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Guerre à ?l?inertie bureaucratique?

15 août 2005, 00:00

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Le nouveau locataire de l?Hôtel du gouvernement a un programme ambitieux pour changer la vie des Mauriciens. Pour le traduire dans la réalité, il faut une fonction publique forte, efficace, efficiente, innovatrice, agile et qui sait anticiper les changements.

Samedi, à l?hôtel Maritim à Balaclava, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, également ministre de la Fonction publique, a fait comprendre qu?il n?est pas question que l?inertie bureaucratique soit un obstacle à l?action gouvernementale. C?était lors d?un brainstorming avec les hauts fonctionnaires, destiné à identifier et à dégager la meilleure interface possible entre les services publics et les citoyens.

?Ce colloque avec les hauts fonctionnaires a été très enrichissant. Nous avons pu établir un dialogue pour faire comprendre qu?il y a beaucoup de travail à abattre et qu?il faut des résultats. Nous sommes mandatés pour un changement qui doit avoir des conséquences pour les citoyens mauriciens. Après l?accession à l?Indépendance, ce n?était plus une question d?être pour ou contre l?Indépendance. La priorité était de bâtir une nation. Nous sommes aujourd?hui dans une situation assez identique. Les élections sont derrière nous. Nous avons la chance de façonner une nouvelle île Maurice?, a déclaré à l?express le Premier ministre, à la fin de la réunion de samedi.

La responsabilité politique du changement promis incombe aux ministres. Les fonctionnaires auront néanmoins un rôle plus créatif dans l?exécution des politiques gouvernementales. ?Vous pouvez devenir des catalyseurs du changement sur le plan des idées, de l?innovation et de l?exécution?, a expliqué le Premier ministre lors de son intervention.

Il a énuméré les maux qui rongent l?administration publique : corruption, passe-droits, ingérence des politiciens, trafic d?influence, résistance au changement, absence d?idées modernes et innovantes, lenteur administrative? Sans un changement d?attitude des fonctionnaires, ces maux perdureront et la devise du gouvernement ?putting people first? restera un slogan creux.

La fonction publique doit revoir sa mission pour que le citoyen soit au c?ur de ses préoccupations. Pour cela, les ministères devront se réexaminer. Le Premier ministre demande à chaque ministère de se doter d?une unité de réforme qui sera responsable d?engager la transformation administrative et de réfléchir sur la formation des officiers.

Navin Ramgoolam rappelle quelques propositions de son programme gouvernemental consacré aux fonctionnaires comme la création d?un collège pour les fonctionnaires et l?introduction d?un Public Service Excellence Award.

L?administration doit moderniser son interface avec le public. Le Premier ministre préconise la prestation de services en ligne dans les plus brefs délais. Une administration conviviale est une des conditions essentielles à la démocratisation de l?économie, un des thèmes phares du programme du gouvernement. ?Une économie démocratisée peut réconcilier les exigences de l?efficience économique à la justice sociale.?

Navin Ramgoolam a cité longuement son homologue singapourien, Lee Hsien Loong, sur sa vision d?un secteur public moderne et efficace. L?attorney general, Rama Valayden, a exhorté les fonctionnaires à réfléchir sur un changement des mentalités. ?Imaginez un service civil où il n?y aurait pas de passe-droits, pas de faveur politique et où il ne serait plus important que vous connaissiez quelqu?un pour qui vous avez fait campagne.?

Même traitement

Il a rappelé les grandes idées du discours-programme : une société à chances égales ; le même traitement pour tous les citoyens devant la loi ; et un nouveau modèle économique où primeront l?équité, l?éthique et la justice sociale.

Le ministre des Finances, Rama Sithanen, a brossé un tableau de la situation économique en rappelant les grands défis et les principaux indicateurs macroéconomiques. Il a aussi passé en revue les différents secteurs d?activité. La députée Nita Deerpalsing, a pour sa part abordé le thème du développement à visage humain.

Un environnement plus propice aux réformes

Alors que la réforme de la fonction publique est sur la table depuis deux ans, très peu de hauts fonctionnaires s?y sont vraiment investi. Est-ce que cela change ? ?Il semblerait que c?est le cas?, a indiqué à l?express le président du comité d?organisation des réformes de la fonction publique, Armand Maudave, à l?issue du brainstorming sur la mise en ?uvre du programme gouvernemental 2005-10. ?L?environnement est aujourd?hui, et pour bien des raisons, tant politiques qu?administratives, plus propice qu?auparavant.?

Dans son discours ?Le plan directeur : la compréhension d?un praticien?, Armand Maudave cite un document du ministère de la Fonction publique qui cerne les quatre obstacles majeurs à la mise en ?uvre rapide de la réforme. Ils sont : ?Un leadership plutôt hésitant, une certaine réticence à gérer le changement, un manque de communication fluide et soutenue entre les haut cadres des ministères, et la nécessité de trouver des moyens d?identifier, de mesurer et de récompenser les réalisations.?

Défis

S?il explique qu?aucun plan directeur n?a encore été conçu, Armand Maudave précise qu?il existe plusieurs défis à relever avant 2010. Par ailleurs, ?Un sursaut d?amour-propre a poussé le ministère de la Fonction publique à entreprendre récemment une réforme de fond qui, mieux soutenue qu?elle n?a été jusqu?à l?heure par les autres secteurs, devrait à terme redorer le blason de la fonction publique?. Dans une esquisse du plan directeur, le ministère cible ?le manque de dynamisme durable?. ?Il a été établi qu?il n?existe pas encore, dans l?ensemble du fonctionnariat, une volonté de revoir les procédures, de se remettre en question, de tenir compte des aspirations populaires qui évoluent vers plus de transparence, de rapidité d?exécution, bref, il n?existe pas de désir de changer de mentalité?, estime le président du comité d?organisateur.

Le stoïcisme et le conservatisme des fonctionnaires seraient donc à l?origine des difficultés qui barrent la route à toute réforme. Armand Maudave souligne toutefois que l?esquisse du ministère a conduit à la création de plusieurs comités chargés de concevoir la marche à suivre des réformes du fonctionnariat. Ceux-ci ont établi ?une liste d?une vingtaine d?objectifs (...) pour un service civil de classe mondiale?.

Ces objectifs qui incluent de nouvelles structures pour les fonctionnaires, une unité de réforme dans chaque ministère et l?amélioration des procédures, entre autres, rejoignent les paragraphes 32 à 40 du discours-programme 2005-10. Mais le ministère n?a pu obtenir ?les résultats escomptés?, faute ?du soutien désintéressé de l?establishment?.

Armand Maudave note toutefois ?une volonté de bousculer la routine et d?instaurer le changement ? un changement de style, de vision et de mentalité?. Il attribue ce revirement soudain au slogan de l?Alliance sociale qui exhortait au changement, ainsi qu?à ?l?impression d?urgence qui se dégage des allocutions actuelles, des conférences de presse et (...) des réponses parlementaires ?. Il précise toutefois que ?le changement? ne doit pas être ?étalé dans le temps?.

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