard Lehembre, Masson, Hervé, dit Hervé Masson, peintre et homme politique de l?île Maurice 1919-1990, L?Harmattan, 2005. Disponible bientôt en librairie à Rs 1 100.
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