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Harvard déclenche la guerre des médecines

26 décembre 2004, 00:00

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«Les résultats de cette recherche manquent d?objectivité. Ils ne s?appuient pas sur des fondements scientifiques », s?insurge le Dr Comalchandra Radhakeesoon, spécialiste en médecine ayurvédique, à la suite de la publication des résultats d?une étude de la Harvard Medical School sur des produits ayurvédiques. L?étude, dirigée par un groupe de chercheurs présidé par le Dr Robert B. Saper, a analysé le contenu en métaux de 70 produits ayurvédiques fabriqués en Asie du Sud-Est et vendu à Boston aux états-Unis. L?étude a conclu que certains produits contiendraient un taux suffisamment élevé de plomb, de mercure et d?arsenic, pour intoxiquer les utilisateurs.

Le Dr Kalpana Ajoodhea, médecin au Centre de soins ayurvédique du Human Service Trust à Calebasses, soutient qu?il ne faut pas jeter l?anathème sur la médecine ayurvédique. « Tout est une question de dosage. Je suis originaire du Gujurat. Des tests sont réalisés régulièrement sur les produits ayurvédiques. Des recommandations sont faites dans le seul but d?améliorer la fabrication de ces produits. Rien n?est parfait. Il y a toujours moyen d?améliorer les conditions dans lesquelles la composition des produits ayurvédiques est faite. Ce n?est pas juste de s?appuyer sur les conclusions d?une étude quelconque pour descendre d?un trait, une pratique médicale étalée sur 5 000 ans. »

Victime de sa popularité

Le même argument est défendu par le Dr Narayan Patel, de Pennsylvanie. « Quelques échantillons ne peuvent pas condamner une médecine millénaire », assure-t-il dans l?édition du 16 décembre de Times News.

Pour le Dr Comalchandra Radhakeesoon, la médecine ayurvédique est victime de sa réussite dans le monde, notamment aux états-Unis. Près de 800 000 Américains y ont recours. Cette tendance pourrait trouver une explication dans le fait que le prix des médicaments est de plus en plus cher. Sans compter que près de 45 millions d?Américains n?ont pas d?assurance maladie.

Shree Baidyanath Ayurveda Bhawan, un des plus importants exportateurs mondiaux de produits ayurvédiques, n?est pas resté insensible à l?étude de Harvard. « La connaissance de cette médecine repose sur le principe de l?ayurveda qui signifie la science de la vie. L?Occident a toujours eu du mal à saisir la portée de cette connaissance. La médecine occidentale a toujours des effets secondaires. C?est pourquoi de plus en plus d?utilisateurs se tournent vers la médecine ayurvédique. Il n?y a pratiquement pas d?effet secondaire. Elle est victime de sa popularité grandissante », explique S. Mazumder, responsable du département de l?exportation de Shree Baidyanath Ayurvedia Bhawan.

De son côté, le ministère de la Santé rassure. « Les médicaments d?origine ayurvédique sont fabriqués selon une pharmacopée constituée de plantes, de minéraux et de métaux d?après les normes du Good Manufacturing Practice (GPM) approuvé par le gouvernement indien », explique Anouchka Saddul, la nouvelle attachée de presse du ministère de la Santé.

« Les médicaments ayurvédiques contiennent un taux de métaux purifiés qui n?est pas élevé. Les effets secondaires qu?ils peuvent provoquer, sont négligeables. Cependant, ces médicaments doivent toujours être pris selon les prescriptions médicales. »

Les garanties offertes par le ministère de la Santé ne rassurent pas le président de la Private Medical Practionners Association (PMPA), le Dr Ramchandra Bheenick. Il se demande si le ministère exerce un contrôle rigoureux sur cette médecine, en ce qui concerne les conditions de fabrication des médicaments, leur composition, leur qualité, l?état des équipements, la formation et la qualification des médecins. Il s?interroge sur la portée d?une formation médicale limitée uniquement à la médecine ayurvédique. « Un médecin qualifié qui fait des études en médecine ayurvédique est une garantie pour le public. Peut-on en dire autant pour celui qui n?a fait que des études ayurvédiques ?

La question reste sans réponse. Depuis longtemps, nous avons proposé la création d?une Food Drug & Appliances Authority. Son rôle consisterait à vérifier tous les produits et les médicaments sur le marché. Rien n?a été fait jusqu?ici. Le marché continue à être inondé de produits de toutes sortes. Le ministère donne l?impression qu?il ne peut pas contrôler la situation. »

La médecine ayurvédique a fait son apparition à Maurice en 1921. Sa pratique est contrôlée par l?Ayurvedic and Other Traditional Médecine Act de 1989. Après une interruption en 1997, la médecine ayurvédique a été réintroduite cette année. Aujourd?hui, les Mauriciens n?utilisent pas seulement les médicaments mais également les produits de beauté d?origine ayurvédique.

Les dernières statistiques indiquent que pour l?année 1996 seulement, 78 114 personnes ont suivi un traitement ayurvédique à l?hôpital de Montagne Longue, l?hôpital Victoria et au Sir Seewoosagur Ramgoolam National Hospital. Selon le Dr Radhakeesoon, les patients, qui ont recours à la médecine ayurvédique, sont ceux qui souffrent de rhumatisme, de diabète, d?asthme, de tension artérielle.

Le débat qu?a suscité l?étude de Harvard démontre qu?il existe un fossé, qu?il reste à combler, entre la médecine allopathique que prône l?Occident et la médecine traditionnelle.

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