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Genèse de la Caraïbe selon Maximin, poète
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Genèse de la Caraïbe selon Maximin, poète
Mardi soir, Gula menaçant, la résidence de l?ambassadeur de France à Floréal, redevient salon littéraire où l?on savoure un délectable cocktail mi-poétique, mi-philosophique. Fred Constant présente l?invité de marque : Daniel Maximin, conseiller de ministre en France, directeur littéraire à Présence africaine, producteur à France Culture, auteur de romans, de recueils de poèmes, d?essais, de nouvelles, tous à succès, mais surtout chevalier de la Légion d?Honneur, des Arts et des Lettres, Prix Maurice Genevoix.
D?emblée, Maximin conquiert son auditoire : « Je reviens à Maurice pour la première fois. J?y découvre des cousinages. » Mais aussi des cyclones. C?est dire qu?il est en pays connu. Gula aidant, il enchaîne avec le cyclone que nos îles ont en partage. Ils nous apprennent que la Nature est le personnage central de nos îles.
Maximin voit plus loin. Nos îles-roseaux sont enfants et victimes des éléments.
La terre produit des séismes, l?eau des tsunamis, l?air les cyclones et le feu les volcans. Le feu tend l?arc de la Caraïbe. L?océan Indien n?a pas cette chance. Plus philosophe encore : nos îles sont les fruits d?une goutte d?eau, portée par une goutte d?air, sur une goutte de terre, créée par une goutte de feu.
Encore plus prophétique : la Caraïbe, métaphore d?humanité, d?arche de Noé. L?humanité est continent et nos îles des condensés d?humanité. Trop petites, elles nous forcent à regarder au-delà de nos horizons.
La mer n?est pas désert, ni les îles des oasis. Elles exigent relations et communications. Elles se veulent passerelles. Ainsi, nous, Mauriciens, ambitionnons d?être le pilier central sur lequel édifier le pont devant relier l?Asie à l?Afrique. Nous sommes les prototypes d?une nouvelle humanité, faite de métissages.
Douloureuse est pourtant l?odyssée de l?insulaire. Nous sommes des orphelins n?ayant jamais connu notre mère. L?Afrique pour les uns, l?Asie ou l?Europe pour d?autres. Nous ne la connaissons pas, mais nous la réinventons. Odyssée en forme de chemin de croix. Plus douloureux que les chaînes, les coups de fouets, les insultes, le mépris du maître-négrier, l?oubli, l?ignorance de nos origines. Nous devons alors composer des chants de silence.
Il faut endurer pour durer. Résister, c?est mettre la liberté à l?intérieur de notre prison. Maximin multiplie les conseils. Nous devons ramasser les injures, qui nous sont lancées, pour en faire des diamants.
Il appelle au secours La Fontaine. Nos archipels se composent d?îles-roseaux, plus puissantes que le chêne prétentieux, car elles plient, mais ne rompent pas.
Métissages et tissages
Nous, insulaires, ne faisons rien d?autre que d?imiter les feuilles et les fruits, en digérant ce que nous offre la Nature. Nous devons imiter l?arbre. Il donne son fruit sans se plaindre. Sa vocation est de donner. Si le grain ne meurt? La banane tue le bananier, car le régime épuise la plante. Elle doit disparaître pour qu?apparaisse une nouvelle, promesse de nouveaux fruits.
Re-philosophie : l?homme ne peut qu?additionner. Les éléments de son entourage, par exemple. Nos métissages sont faits de tissages. Chaque être humain doit forger son identité. Nous, insulaires, nous sommes des bégayeurs de mots. Des inventeurs de langue-passerelle. Créole, langue de résistance contre celles du maître. Créole, langue de communication, de relations, de fraternité, entre esclaves.
Avec toutes mes excuses pour les multiples possibles déformations de la trop riche pensée de Daniel Maximin, auteur de L?Île et une nuit, L?Invention des Désirades, des Fruits du cyclone, une géopoétique de la Caraïbe.
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