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Fraude à la DBM : La direction s?explique
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Fraude à la DBM : La direction s?explique
La réunion se voulait « amicale ». Elle s?est révélée être davantage un exercice de relation publique. Suite à l?article ? La police enquête sur Rs 100 millions détournées ? publié dans notre édition du 13 mai, la direc-tion de la Banque de développement de Maurice (DBM), par l?intermédiaire de son directeur général, Bennyram Chooramun, a souhaité s?expliquer sur le détournement de fonds au préjudice de son institution.
La réaction ne s?est en effet pas fait attendre. Au lendemain de la parution de notre article, la DBM a fait parvenir à notre rédaction un communiqué visant à apporter des « précisions » sur le détournement. Ne réfutant aucunement notre information, la direction a affirmé qu?il y a, en effet, eu une fraude. Celle-ci aurait été « dûment rapportée à la police » en novembre 2004.
La Banque de développement souligne cependant que le montant de la fraude serait bien en deçà des Rs 100 millions que nous avions annoncées. « Après avoir effectué un audit interne, suite à la découverte de cette malversation, nous estimons, à ce stade, que la somme détournée ne s?élèverait qu?à un dixième du montant évoqué », nous a affirmé Bennyram Chooramun, lors d?une rencontre au siège de la DBM hier matin.
En l?absence de ce dernier, qui était en mission en Chine, la direction de l?institution bancaire avait enclenché des procédures légales pour demander à la cour d?émettre un gagging order contre l?express-dimanche, pour lui interdire de parler de l?affaire. « C?est sur l?avis de notre conseiller légal que nous avons eu recours à ce procédé. Toutefois, nous avons préféré ne pas poursuivre dans cette voie et privilégier le dialogue afin de jouer la transparence », a déclaré le directeur général, flanqué de son directeur financier, Bardwarzsingh Jokhoo. La direction de la DBM semble donc être revenue à de meilleurs sentiments, préférant maintenant jouer cartes sur table.
D?abord réticent à nous livrer le nombre de comptes épargne manipulés dans le cadre de cette fraude, Bennyram Chooramun accepte, après insistance de notre part, de confier qu?une quinzaine de comptes sont concernés. L?opération frauduleuse, affirme-t-il, aurait été détectée fin 2004. « C?est un de nos clients qui a attiré notre attention sur des transactions suspectes sur son compte. Notre enquête interne a révélé qu?il s?agissait de l??uvre d?un officier qui, fort de ses connaissances en informatique, aurait réussi à détourner une importante somme d?argent sans que personne ne s?en aperçoive », explique-t-il.
Système de contrôle renforcé
L?employé en question aurait bénéficié de la complicité d?un autre membre du personnel attaché au département informatique. Et le directeur général de la banque de faire ressortir : « Nous avons immédiatement demandé à ce qu?un audit interne soit effectué, supervisé par une entreprise de consultants. Une fois cet exercice terminé, la police a été informée de la situation. » Il s?est écoulé plusieurs mois entre la découverte de la fraude et la déposition faite à la police.
Plaidant la bonne foi, la direction de la DBM soutient avoir pris contact avec les clients dont les comptes ont été manipulés. « Aucun client n?a été lésé car la banque a réalimenté ces comptes », nous a expliqué le directeur financier de l?institution bancaire. Entre-temps, l?employé suspecté d?être à l?origine de ces transactions irrégulières a été suspendu avant d?être démis de ses fonctions.
Ces pratiques illégales, affirme-t-on du côté de la DBM, ne seraient pas antérieures à 2004. Or, Rambhajun Babooa, un planteur du Sud, explique avoir noté que des prélèvements auraient été effectués sur son compte depuis 1993. Une version qui, si elle est confirmée par l?enquête policière, prendrait à contre-pied celle avancée par la Banque de développement.
À la suite de ces événements, la direction de la banque a renforcé son système de contrôle. Bennyram Chooramun, pas peu fier des mesures prises depuis, énumère les différentes méthodes mises en place pour éviter qu?une telle fraude ne se reproduise à l?avenir. Ou du moins, l?espère-t-il. « Nous n?avons rien à nous reprocher. Nous avons, dans cette affaire, respecté toutes les procédures. Nous ne pouvons maintenant qu?attendre les conclusions de l?enquête policière », nous laisse-t-on entendre à la DBM.
UNE TECHNIQUE EN DEUX TEMPS POUR PILLER LES CLIENTS
L?auteur de la fraude à la DBM a eu recours à deux techniques différentes. Dans un premier temps, pour commettre ses méfaits, il a créé un compte à son propre nom. Par des jeux de transferts répétés à travers le système informatique, auquel il avait accès, il a transféré des mon-tants allant de Rs 5 000 à Rs 20 000 des comptes des petits planteurs au sien. Comme aucune somme n?est sortie du circuit de la banque, ces transferts n?ont à aucun moment étés signalé comme des anomalies comptables lors des audits internes.
Dans un deuxième temps, voyant qu?il ne se faisait toujours pas prendre, le fraudeur s?est carrément mis à retirer de l?argent des comptes clients en ayant recours à des bordereaux de retrait. Comme les retraits effectués des comptes clients ne peuvent se faire sans la signature d?un de ses supérieurs, il s?est même laissé aller à imiter leur signature pour arriver à ses fins. Si l?un des clients de la banque n?était pas venu vérifier sa balance et effectuer un retrait à la banque, le fraudeur aurait tranquillement pu continuer à piller les comptes des clients de la DBM.
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