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H. Boodhoo : “Toute coalition avec le PTr serait une trahison” (2)

11 avril 2007, 00:00

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Voici la suite et la fin du résumé d’une interview qu’Harish Boodhoo donne, en avril 1982, à la presse. (Voir l’express d’hier). Les propos les plus importants, qui s’en dégagent, ont trait à la réponse qu’il donne à une question évoquant l’éventualité, après les législatives du 11 juin 1982, d’une coalition du PSM avec le Parti travailliste (PTr). Il réplique :

“Toute coalition avec le PTr serait une grande trahison”. Il s’en explique : “Comment ne pas trahir la confiance de l’électorat en ramenant au pouvoir les carapates d’avant 1982 ?” Il précise que le “transfugisme” a fait suffisamment de tort à la nation pour qu’on le bannisse à jamais de nos mœurs politiques. Voici d’autres rappels intéressants de cet entretien d’avril 1982 : -

Boodhoo a-t-il l’étoffe d’un vice-Premier ministre ? Sa réponse illustre à la fois son humilité et sa lucidité. Il sait n’avoir fait aucune étude universitaire mais dispose d’une qualité d’écoute et d’un dynamisme dans tout ce qu’il entreprend au-dessus de la norme. Il sait pouvoir compter sur son mentor, Anerood Jugnauth. Nul, au sein du MMM-PSM, n’a la haute main sur les décisions à prendre. Boodhoo saura se montrer ferme au besoin. Il voudrait qu’on se souvienne de lui comme d’un défenseur des libertés humaines et des droits fondamentaux.

Quid des rapports d’Harish Boodhoo avec Paul Bérenger ? Aussi cordiaux que ceux avec Jugnauth, précise celui-là. On incite les Mauriciens à craindre le secrétaire général du MMM. Après 12 mois de fréquentation militante, il conclut : cette peur est infondée. En cas de victoire électorale, d’ailleurs, le Premier ministre sera Anerood Jugnauth. Paravent hindou pour Bérenger, ce dernier sert aussi de rempart à Boodhoo. Celui-ci promet d’être toujours là pour barrer la route à toute dictature. Il apporte une caution de modération additionnelle à un éventuel gouvernement MMM-PSM.

Comment se présente la campagne électorale MMM-PSM en mars 1982 ? Sous les meilleurs auspices possibles, estime Boodhoo. L’île Maurice veut le changement. Le MMM-PSM est à l’œuvre depuis septembre 1980. Ils occupent le terrain depuis 18 mois. Tout est fin prêt. Chez l’adversaire c’est exactement le contraire. La pagaille est systématique et omniprésente. La confusion est totale au sein de la droite travailliste. Les candidats ne s’entendent pas entre eux. Chaque jour qui passe accroît la pagaille et les contradictions. Chaque jour qui passe représente un nouveau clou dans son cercueil. A moins d’un mois du dépôt des candidatures, le PTr ne sait même pas, après pourtant deux décennies de pouvoir exécutif incontesté, s’il doit, pour la énième fois, faire alliance avec Gaëtan Duval et son PMSD ou s’il doit lier son avenir avec Eliézer François, Philo Blackburn ou avec d’autres leaders encore, et leur groupuscule. Le gouvernement devient de ce fait le meilleur agent électoral du MMM-PSM. Boodhoo avoue n’avoir jamais eu affaire à des adversaires aussi naïfs, aussi à côté de leurs pompes.

Le dégoût, que suscite le gouvernement travailliste au sein de la population, est tellement profond que les anciens die hard rouges deviennent les plus fidèles aux meetings du MMM-PSM. Les meilleurs agents travaillistes se découragent ou sont démotivés. Ils rechignent à travailler pour certains candidats que la hiérarchie veut leur imposer ainsi qu’à l’électorat. Un raz-de-marée est en gestation en faveur du MMM-PSM. Boodhoo pronostique, dès mars 1982, un là-haut 50 sièges. Il se fonde sur les quatre points suivants : 1. Le MMM-PSM est mieux organisé et mieux discipliné ; 2. Son électorat est davantage motivé ; 3. Les candidats de droite ne sont toujours pas désignés ni encore moins préparés à descendre sur le terrain ; 4. Le bilan du gouvernement travailliste est indéfendable. Le vent du changement souffle sur Maurice comme sur le monde.

Une majorité de trois quarts de voix en faveur du MMM-PSM pourrait faire peur. Pourquoi ? demande Harish Boodhoo. Et si, d’une lutte à deux, nous allons vers une à trois ? La victoire n’en sera que plus aisée, augure Boodhoo. Les partis de droite sont comme des noyés. Ils s’accrochent les uns aux autres dans l’espoir d’échapper à la noyade. Gaëtan Duval, Eliézer François et Philo Blackburn se disputent la même et unique bouée hors d’usage, nommée Parti Travailliste. Elle-même est en péril dans un océan que les profondes houles du changement bouleversent de fond en comble.

Faut-il craindre une chasse aux sorcières après le 11 juin 1982 ? Les Hervé Duval, les Edwin Venchard, les Banymandhub, et autres Matou Delaître seront heureux d’apprendre que le MMM-PSM ne touchera pas à un cheveu de leurs adversaires. Boodhoo veillera au grain. Il le promet et le jure. Et pour lui, plus que jamais : parole donnée est parole sacrée.

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