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Fermiers mauriciens en état de siège au Zimbabwe

16 avril 2006, 00:00

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La mort tragique de Philippe Tennant, un Mauricien de 55 ans, poignardé chez lui dans sa ferme de Masvingo au Zimbabwe le 31 mars, accentue le climat d?insécurité et la situation précaire des fermiers mauriciens établis dans ce pays.

Selon les premières indications, le mobile du crime serait le vol, et les autorités zimbabwéennes soupçonnent un agent de sécurité d?en être l?auteur. Ce dernier a en effet été vu sur la moto de la victime, puis dépensant de grosses sommes d?argent dans un bar. « Il n?y a plus de law and order », soupire Alain Fayd?herbe, un fermier né de parents mauriciens au Zimbabwe. « Philippe Tennant était quelqu?un de bien. C?est triste ce qui lui est arrivé, mais de nos jours c?est cela le Zimbabwe », poursuit-il.

Depuis que le président Robert Mugabe a lancé, au début de l?an 2000, une réforme agraire dont l?objectif est de redistribuer les terres des fermiers blancs à la majorité noire, la vie des propriétaires terriens est devenue un enfer.

Autrefois terre d?accueil et d?abondance, le Zimbabwe est aujourd?hui un pays où il ne fait plus bon vivre. Les fermiers mauriciens se plaignent des nombreuses exactions dont ils sont victimes. Pour eux, le meurtre de Philippe Tennant n?est que la partie visible de l?iceberg, un autre exemple de la dégradation de l?ordre public.

Alain Fayd?herbe, père de trois filles de 13, 11 et 9 ans, confie que sa vie a basculé en 2003 lorsqu?il a été dépossédé de ses terres et de la ferme héritée de son défunt père. Situé à Chiretzy, au sud-est de Zimbabwe, le domaine comprend une exploitation agricole et du bétail, et s?étend sur 750 hectares.

Alain y cultivait de la canne à sucre, des mangues, des oranges et des bananes qu?il exportait vers l?Afrique du Sud et l?Europe. Un millier d?employés zimbabwéens s?y affairaient. Tout bascule le jour où les Fayd?herbe reçoivent la visite des Green Bombers.

« Ce sont des jeunes de 16 à 18 ans qui sont entraînés dans des camps. Leur mission est de terroriser les gens dans leurs maisons. Ils viennent à plusieurs, armés de machettes et de fusils? », raconte-t-il.

Un soir de 2003, ils sont une centaine devant sa porte. « Ils nous ont malmenés et enfermés dans notre maison pour nous faire peur, nous menaçant des pires sévices si nous ne quittions pas nos terres. » C?était leur premier avertissement. Ils reviendront quelques jours plus tard pour saccager la ferme et voler des équipements, les tracteurs et autres machines dont la valeur est estimée à Rs 45 millions.

« J?ai eu le crâne fendu »

Un jour, en voulant s?interposer entre des miliciens et un ami, Alain Fayd?herbe se fait molester. « J?ai eu le crâne fendu et j?ai dû passer plusieurs jours à l?hôpital. » Sa résistance lui vaudra même un séjour en prison avec plusieurs compatriotes.

Deux ans à endurer la violence et la terreur distillées avec calcul par les jeunes miliciens. En 2005, sa dernière portion de terre de 35 hectares est saisie. N?ayant aucune source de revenus, il se voit alors contraint d?émigrer avec sa famille vers Harare où ils sont aujourd?hui installés. « Il n?y a plus de loi. Vous pouvez être dépossédé de vos biens du jour au lendemain en un clin d??il. »

Les Fayd?herbe ont contesté la saisie de leurs avoirs en cour. « La High Court nous a donné gain de cause. Ils ont commencé par nous rendre nos équipements, qui sont inutilisables parce qu?ils ont été démolis. Cela ne vaut plus un clou. »

Aujourd?hui à la tête d?une entreprise fabriquant des piscines, Alain Fayd?herbe, estime que le pire est derrière lui. Malgré les revers de fortune, il croit en la justice de ce pays qu?il considère être le sien.

« Cette ferme, je l?avais héritée après la mort de mon père qui l?a fait prospérer grâce à un dur labeur. Je ne sais dans quel état elle se trouve aujourd?hui. » Malgré toutes les injustices, Alain Fayd?herbe n?est pas rancunier. « Je laisse la justice suivre son cours et j?espère que les choses vont s?améliorer. Je garde confiance. »

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