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Flambée de violence à Falloudja

23 janvier 2004, 20:00

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Les soldats américains stationnés en Irak et les Irakiens coopérant avec les forces d?occupation ont subi une nouvelle flambée de violence concentrée dans le «triangle sunnite», à l?ouest de Bagdad.

Deux policiers irakiens et un civil ont été tués jeudi dans l?attaque d?un poste de contrôle routier près de la ville de Falloudja quelques heures après la mort de deux soldats américains de la 4e division d?infanterie pris dans des tirs de mortier.

Des hommes armés ont également ouvert le feu mercredi en fin d?après-midi sur un minibus ramenant chez elles des Irakiennes employées dans une base américaine, tuant quatre d?entre elles et en blessant six autres.

Toutes ces agressions se sont produites dans le «triangle sunnite», bastion de l?insurrection antiaméricaine.

MORTIERS ET ROQUETTES UTILISÉS

Au sud de Bagdad, c?est un commandant de la Garde civile espagnole qui a été grièvement blessé par balle à la tête.

Cette flambée de violence intervient en pleine polémique entre les Etats-Unis et l?ayatollah Ali Sistani, principal dignitaire chiite irakien, sur les modalités du transfert du pouvoir à une administration irakienne.

Mais à Washington, le général Raymond Odierno, qui commande précisément la 4e Division d?infanterie endeuillée mercredi soir près de Bakouba, a estimé que les partisans de l?ancien président Saddam Hussein ne constituaient plus qu?une menace sporadique.

«Les éléments de l?ancien régime que nous combattons ont été contraints à la capitulation. La capture de Saddam a constitué une défaite opérationnelle et psychologique majeure pour l?ennemi», a-t-il dit, anticipant dans les six mois une certaine forme de normalité en Irak.

L?attaque de jeudi contre les forces de police irakiennes s?est produite à un poste de contrôle établi sur l?axe routier reliant Falloudja à Ramadi. Deux policiers et un civil ont été tués et cinq autres blessés dans des tirs de fusils d?assaut AK-47 et l?explosion d?une grenade lancée depuis une voiture.

La veille, un minibus ramenant chez elles des Irakiennes employées dans une base américaine comme femmes de ménage ou cuisinières avait été mitraillé dans la même région. Quatre d?entre elle ont été tuées, six autres blessées.

Ces Irakiennes de confession chrétienne regagnaient leurs foyers à Bagdad après leur journée de travail à la base, située près de Habbaniya, lorsque leur minibus a essuyé des rafales d?armes automatiques.

Par ailleurs, deux soldats américains ont été tués et un troisième grièvement blessé mercredi soir dans l?attaque d?une base militaire près de la ville de Bakouba, dans le centre du pays, a annoncé jeudi l?armée américaine.

Une porte-parole de la 4e division d?infanterie, à laquelle appartenaient les victimes, a précisé que les assaillants avaient utilisé des mortiers et des roquettes contre la base militaire. Plusieurs autres soldats ont été légèrement blessés.

505 SOLDATS AMERICAINS TUÉS

Ces derniers accrochages portent à 349 le nombre de soldats américains tués au combat en Irak depuis le déclenchement de la guerre contre le régime de Saddam Hussein en mars dernier, dont 234 depuis que George Bush a annoncé le 1er mai dernier la fin de la phase principale des combats. En incluant les victimes hors combat, le bilan est de 505 tués parmi les forces américaines.

Selon plusieurs commandants militaires stationnés en Irak, le nombre d?attaques recensées a chuté depuis la capture de Saddam Hussein le mois dernier. Mais la sécurité reste précaire dans le pays.

Dimanche, un attentat à la voiture piégée devant l?un des principaux accès au siège de l?administration américaine à Bagdad a fait 25 morts.

Confronté au bilan humain de plus en plus lourd et au coût croissant de sa présence en Irak, Washington entend transmettre d?ici la fin du mois de juin le pouvoir à une administration irakienne. Ce plan aurait le mérite de ne pas mordre sur le calendrier électoral américain et de priver de munitions les adversaires de George Bush, qui dénoncent un enlisement.

Mais l?ayatollah Ali Sistani, principal dignitaire chiite d?Irak, a critiqué ce plan qui ne prévoit pas d?élections au suffrage direct avant 2005.

En Espagne, le dossier irakien pourrait également jouer un rôle dans la campagne pour les législatives du 14 mars.

Un commandant de la Garde civile espagnole a été grièvement blessé par balle jeudi lors d?une opération "antiterroriste" près de Diwania, à 180 km au sud de Bagdad.

Transféré par hélicoptère dans un hôpital militaire américain de Bagdad dans un état jugé très grave, Gonzalo Perez Garcia, qui a été touché au cerveau, a été opéré par une équipe de neuro-chirurgiens.

«Je n?aurais jamais envoyé de soldats en Irak, je n?aurais pas apporté mon soutien à cette guerre. Je pense que c?était un désastre, en violation du droit international», a commenté le dirigeant socialiste Jose Luis Rodriguez Zapatero, chef de file de l?opposition.

Par ailleurs, des responsables américains se sont entretenus avec Lakhdar Brahimi jeudi à la Maison blanche pour tenter de convaincre ce diplomate des Nations unies de prendre la tête de la probable mission de l?Onu chargée d'examiner la possibilité d'organiser des élections en Irak.

A peine revenu d'Afghanistan, où il a officié pendant deux ans en tant qu'émissaire spécial de l'Onu, Brahimi a notamment rencontré le secrétaire d'Etat Colin Powell jeudi, ont précisé des responsables américains à Washington. Jusqu'à présent, cet ancien ministre des Affaires étrangères algérien a repoussé les sollicitations américaines.

Un responsable américain à Washington a confirmé que Powell s'était joint aux entretiens de Brahimi à la Maison blanche mais il a tout fait pour éviter de laisser entendre que les Etats-Unis tentaient d'indiquer au diplomate onusien la démarche à suivre en Irak.

ELECTIONS DIRECTES

«Les entretiens étaient une continuation de ce dont nous avons discuté avec l'Onu à New York, la façon de faire progresser le processus politique en Irak et la façon dont l'Onu peut contribuer à cela» a dit ce responsable.

D?après le calendrier mis au point par les Etats-Unis, des assemblées régionales doivent désigner en mai une assemblée nationale qui nommera ensuite, au plus tard au 30 juin, un gouvernement provisoire auquel sera transféré la souveraineté en Irak.

La majorité chiite du pays réclame pour sa part des élections directes pour remplacer le système des assemblées régionales. Pour régler ce différend, les Etats-Unis ont demandé à l'Onu d'envoyer en Irak une mission technique d'évaluation.

Michael Georgy

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