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Gestion municipale : l?état des lieux

30 septembre 2005, 20:00

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PORT-LOUIS

Cité internationale ou ville du tiers-monde ?

Une belle vitrine, un front de mer, des tours, des bureaux? La capitale se modernise et revendique le statut d?un petit « tigre de l?océan Indien ». Mais derrière la vitrine, les problèmes pullulent. Et des Portlouisiens n?hésitent pas à les cibler.

C?est une « ville sans lois » pour certains. Port-Louis, pour d?autres, échappe aux règles de planification urbaine. « C?est surtout ce qui passe dans les quartiers périphériques qui est le plus choquant », estime Ally Lazer, travailleur social très actif dans la capitale.

Mendicité, balkanisation des quartiers, toxicomanie, insécurité, congestion routière, Port-Louis étouffe. « Les marchands de rue ont investi les trottoirs», déplore Jean Vacher, directeur de l?Apostolat dela mer. Le tableau estplutôt sombre.

« fier » du travail accompli

Abdullah Hossen, le maire sortant de Port-Louis et candidat dans l?arrondissement n° 3 explique que beaucoup de projets attendent la capitale si l?alliance MSM-MMM-PMSD remporte les élections. Délocali- sation des Casernes centrales, création d?un hawkers? palace pour les marchands de rue, création de zones piétonnières, parking souterrain à la place de la cathédrale, port d?accueil pour les croisières, gymnases, jardins, promenades, animation du centre-ville, exemptions fiscales, incitations pour les petits entrepreneurs? L?alliance MSM-MMM-PMSD voit loin.

En attendant, Abdullah Hossen se dit fier de sa ville, du travail accompli. Lors d?une conférence de presse-bilan mardi, il a vanté les réalisations effectuées entre 2001 et 2005.

« Nous voulons garder les spécificités des différents quartiers de Port-Louis mais en les modernisant», insiste le maire sortant. L?alliance MSM-MMM-PMSD met l?accent surtout sur ce qu?elle appelle les grands projets : la piscine municipale de Plaine-Verte, une nouvelle foire à Cité-Martial, le food court du marché central ou encore un centre de boxe à Tranquebar. Des projets coûteux qui ont pris plusieurs années avant de voir le jour.

La municipalité de Port-Louis a également procédé à la rénovation du stade de volley-ball de Sainte-Croix et à lacréation d?un espace vert àLa Tour Koenig.

D?autres projets ont été concrétisés en partenariat avec la National Development Unit. A ce chapitre, le conseil municipal est particulièrement satisfait de la rénovation du SquareKadhafi, de la construction d?un food court, de l?aménagement d?un parcours de santé au Dauguet et à la Montagne-des-Signaux, de la rénovation du jardin de la Plaine-Verte, des changements apportés à Chinatown, et de la création d?un centre d?accueil pourles gens de mer dans la zone portuaire?.

« du cosmétique et du superficiel »

Mais pour Reza Issack, conseiller sortant et chef de file de l?Alliance sociale à Port-Louis, « c?est du cosmétique et du superficiel ». Il n?hésite pas à affirmer qu?il y a « un mal profond sous la peau de la capitale avec beaucoup de problèmes sociaux et une pauvreté tentaculaire qui entraîne la prostitution, la drogue, le sida, le banditisme et la corruption ».

Reza Issack cite les quartiers en difficulté : Roche-Bois, Vallée-Pitot, Tranquebar, Bangladesh? Il dénonce l?état des rues, l?absence d?éclairage, les lacunes dans le ramassage d?ordures, les maisons délabrées, la congestion routière? « La piscine de Plaine-Verte, la foire de Cité-Martial, le stade Mamade Elahee, le foodcourt du square Kadhafi? Rien ne fonctionne, des millions ont été gaspillés », affirme-t-il.

Il y a surtout, selon lui, un important problème de drains. « Les canaux port-louisiens sont négligés », insiste Reza Issack. Il relève un fait implacable : 800 familles de la capitalene disposent pas de toilettes dans leurs maisons.

Reza Issack estime que, si l?Alliance sociale remporte les élections à Port-Louis, il faudra« augmenter la discipline et réduire le gaspillage à la municipalité. Il y a trop d?abus au niveaudes heures supplémentaires », insiste-t-il.

L?Alliance sociale veut surtout redonner à la ville son aura culturel avec une rénovation prévue du théâtre de la capitale. L?Alliance sociale veut « obtenir le maximum avec le minimum », précise Reza Issack. Avec un budget annuel de Rs 460 millions, la villede Port-Louis attend son heure pour obtenir le statut qu?elle mérite.

Thierry CHATEAU

QUATRE BORNES

Fleurie mqis congetionnée

Ce qui la ronge c?est la congestion routière. A Quatre-Bornes, du carrefour de La Louise à St-Jean, les automobilistes s?arrachent souvent les cheveux. Et venir à bout de cet embouteillage, lot quotidien des Quatrebornais et de ceux qui transitent par cette ville, relève d?un véritable parcours du combattant. Pourtant, les 80 000 habitants et 22 000 foyers de la ville des fleurs ont bon espoir de voir une ville où il fait bon vivre?

Eshan, un habitant de Sodnac, pense lui que la cause de la congestion est les feux de signalisation. «Il y a cinq feux de signalisation sur trajet de La Louise à St-Jean. Ajoutons à cela le fait que plusieurs routes débouchent sur la route principale. C?est infernal. Il est plus facile de faire le trajet Port-Louis-St-Jean que la Louise-St-Jean», affirme-t-il, désabusé. Heureusement que les voyageurs de la région Ollier et des environs, bénéficient, eux, d?un espace agréable lors de leurs allers et retours. Car la gare est venue combler une importante lacune avec le trafic important dans cette région.

Mais à tout moment de la journée, la Ville des fleurs grouille de véhicules. Et c?est sans compter les jours de foire. L?embouteillage prend alors des proportions des plus importantes. Et l?espace pour le parking fait cruellement défaut.

Eviter d?y mettre ... le nez

Reshma, une habituée des foires, ne cache pas son exaspération. Car il faut dire que touristes et visiteurs fourmillent dans ses foires. « Dimounn marse enn lor lot. Zenfan gagn lipie craze. Bann vie dimounn sorti la malad telemen pena lespas. Kan ena lapli, sa lafoir la fer honte.»

La plaie béante de la ville étant ces foires, les autorités ont vainement essayé de construire un nouveau marché, financé par la Chine, à proximité de St-Jean. Le projet tarde à se concrétiser et les 52 561 électeurs de la ville doivent, entre-temps, se contenter de la saleté, des fruits, légumes et viandes, vendus dans des conditions déplorables. Les toilettes publiques, à côté du marché, inspirent, elles tellement de dégoût que la plupart évite d?y mettre le nez.

Dans le centre-ville, à côté du marché, il y a la gare routière. Ses caractéristiques : aucun confort pour les voyageurs car il faut souvent faire le pied de grue en attendant les autobus, pas d?allure? Bref, cette gare ne fait qu?enlaidir la ville. Et les voyageurs devront attendre encore longtemps, le sort de cette gare routière dépendant du projet métro-léger.

Mais tout n?est pas noir dans la ville des fleurs. Quatre-Bornes peut s?enorgueillir d?avoir ses routes généralement en bon état, un service de voirie assez efficace (à entendre les habitants), et un système d?éclairage de rues qui satisfait grosso modo les citadins.

Petite faille : les drains. Ceux de Malartic et de Nellan sont dans un piteux état et une partie de Sodnac souffre à cause des problèmes de drainage alors que dans certaines régions, ces drains sont inexistants. Mais plusieurs contrats pour la construction d?une trentaine de drains seront alloués cette année.

Dans la Ville des fleurs, les jardins d?enfant sont bien entretenus et les espaces verts assez bien répartis dans différentes régions (de sodnac en passant par les Tulipes, Pellegrin, Jardin du Pavillon, entre autres).

La fierté de la ville demeure le centre d?activité pour le troisième âge : l?Activity Centre Marie Marot. Et même si les activités sportives, culturelles et de loisirs ne sont pas le principal attrait de la ville, un complexe sportif à la Source et des infrastructures sportives à Résidence St-Jean et Résidence Kennedy, entre autres, ont été aménagés. Dans les cités, Père Laval, Pellegrin, Beau-Séjour?, les centres sociaux ne font pas défaut. Mais un cadre du privé, Cindy, déplore le « manque de créativité et d?initiative » de nos élus dans ce domaine.

Qu?à cela ne tienne, avec un budget municipal de quelque Rs 180 millions, Quatre-Bornes se modernise peu à peu. La cybercité a donné un nouveau souffle à la région qui prenait peu à peu un coup de vieux. Et les citadins, eux, s?attendent à ce que le développement suive?

Jane L.O?NEILL

BEAU-BASSIN-ROSE-HILL

Le sommeil des villes-soeurs

Elle a longtemps fait la fierté des citadins. Et l?on en parle maintenant avec nostalgie. « C?était une ville qui vivait », raconte un habitant de Beau-Bassin-Rose-Hill. Où se situe la différence ?

Beaucoup évoquent le Plaza. Cela n?étonne pas. Le théâtre était au centre même de la vie culturelle de cette île. Pièces de théâtre, concerts populaires sans compter le nombre d?enfants qui se rendaient les samedis à la bibliothèque qu?on appelait naïvement « librari plaza » ou « minisipalite ».

La fête Divali a été celébrée de façon publique pour la première fois devant le Plaza. Les citadins étaient invités à placer une lampe devant la mairie. Le pays a suivi l?exemple quelque temps après. Et la fête de la Lumière est désormais celébrée au niveau national.

Ces temps-là sont révolus. Le Plaza, le soir, sommeille. Certains évitent de s?y aventurer de peur de faire de mauvaises rencontres.

Les villes-s?urs, ce sont aussi des contradictions. Un ancien politicien, habitant de la ville, Dev Virahsawmy, décrivait sa ville, comme celle ayant beaucoup de confort mais en même temps, elle grouille de cités ouvrières qui sont sur le point de devenir un ghetto. Rien de plus vrai.

D?un côté, les cités ouvrières et de l?autre, les « bourgeois » de la ville. Leur mode de vie est différent : ils ne fréquentent pas les même places, et n?ont rien en commun.

Même le lieu de rencontre par excellence d?une ville qu?est le marché a perdu sa raison d?être. Beaucoup de citadins ont déserté le marché de Rose-Hill (celui de Beau-Bassin étant beaucoup plus petit) et vont à Plaisance, d?autres à Quatre-Bornes.

Et ceux qui fréquentent toujours le marché de Rose-Hill y trouvent à redire. La critique qui revient comme un leitmotiv : « C?est sale. »

Sale. Le même adjectif peut être utilisé pour qualifier le centre de Rose-Hill. A côté de la gare routière, les marchands de dholl puri, de halim et bien d?autres encore se côtoient. « Nepli kapav manze laba, senti trop pi », s?insurge une Rose-Hillienne.

Et si le centre-ville de Rose-Hill reste animé les week-ends ? cela se voit au rythme auquel les burgers de chez Dil Snack se vendent ? révolu est le temps de la grande foule dans les arcades à Rose-Hill. Même les étudiants ont délaissé les galeries Evershine?

Plaisance, Trèfles, Stanley, Camp-Levieux, Barkly, Chebel contre Mare-Gravier, Vandermeersch et d?autres quartiers chics. D?un coté, le jardin Balfour et dans d?autres, des jardins d?enfants qui poussent en milieux défavorisés. La différence la plus fondamentale : la drogue et la prostitution qui prolifèrent dans ces régions. Les sans-logis et les chômeurs aussi.

Beau-Bassin-Rose-Hill, la ville des contradictions, la ville des fous (le Brown-Séquard), la ville de la prison, la ville des nageurs (Serge Alfred) mais aussi la ville du Thabor. Et si les citadins ne se rendent plus à l?Hôtel de ville pour se rencontrer et se détendre, ils se rencontrent aux petites heures du matin chez Gool pour un grignotage à la sortie de la discothèque de Beau-Bassin. Preuve, s?il s?en faut, que la ville ne demande qu?à s?animer.

Deepa BHOOKHUN

CUREPIPE

Entre modernité et tradition

On ne commence pas la visite de Curepipe sans évoquer ses deux constantes. «Il y a deux choses pratiquement impossibles à résoudre : le climat et les rats. Ceux-ci sont plus nombreux que les humains», confie Shilla Gangoosingh qui travaille et habite à Curepipe.

Mais des années ?80 à ce jour, le constat est unanime. Les municipalités ont amélioré la qualité de leurs services de base. Les routes sont mieux éclairées. Le service d?entretien du réseau routier s?efforce de mettre en place le système des drains et la construction-réparation des routes. Le ramassage des ordures se fait, quant à lui, à un rythme plutôt satisfaisant.

Mais les citadins ne sont pas complètement satisfaits. Ici et là, on fait ressortir le besoin de nouvelles routes, d?un éclairage plus efficace et d?un service de ramassage des ordures pouvant surmonter les particularités climatiques de la ville.

La ville s?est dotée de nouvelles infrastructures dont une nouvelle gare et la construction du centre commercial Lake Point. Cela a permis de réduire le capharnaüm qui régnait à l?ancienne gare routière.

En contrepartie, la réfection du Stade Georges V n?a pas été suivie de la mise en place d?un calendrier d?activités que ce stade pouvait accueillir. Au sujet des réalisations, on fait remarquer que la construction de nouvelles infrastructures n?est pas le gage d?une modernisation. «L?important est de savoir ce qu?on fait de ces centres polyvalents, centres sociaux et autres complexes sportifs», explique, en ce sens, un Curepipien. Une meilleure exploitation des lieux comme le jardin botanique ou le Trou-aux-Cerfs fait également partie des griefs.

Curepipe ne profite, semble-t-il, pas pleinement de toutes ses possibilités. Des citadins déplorent l?absence totale de vie nocturne. Il n?y manque pas non plus de problèmes sociaux, comme pour les autres villes.

Le centre-ville notamment le marché et la gare Ian Palach, reste une agression à la vue? en attendant la grande révolution des collectivités locales, toujours promise jamais réalisée...

Nazim ESOOF

VACOAS-PHOENIX

Une ville statique

« Depuis que je connais Vacoas-Phoenix, le centre-ville est resté tel quel », affirme Jeenarain Soobagrah, directeur de l?agence de voyages Bonny Air Travel. « On attend que les bâtiments délabrés tombent sur les gens pour agir », renchérit Ahmud Islam Sulliman, directeur des Editions Le Printemps. Des habitants estiment qu?il faudrait « une loi pour forcer les gens à s?occuper de leurs immeubles ».

« Même si nous n?avons plus suffisamment d?éboueurs, nous avons tout de même pu répondre au mieux aux attentes des citadins », répond Vedanand Mossuddee, maire actuel. En effet, les services de voirie, l?éclairage et l?entretien des routes obtiennent des satisfecit. Le ramassage d?ordures à Vacoas-Phoenix est aussi probablement le mieux organisé des municipalités. C?est aussi la seule ville où le service n?a pas été privatisé.

Si l?état du centre-ville se distingue au hit-parade des fausses notes, les citadins espèrent que les candidats-conseillers des deux bords s?attelleront, une fois élus, à tenir leurs promesses à ce niveau. « Durant un mandat, il n?y a pas beaucoup d?évolution. Le strict minimum est fait. Beaucoup de temps est gâché dans du blablabla, tandis que les décisions radicales ne sont pas prises », dit Ahmud Islam Sulliman, guère élogieux à l?égard des différents conseillers qui se sont succédé. Et de citer le cas du marché :

« En temps de pluie, c?est la boue qui vous mine la vie. Il faudra beaucoup pour améliorer les choses, notamment changer d?emplacement.»

Gymkhana : la fierté de la ville

Au niveau des projets réalisés, l?équipe sortante se vante d?en avoir un certain nombre à son actif. Trois nouveaux centres polyvalents (à Paillotte, à Clairfonds et à Quinze-Cantons) sont venus s?ajouter aux dix centres existants. Les habitants de Vacoas-Phoenix ont aussi pu profiter de deux nouveaux terrains de foot, l?un équipé de vestiaires, à St-Paul et l?autre à Quinze-Cantons.

Le marché de Vacoas s?est vu doter d?un food court tandis qu?à Castel, les habitants disposent d?un nouveau centre social. Les conseillers sortants évoquent également des travaux d?embellissement à l?avenue Sivananda.

Lorsque le Gymkhana est évoqué, le sourire vient aux lèvres. Véritable fierté pour les citadins, il est considéré comme le poumon de la ville. « Beaucoup de citadins viennent y faire leur jogging. C?est un des seuls endroits où l?on peut vraiment décompresser », déclare Thodda Tangavel, candidat de l?Alliance sociale. « Heureusement que nous l?avons. Le développement de la ville a toujours été mal planifié, mais je dois tirer un coup de chapeau pour ceux qui gérent le Gymkhana », dit Ahmud Islam Sulliman.

Vacoas-Phoenix, devenue municipalité en 1968, est d?ailleurs différente des autres, diront les citadins. Elle est la seule ville à avoir un double visage, rural et urbain, une dualité qui s?exprime par des paysages très différents. Une bonne partie de la région est résidentielle tandis qu?une surface assez importante est sous culture de cannes et de légumes.

La ville la plus grande du pays en termes de surface (539 kilomètres carrés), elle a le plus grand nombre d?habitants après Port-Louis.

Patrick HILBERT

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