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Faux diplômes?et vrais emplois
Ils ont tous une astuce pour passer un entretien d?embauche. Certains répètent pendant des heures devant leur glace. D?autres se renseignent au maximum sur le poste convoité. Mais, il y a aussi ceux qui sont prêts à tout pour se faire embaucher. Ceux-là travaillent sur leur C.V., non pas pour le rendre plus attrayant? mais en y rajoutant des cours et formations? qu?ils n?ont jamais suivis.
La semaine dernière, le cas d?une employée du Central Electricity Board (CEB) embauchée sur un faux certificat (voir hors-texte) a levé le voile sur cette pratique à Maurice. Et le phénomène est plus répandu qu?on ne l?imagine.
Ceux qui l?ont fait ne l?avoueront, bien sûr, jamais à visage découvert. Mais les chefs des départements des ressources humaines ont tous au moins une anecdote à raconter sur l?entretien de quelqu?un qui bluffait.
« J?ai tenté le coup et ça a marché »</B>
Eddy Jolicoeur, Chief Human Resource Executive chez Rogers, avoue avoir eu en entretien avec quelqu?un qui prétendait avoir un doctorat, alors que tel n?était pas le cas. Si le subterfuge a vite été découvert, d?autres sont plus chanceux. Et pour cause, il n?y a pas toujours de vérification des diplômes par les employeurs. Et l?histoire de Sophie (prénom modifié), employée d?une compagnie d?assurances et qui a réalisé un faux C.V., témoigne de cela.
Cette jeune femme de 28 ans répond, il y a un peu plus d?un an, à une offre d?emploi pour une compagnie d?assurances. Elle rédige un C.V. mais réalise que ce dernier est un peu court. « J?avais un peu honte de mon C.V. parce que je n?avais pas fait grand-chose, que ce soit sur le plan professionnel ou personnel. » Et elle savait qu?avec un C.V. comme le sien, elle avait peu de chances d?être prise, même pour un poste subalterne.
« J?y ai rajouté une expérience professionnelle fictive, ainsi que des cours auxquels je n?ai jamais assisté. Je me suis dit que je n?avais rien à perdre. J?ai donc tenté le coup, et ça a marché. » Sophie a, depuis, eu l?occasion de suivre des cours de formation offerts par l?entreprise et elle espère bien y faire carrière.
« Vérifier les diplômes lors du recrutement est culturel. En Europe par exemple, l?entrepri-se se base sur les C.V. pour l?embauche, comme ce fut le cas pour moi », explique Eddy Jolicoeur. « Mais jamais ils ne m?ont demandé les copies de mes certificats d?études, même lors d?un contrôle ultérieur. À Maurice, on ne peut pas généraliser. Chez Rogers, nous demandons des copies, comme ailleurs on demande des originaux. Mais de là à savoir si les documents sont falsifiés ou pas, c?est difficile. »
Certains vont même plus loin. Et là, il ne s?agit pas de ces Africains qui proposent de vendre des diplômes sur Internet. Certains de nos compatriotes font des manipulations graphiques sur ordinateur pour reproduire des diplômes d?institutions supérieures qu?ils ont récupérés au préalable. Et dépendant de la dextérité de la personne utilisant ces logiciels spécialisés, il devient difficile de distinguer le vrai du faux.
Le cas de Thierry (prénom modifié) illustre l?audace de ces gens poussés par les circonstances. Âgé de 43 ans, Thierry, qui était au chômage depuis deux ans, s?est vu proposer un poste de cadre dans une grande entreprise. Il lui manquait toutefois une qualification spécialisée pour être sûr d?être emplo-yé. Qualification qu?a-vait l?un de ses frères, installé en Australie. Ce père de famille n?a alors pas hésité à se faire envoyer le certificat par la poste pour en faire une reproduction? à son nom.
<B>Tricher ou rester au chômage</B>
« Je n?éprouve aucune honte à avoir quelque peu arrangé mon C.V. J?avais un choix à faire : tricher et nourrir ma famille ou rester honnête mais au chômage. » Pour pouvoir mener à bien cette man?uvre, il sollicite alors l?aide de deux amis de son fils aîné, très calés en informatique. « Je n?y connais rien en informatique. Je sais simplement qu?ils ont scanné le vrai diplôme et l?ont retravaillé avec un logiciel spécialisé pour y ajouter mon prénom et changer la date. Il leur a ensuite suffi de l?imprimer sur du papier épais. On aurait dit un original ! »
Un mois après, Thierry obtient le poste et, trois ans plus tard, il travaille toujours pour cette même entreprise. Son em-ployeur ne prendra jamais la peine de vérifier la véracité des informations contenues dans son C.V. « Je fais mon travail du mieux possible. Je m?efforce d?être irréprochable pour ne pas attirer l?attention », explique notre interlocuteur. Il a, depuis, bénéficié de deux promotions.
Et malgré son absence de qualification, Thierry s?avoue être plus compétent que d?autres.
Comment faire dans ce cas pour vérifier quand on est em-ployeur ? Attester de l?authenticité d?un diplôme n?est pas une mince affaire. D?autant plus que les services de recrutement des entreprises sont souvent débordés rien qu?en traitant les dossiers des candidats lors d?un tel exercice.
Quant aux entretiens d?embauche, ils se résument, pour la plupart, à de simples tests de personnalité, plus qu?à une vérification des compétences et des connaissances techniques du candidat. Dans ces entretiens, sans toutefois généraliser, les employeurs tentent généralement de voir au-delà des diplômes. « Un certificat d?étude une condition préalable pour un emploi. Mais il ne garantit en rien la bonne ou la mauvaise performance d?un employé. Je ne dis pas qu?un diplôme ne veut rien dire, c?est une indication du potentiel et des compétences de la personne », explique Eddy Jolicoeur. « Certaines entreprises sont assez ouvertes pour ne pas être obsédées par des diplômes d?illustres institutions. Il faut savoir que le système de recrutement à Maurice recherche plus les talents et les compétences que les certificats. »
Car le monde du travail est impitoyable : certains diplômés ont du mal à s?affirmer pour le poste pour lequel ils ont été établis à la base. Et sans faire l?apologie de la pratique illégale de falsifier son C.V., la performance de certains autodidactes pousse les employeurs à valoriser la compétence plus que les formations théoriques.
Passibles de poursuites</B>
Eddy Jolicoeur demeure toutefois inflexible : « C?est malhonnête de trafiquer ou de falsifier des diplômes ou autres certificats d?études, c?est de la triche. En faisant ça, on ne va pas trop loin, car tôt ou tard on se fait démasquer, soit par sa performance dans le poste pour lequel on a été recruté, ou alors au cours d?un contrôle. »
Mais les appréciations de performance ne débouchent pas souvent sur des contrôles de certificats d?études. Et dans le cas de l?employée du CEB, si la direction de l?organisme n?était pas en présence de dénonciations multiples, cette salariée serait passée à travers les mailles du filet, comme Sophie ou Thierry.
Cependant, toutes les professions ne s?y prêtent pas. Et les personnes osant un tel pari ne verront pas seulement leur contrat résilié, mais elles seront aussi passibles de poursuites pénales. Cher payé pour une phrase de plus sur son C.V. !
Démasqués, et après ?
Il a fallu plusieurs lettres de dénonciations pour que la direction générale du Central Electricity Board (CEB) prenne l?affaire au sérieux. Une candidate avait été recrutée comme Clerk, alors qu?elle n?aurait pas les qualifications requises. Après vérification, il s?est avéré que cette femme aurait arrêté sa scolarité avant d?avoir complété la Form V. Toutefois, un certificat de School Certificate apparaît dans son dossier. Confrontée à cette situation, elle avoue finalement : elle a falsifié le certificat.
La direction générale du CEB décide alors de porter l?affaire à la police.
Depuis, l?enquête suit son cours. Mais selon un avocat dont certains clients se trouvent dans la même situation, l?enquête butera à un moment ou à un autre.
« Je suis au courant de plusieurs de ces cas. Pas exactement le même que cette femme, mais d?autres personnes qu?on accuse d?avoir produit de faux diplômes d?universités non reconnues en Inde ou en Europe de l?Est », confie l?avocat, sous couvert d?anonymat, car il commente des affaires en cour. Ces personnes répondent ici d?une accusation de faux et d?usage de faux. Toutefois, il faut arriver à prouver que ce sont de faux certificats. « Et même si la défense ou la poursuite ont des documents des institutions qui attestent ou nient l?authenticité des diplômes, la question est la suivante : est-ce que l?université ou l?institution en question va envoyer quelqu?un pour déposer en cour ? », questionne l?homme de loi. À ce jour, les personnes dans ce genre de situation sont arrêtées, libérées sous caution et à mesure que l?enquête progresse, on bute sur cet aspect. Les charges sont alors rayées.
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