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Forces de l?ordre : Mauvaise passe pour la police
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Forces de l?ordre : Mauvaise passe pour la police
Souvent critiquée, rarement encensée sinon jamais, la force policière fait la moue. Il y a de quoi. Voilà un métier où l?on s?investit énormément sans pour autant bénéficier de la reconnaissance du public. Police ou être au service de la population. Police ou être toujours sous les feux des blâmes. C?est l?opinion d?un constable. C?est aussi le sentiment qu?éprouve un nombre important des hommes en uniforme. Métier ingrat ponctué de l?ingratitude du public. La déception est grande.
Quant aux critiques, un gardien de la paix proche de la retraite fait remarquer que ?ce n?est pas à cause d?une poignée de brebis galeuses, comme il en existe dans toutes les professions, qu?il faut condamner l?ensemble de la force?. Il n?a pas tort. Sauf que cet argument a aujourd?hui valeur de sophisme pour justifier les écarts et les déviances professionnels. C?est le bouclier derrière lequel on se cache, et cela quelle que soit la profession, pour justifier un certain esprit laxiste qui nous caractérise. Lorsque des policiers sont supposés s?être livrés à des actes de vagabondage devant le domicile du commissaire de police parce qu?ils ont été suspendus, on prend note du mal profond qui ronge la police.
Aujourd?hui, il n?est plus seulement question des critiques d?ordre général. Celles qui visent habituellement la force policière. Soit des reproches sur sa manière de fonctionner, sur le manque de formation, le déficit de moyens, l?opacité de cet univers, sa propension à se couper de la population, sa brutalité alléguée, l?inefficacité de la lutte antidrogue? C?est désormais le fonctionnement même de cette énorme organisation qui est remise en question. Car, à la tête, le torchon brûle.
?Allez le dire au commissaire?
C?est à présent un secret de Polichinelle. Le Premier ministre et le commissaire de police connaissent des relations ambiguës. L?irritation de Navin Ramgoolam, à chaque fois qu?il est interrogé sur la police, est désormais légendaire. Il ne faut pas remonter très loin dans le temps pour s?en rendre compte. En effet, mardi dernier au Parlement, répondant à une question supplémentaire ayant trait au fonctionnement au quotidien de la police, le Premier ministre ne s?est pas privé de renvoyer son interlocuteur à Ramanooj Gopalsingh. ?Je ne suis pas responsable de la gestion quotidienne de la police. Allez dire cela au commissaire?, dira, à cet effet, le chef du gouvernement. Celui-ci ne décolère pas sur ce dossier.
D?ailleurs, Navin Ramgoolam caresse toujours le rêve de faire revenir au pays celui qui a été son conseiller en matière d?affaires de police, David Shattock. ?J?ai en tête l?idée de faire revenir M. Shattock?, devait-il ainsi déclarer mardi dernier au Parlement. Et de citer les mérites de Shattock qui a, selon lui, pu entre 1995 et 2000 mettre de l?ordre dans les finances de la police. Son insatisfaction à l?égard de la police mauricienne s?étend au point où il n?arrête pas de rappeler ses efforts pour des expertises internationales.
C?est dans ce contexte que Navin Ramgoolam avait ainsi rencontré Nicolas Sarkozy, lorsqu?il était toujours ministre de l?Intérieur français, pour évoquer l?éventualité d?une aide française à la formation des policiers mauriciens. Ses initiatives vis-à-vis des Britanniques sont également connues. Lorsqu?un ministre de l?Intérieur montre autant de désenchantement à l?égard de sa police, c?est que le vers est dangereusement dans le fruit.
La méthode Raddhoa
Ce n?est pas le commissaire de police qui dira le contraire. L?épisode du démantèlement de l?Anti-Piracy Unit (APU) et de la Brigade des jeux a contraint Ramanooj Gopalsingh de sortir de son mutisme. Pour une fois, le commissaire de police s?est livré à un petit exercice de communication en faisant sortir un communiqué de presse où il lance un lapidaire ?J?y suis, j?y reste?, suite aux spéculations sur son avenir à la tête de la force policière. Pour une personne qui a fait le choix de ne pas accorder d?interview (voir hors-texte), le geste est à la mesure de la déclaration. Il ne faut pas être grand analyste pour comprendre que le commissaire de police éprouve quelques problèmes.
L?un des plus évidents est la surmédiatisation du surintendant de police Prem Raddhoa. Celui-là même qui règne ostensiblement aux Casernes centrales désormais. ?Fan? de Navin Ramgoolam, il semble être devenu un outil qui dépasse largement le cadre strictement policier dans les stratégies du Premier ministre. Si c?est une manière d?exaspérer le commissaire de police, Navin Ramgoolam aura réussi son coup. C?est aussi un procédé pour rassurer tous ceux qui font le choix de la méthode Raddhoa qui, d?autre part et ce n?est pas négligeable, bénéficie du soutien de quelques associations influentes dont Voice of Hindu qui ont, de surcroît, les oreilles du Premier ministre.
De part et d?autres, on ne cache pas le fait que les ingérences politiques sont en train de pourrir l?atmosphère. C?est le sentiment qu?a provoqué la dissolution des deux unités susmentionnées. Et à un policier de faire remarquer, sous le couvert de l?anonymat, qu?à ce rythme, ?il sera de plus en plus difficile de faire respecter les institutions?. Dans l?incapacité de dire leurs problèmes, des policiers finissent ainsi par se laisser gagner par la frustration. Dans un contexte aussi confus, d?autres ne manquent pas de critiquer une presse qui contribue ?à jeter de l?huile sur le feu et à casser le moral des policiers?.
?Avec 10 800 policiers pour une population de 1,2 million d?individus, cela fait un ratio d?un policier pour quelque 110 citoyens. La question à se poser donc est de savoir s?il y a un problème de manque d?effectif ou de mauvaise gestion?
Tout est légitime et logique. La police mauricienne ne sort pas de ses contradictions et de ses impasses. Quelques anciens policiers ne manquent pas de relever que l?institution n?a pas su se moderniser et de citer une formation approximative. Aumônier et curé à Pointe-aux Sables, Jacques-Henri David note que la situation des gardes-chiourme est à l?image de celle de la force régulière. ?Il y a un grave problème de manque de formation, d?amateurisme?, dira-t-il et d?ajouter, au chapitre de l?opacité qui règne dans ces milieux que ?moins on cache moins on crée des mythes et subséquemment des malentendus?.
D?autres observateurs préfèrent s?aligner sur la position du Premier ministre sur la question du recrutement, l?autre aspect du dossier par rapport auquel le chef de l?Etat est souvent critiqué. ?Avec 10 800 policiers pour une population de 1,2 million d?individus, cela fait un ratio d?un policier pour quelque 110 citoyens. La question à se poser donc est de savoir s?il y a un problème de manque d?effectif ou de mauvaise gestion?, insiste l?un d?eux. Du côté de certains policiers, on fait ressortir que le manque de moyens et de ressources contribue à fragiliser les forces de l?ordre. Alors que certains plaident pour de nouvelles recrues, d?autres font remarquer que la création de nouvelles unités au fil des ans, comme la Police de l?environnement, la Police du tourisme ou encore la Police du transport a contribué à une dispersion des ressources.
Entre-temps la police nationale, elle, ne cesse de souffrir de contradictions qui semblent insurmontables. Entre le silence du CP et la stratégie du PM, c?est une population qui se noie dans le doute.
Questions à Kishore Pertab Avocat
● Comment expliquer la situation confuse à la tête de la police ?
Selon l?article 71 de la Constitution paragraphe 2 ?la police doit être sous le commandement du commissaire de police?. Toutefois, le paragraphe 3 nuance l?énoncé précédent en ce sens qu?il stipule que ?le Premier ministre? peut donner au commissaire de police de telles indications générales de politique qui sont en rapport avec la sécurité publique et avec l?ordre public et le commissaire doit s?y conformer?. Donc, c?est le commissaire qui commande mais il est tenu de se conformer aux orientations données par le Premier ministre. Entre le commissaire qui ?doit commander? et le Premier ministre qui ?peut? donner des ordres, il y a un continuum qui laisse place à toutes sortes de confusions. Déjà donc, dans la Constitution, il existe une sorte d?opposition qui fragilise l?autonomie du commissaire et qui renforce la subjectivité politique.
C?est un problème institutionnel. A cela, il faut ajouter la perversion que constituent les promotions obscures. Tous les commissaires ont à un moment donné bénéficié d?un coup de pouce sur des bases politiques. C?est un facteur de démotivation pour les autres officiers. Enfin, il y a l?éternel problème de la formation auquel il faut ajouter le fait que de nombreux officiers, malgré l?obtention d?un diplôme, se retrouvent à gratter du papier dans un obscur bureau. Aujourd?hui, le problème majeur est la crise de leadership à la tête de la police et cela est toujours dû à des motivations politiques.
● Vous insistez sur la politisation de la police mais cela est vrai de tous les pouvoirs?
Il y a effectivement un problème de fond qu?il faudra se résoudre à aborder. Beaucoup de policiers, qui ont des formations adéquates, se retrouvent aujourd?hui à porter ?le panier bazar? des ministres. Le paradoxe, c?est qu?ils y trouvent un élément de satisfaction parce qu?ils peuvent dire qu?ils servent des ministres. Et cela cause des frustrations chez d?autres policiers. C?est ce genre de dysfonctionnements qu?il faudra éliminer. Il est aussi illogique que tant de policiers, détenteurs d?un LLB, se retrouvent au bas de l?échelle.
● Etes-vous de ceux qui pensent que l?influence de Raddhoa est trop prégnante ?
Sa place est dans une école de formation. Il doit apprendre par c?ur les standing orders de la police. Son unique objectif de policier est d?obtenir des aveux. Or, cela ne suffit pas pour garantir la justice. La méthode Raddhoa, c?est une méthode qui engendre plus de criminalité. Lui, il croit en un Etat policier. Et à côté le commissaire de police est penaud.
Propos recueillis par N. E.
Aux lecteurs d?en juger?
■ Un journaliste qui sollicite quelques renseignements d?intérêt général. Un commissaire de police qui évoque le sacro-saint principe de la confidentialité. On parle de démocratie et de transparence. Nous laissons nos lecteurs juger en reproduisant notre demande d?informations et la réponse obtenue du Police Press Office.
Attention : Ramanooj Gopalsingh Commissaire de police
Suite à une première prise de contact avec le Police Press Office, je vous envoie ce fax pour bénéficier de quelques renseignements concernant l?organisation de la police.
Je prépare en effet un article sur la force policière mauricienne où j?espère pouvoir faire un état des lieux dans un contexte où on parle d?insécurité grandissante et de mouvements d?humeur au sein de la police.
Je serais également heureux, M. le commissaire de police, de pouvoir vous rencontrer pour en discuter. Je vous propose une interview en ce sens. Serait-ce l?occasion pour nous d?établir une relation de confiance dans le travail ? J?espère que la réponse sera positive. J?y compte beaucoup.
La parution de mon article est prévue pour vendredi 30 mars prochain. Est-ce qu?on pourrait se rencontrer d?ici jeudi prochain.
Je fais donc un dossier sur la police dans lequel je tente d?expliquer le fonctionnement de la force policière mauricienne. A cet effet, pourriez-vous me renseigner sur :
Les différentes unités et cellules qui composent l?ensemble de la force policière.
A quoi elles servent et le nombre de policiers qui y sont affectés.
Le nombre total d?officiers employés par la police.
Merci pour votre collaboration.
Nazim ESOOF Journaliste à l?express
Nazim Esoof,
Je me réfère à votre lettre en date du 27.03.07 demandant des renseignements concernant les effectifs de la police et de leurs affectations.
Je regrette de ne pouvoir vous donner les détails y relatifs, pour des besoins évidents de confidentialité. Le nombre total de policiers présentement se montre à 10,800 tous grades confondus.
ASP LOUISON Police Press Office
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