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Fruits de saison, l?irrésistible envie gourmande

21 octobre 2006, 00:00

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Beaucoup ont sursauté. Quoi ? Rs 100 le melon d?eau ? Quelle inflation ! Cela, c?était il y a deux semaines environ. Les doigts glacés de l?hiver tardaient à se détacher de notre peau. Et puis irrémédiablement, l?horloge des saisons s?est mise à tourner. Perceptiblement.

A hier, les fruits de saison ? le duo mangues et melon d?eau ? figuraient en bonne place dans la mercuriale. De Rs 100, le fruit gorgé d?eau est passé à Rs 60. Maurice pays de tous les possibles. En tout cas, les plus fortes envies dotées de petites bourses pouvaient trouver de quoi apaiser un peu leur soif. Les tranches sous cellophane disposées bien en évidence dans des paniers variaient de Rs 10 à Rs 50 pour une moitié de fruit de bonne taille.

«Pri enn fri net li pou bese ziska Rs 40 », prévoit Jamwunt Dookarane, vendeur de fruits au marché central depuis 1991. Il n?y a pas de sourire sous sa moustache. Le rouge des fruits ne lui est pas monté aux joues. « Travay pa pe tro marse pou le moman. »

Les dernières fraises

Rengaine de marchand qui ménage son optimisme ? Ou constat d?une criante vérité.

Autour de lui, les clients défilent. Hument la bonne odeur des produits de la terre nourricière. Se remplissent l?estomac de gâteaux frits. Lorgnent du côté des classiques pommes, poires et oranges. Avant de se laisser tenter (à tous les coups ?) par les saveurs locales.

Deux employés de banque s?arrêtent. Demandent du « san lapo ». En clair : des tranches de melon d?eau débarrassées de leur épais manteau. Des sacs en plastique changent de main. De la monnaie aussi. Et voilà ces employés qui regagnent leurs bureaux avec du punch et des vitamines en plus. « Ti bizin enn ti deser », lance l?un d?entre eux. « Aujourd?hui, les collègues nous ont demandé de leur rapporter quelque chose. Ils ne se plaindront pas trop quand on leur dira quel était le prix », expliquent-ils.

Optimisme partagé. La priorité de Ganess Ramphul : s?acheter des bananes. Mais ses yeux, puis son c?ur, poussent sa main vers les tranches de melon.

« Ayo pa touse, dir moi lekel ou le », prévient le marchand à l?intention d?une cliente debout derrière Ganess. Ce qui n?empêche pas celui-ci d?observer avec un brin de sagesse populaire : « Pri normal pou koumansman sezon. Vous savez, quand quelque chose est en abondance sur le marché, le prix devra forcément baisser. Enfin, s?il n?y a pas de cyclones entre-temps. » Croisons les doigts.

C?est aussi ce que fait Siven Velloupillay, un autre marchand de fruits de la capitale. Il attend l?arrivée du letchi, nous demandant de repasser vers le 25 du mois courant pour goûter aux toutes premières récoltes.

En attendant, il vend les dernières fraises de la saison. Son prix : Rs 150 la livre. Des fruits rouges abondamment présents sur les trottoirs de la capitale depuis plusieurs jours, à Rs 25 la petite barquette, en moyenne.

A côté de lui, un collègue s?égosille : « Mang siro, mang siro ». Il semble être en compétition avec son voisin vendeur de brèdes qui s?amuse à répéter après lui : « Bouillon, touffé ». C?est comme un jeu : à celui qui criera le plus fort. Le jeu de la vie.

Celui qui met des couleurs dans l?estomac. Sensations bienvenues où l?on se surprend à attendre que fleurissent les flamboyants. Les bourgeons des manguiers eux rapportent déjà. Mangue rosa à Rs 10 ? Rs 15, ce sont les plus sucrées, « li ena ti noyo ». Trois « maison rouge » pour Rs 20, des « baissac », des « adel ». Tous les signes sont là. Plus de doute. L?été est là.

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