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Filles-mères, une drôle de galère

30 octobre 2004, 20:00

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Quel que soit leur milieu, les adolescentes qui tombent enceintes n’ont pas encore pu faire l’expérience de la vie : elles sont « innocentes » (inexpérimentées), immatures, naïves. Elles rêvent surtout de tomber amoureuse et d’être aimées. Elles fantasment davantage sur l’aspect sentimental et romantique d’une relation et non sur son caractère sexuel.

Cependant, plusieurs jeunes filles qui ont une sexualité éprouvent des inquiétudes, surtout à cause du risque de grossesse, alors que d’autres ont peur de finir par souffrir d’infertilité à force de prendre la pilule. En effet, les filles sont mal informées encore aujourd’hui sur les moyens contraceptifs, car elles prennent leurs renseignements auprès d’amies, qui sont souvent elles-mêmes mal renseignées.

De plus, certaines se sentent invincibles, s’imaginant être à l’abri de tout problème, alors que d’autres pensent, au contraire, qu’une grossesse précoce serait une bonne chose pour elles quand, en réalité, le résultat est catastrophique.

Enfin, filles et garçons ne pensent aux conséquences des activités sexuelles que quand la relation va mal ou est rompue. L’entrée dans l’univers de la maternité conduit les jeunes filles à un grand sentiment d’abandon : abandon de leur adolescence, de leur environnement social et souvent familial.

Des situations dramatiques

L’adolescence est une période de transition au cours de laquelle la jeune fille quitte l’enfance pour se préparer à devenir une adulte. Or la grossesse vient compliquer cette étape difficile de l’existence. Les deux ados sont alors con-frontés à tous les chocs émotionnels sans aucune préparation. L’enfant à venir contraint ce jeune couple à vivre des situations pour lesquelles ils n’étaient pas forcément préparés.

Ils doivent faire face à la connaissance d’eux-mêmes, à la vie en commun, à la gestion financière d’un bugdet, à l’entrée dans la vie professionnelle, et à la préparation de la venue au monde de leur enfant. Même si le bébé a été conçu avec amour, ces adolescents n’ont pas assez de résistance pour venir à bout de tant de stress.

Il n’est pas rare qu’on assiste à des situations dramatiques : infidélité, séparation, consommation d’alcool, de drogue, abandon de l’enfant, maltraitance du bébé, autant de facteurs destructeurs pour l’enfant à venir et pour le couple. Tous sont d’accord sur un point : pour grandir de manière harmonieuse, l’enfant a besoin d’équilibre et d’a-mour. Parfois, on assiste à une prise en charge de ces jeunes adolescentes par leurs parents. Ils volent alors au secours de ce « couple-enfant ». Si la jeune fille n’est pas mise à la porte, plusieurs générations vont vivre sous le même toit… Cette solution est providentielle, mais la réalité est bien souvent décevante : des conflits d’un autre ordre surviennent. La grand-mère peut avoir un comportement possessif vis-à-vis de l’enfant.

Un poids lourd à porter

Cela peut aller jusqu’au rejet de sa propre fille, pour s’accaparer le bébé. Cette cohabitation est souvent un poids lourd à porter pour l’intimité du jeune couple. Tous leurs gestes sont épiés, analysés, commentés.

L’immaturité est aussi physiologique. Ainsi un rapport canadien de 2001 nous apprend que « les adolescentes enceintes courent, elles aussi, un risque plus élevé de souffrir de problèmes de santé, notamment d’anémie, d’hypertension et de troubles dépressifs ». De plus, la grossesse précoce est une cause majeure de décès pour les jeunes femmes de 15 à 19 ans dans le monde entier.

On ne le dira jamais assez, l’information reste la seule prévention possible. Mais comment atteindre des jeunes filles à l’école primaire ou au mieux au collège, alors que les parents refusent que des conseils pratiques sur la contraception soient donnés à leurs filles ?

Or, les campagnes actuelles ne semblent pas servir les intérêts immédiats des jeunes filles, qui se fient toujours aux « on-dit » des amies sur la méthode du calendrier et autres techniques peu fiables.

Et une fois que la jeune fille mère n’est plus à l’école, il est plus difficile de l’atteindre. Elle se contente de dire que « la leçon lui aura servi », c’est-à-dire qu’elle n’envisage plus de relations sexuelles avec un garçon. Mais pour combien de temps ?

Sabrina PUDDOO, psychologue

J’ai 14 ans et je suis maman

À 14 ans, Bianca est mère d’une petite fille de trois mois. Contrairement à la plupart des adolescentes qui pensent à la mode, aux sorties ou aux garçons, elle doit avant tout assumer ses responsabilités de jeune maman parachutée dans le monde des adultes. Bianca croyait que ça n’arrivait jamais la première fois. La contraception, vaguement entendu parler ! Aujourd’hui, elle est consciente qu’elle aurait pu choisir un autre chemin… Jessica, 15 ans, vit la même situation, sauf qu’elle accouchera dans six mois. Voici les témoignages de ces deux adolescentes devenues trop tôt adultes.

Jessica

« Cela fait trois mois que je suis enceinte. Je n’ai pas pensé à me protéger ; je croyais que ça ne pouvait pas m’arriver. La première fois s’était bien passée et c’est à la seconde que je suis tombée enceinte. J’ai gardé le secret pendant un bout de temps parce que j’avais trop peur de la réaction de ma mère. Finalement, je le lui ai dit, ainsi qu’à mon copain. J’étais soulagée après, parce qu’elle ne m’a pas rejetée. J’ai le soutien de mes parents et de mon copain. Avec ma mère, j’ai été à la Child Protection Unit qui nous a dirigées vers MAM. Les bénévoles me suivent et me préparent à être une future mère. J’ai arrêté l’école depuis deux mois et je prends des cours d’informatique et de coiffure. Je reconnais que j’ai fait une grosse erreur et que je dois assumer les conséquences, même si elles me font peur. Heureusement que je suis bien encadrée. »

Bianca

« J’ai eu des relations sexuelles pour la première fois à l’âge de 13 ans et je suis tombée enceinte. Je ne savais pas grand-chose de la contraception et, à vrai dire, je ne me suis pas cassée la tête. Quand j’ai su que j’étais enceinte, j’ai pris peur. Je l’ai dit à mon petit ami… qui m’a aussitôt larguée. J’ai gardé le secret pendant les trois premiers mois et au quatrième, je me suis confiée à ma sœur. Il a fallu encore deux mois pour que je trouve le courage de le dire à ma mère. Line amenn mwa Child Protection Unit apré kot MAM. La ba, zot fine akuelir mwa, zot fine prepar mwa pou lakousman, zot finn montre mwa kouma okip enn baba. Je n’ai pas eu peur pendant l’accouchement ; tout s’est très bien passé. Mes parents ne m’ont pas laissé tomber ; ils m’aident à m’occuper de mon bébé. Même si je sais que j’ai commis une erreur, je suis contente qu’il soit là. Aujourd’hui, je pense prendre des cours pour trouver un emploi. »

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