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Femme de couleurs

1 septembre 2008, 00:00

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Chasser le terne. Ne voir le monde qu?en couleurs. Vouloir les harmoniser. C?est la passion de Marie-Anne Baissac Stäheli. Qu?elle exerce à travers la broderie, depuis que sa belle-mère lui a offert une machine à coudre il y a 23 ans. La machine ne sert plus beaucoup maintenant. «Mais je l?ai toujours. Je ne la jetterai jamais.»

Elle garde aussi «dans une pile quelque part» les ?uvres moins brillantes qu?elle a faites. «Il y a des jours où je fais des choses dégueulasses», s?esclaffe-t-elle. «Je garde toujours ce que je déteste. Si on ne fait pas ces erreurs-là, on ne pourra pas faire d?autres beautés comme ça», explique-t-elle en montrant du doigt un coussin de soie et de coton texturé aux motifs résolument africains. Ou plutôt africano-mauriciens. Trouvant important que notre pays ait sa marque. «On a tous besoin d?avoir des idées de l?extérieur. Ce n?est pas une copie de ce qui se fait en Afrique. Mais une interprétation.»

Marie-Anne n?a pas eu besoin de trop se forcer pour se faire une place dans la décoration. Venant d?une «école d?art, je ne pouvais faire autrement que d?en être influencée». Son père est architecte et artiste. Ses frères Jean-Claude et Vaco aussi. Encore plus que l?art, les couleurs la fascinent. «J?adore entrer dans un magasin, choisir des fils. Si vous venez dans mon atelier, vous en verrez un nombre incalculable», raconte-t-elle le visage enthousiaste.

Dans son stand au centre Swami Vivekananda à Pailles lors de la SME Trade and Technology Fair , elle se fait plaisir. Les couleurs sont partout. Pas que dans le bleu-gris de ses yeux. Mais sur ses accessoires pour la maison, dans les tableaux de son frère Jean-Claude avec lequel elle partage son stand. Sa couleur préférée, l?orange, domine. L?orange parce que c?est proche de la couleur de la terre. Son magasin spécialisé dans les objets de décoration pour la maison, à Quatre-Bornes, s?appelle d?ailleurs Earth. Terre mauricienne et terre africaine. Où elle a vécu 38 ans et qui lui «manque énormément.»

Marie-Anne a neuf ans quand elle quitte Maurice pour fouler le sol de Nelson Mandela. Elle passe 34 ans en Afrique du Sud et les quatre autres au Mozambique, au Namibie, au Swaziland ou au Botswana. Son c?ur est plus attaché au Kwazulu Natal. «La brousse, la montagne, la mer, la richesse de sa culture, il y a tout là-bas.»

Cela fait six ans et demi qu?elle elle revenue à Maurice, son époux ayant obtenu un travail dans l?île. Mais surtout, étant «un peu inquiets» pour l?avenir de leurs enfants, à cause du taux de criminalité en Afrique du Sud.

<I>«Venant d?une école d?art, je ne pouvais faire autrement que d?en être influencée.» </I>

Marie-Anne a deux fils, Yves, 21 ans et Julien, 22 ans. Le premier est étudiant en marketing et le second en design graphique. «C?est lui qui a créé les brochures d?Earth, qui a cherché le nom?» Marie-Anne assure qu?elle n?a nullement poussé son fils vers une profession ayant un rapport à l?art. Préférant leur laisser leur indépendance. Il y avait certes un moment où elle voulait leur dicter leur conduite. «Les parents veulent souvent faire faire à leurs enfants ce qu?eux-mêmes n?ont pas pu faire.» Si tel était le dessein de Marie-Anne, elle l?a abandonné quand un jour Julien qui avait «dix, onze ans à l?époque» lui balance un «Maman, tu me cries après, parce que tu es en colère contre toi-même». Cela lui a fait réfléchir. «Il ne faut jamais sous-estimer les enfants, il faut les respecter depuis petits. Ils nous apprennent beaucoup de choses.»

Avant de trouver son chemin dans la décoration, elle fait «tous les métiers.» Pendant qu?elle était à l?école, elle travaille dans un magasin de souliers, dans la restauration, à la banque, dans l?hôtellerie, ou encore dans la santé. «Je croyais que j?étais en train de perdre mon temps à l?époque. Mais au fait, chaque chose est utile. La vie est une université.»

De retour à Maurice, il a fallu s?ajuster. Il y a eu des périodes noires où «on essayait certaines choses qui n?ont pas marché». Aujourd?hui, elle est confiante que «mon heure est arrivée». Qu?importe que «financièrement, ce n?est pas encore un succès» et qu?il y a un long chemin à parcourir, Marie-Anne peint l?avenir sous de belles couleurs. «J?ai parfois des incertitudes, mais je sais où je veux aller.»

Et où elle veut emmener d?autres. Le 15 septembre prochain sera lancée Excellencia Entrepreneurship Development and Marketing Cooperative Society. Marie-Anne en est la présidente. L?un de leurs projets est de développer un Common Facility Workshop, qui permet à celles qui ont des idées et des capacités, mais pas de finances, de se lancer. Cela, avec l?aide du National Women Entrepreneur Council.

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