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Faut-il une commission justice et vérité pour Kaya ?
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Faut-il une commission justice et vérité pour Kaya ?
OUI
Razack Peeroo avocat et ex-Attorney General
L’institution de cette commission ne s’apparente-t-elle pas plus à une démarche populiste et démagogique ?
Non, si l’objectif de cette commission est d’apporter la lumière sur des aspects de l’affaire Kaya. En revanche, si son but est de plaire au plus grand nombre, les répercussions risquent d’être négatives. Cela pourrait inspirer certains à revendiquer des commissions de justice et de vérité sur des cas autres que celui de Kaya. Ce sera alors de la surenchère.
Le recours à une telle commission pourrait être perçu comme un manque de confiance dans les instances qui ont traité l’affaire Kaya…
Tout dépend des attributions de cette commission. La commission d’enquête Seetulsingh a traité des aspects factuels de l’affaire Kaya. L’enquête judiciaire qui a suivi, s’est limitée aux circonstances dans lesquelles Kaya a été retrouvé mort dans sa cellule. Une commission de vérité avec des paramètres élargis permettra une analyse approfondie.
L’idéal ne serait-il pas d’étudier les causes qui ont poussé certains à utiliser la mort de Kaya comme l’exutoire de leurs frustrations refoulées ?
Le phénomène ayant abouti aux émeutes de février 1999 requiert une analyse approfondie par diverses compétences. Elles permettraient la mise en place d’un plan d’action multidisciplinaire pour prévenir la société contre les dangers potentiels qui la guettent. Il n’est pas interdit de penser que le mal dont souffre une section de la population est un mal national. C’est plutôt une commission de vérité nationale qu’il nous faut. Elle pourrait diagnostiquer nos maux et trouver des solutions.
Les recommandations d’une telle commission ne risquent-elles pas de finir dans un tiroir ?
Le but d’une commission est de trouver les aspects majeurs d’un problème et de faire des recommandations. Il n’est pas souhaitable d’accroître le pouvoir des commissions si ce pouvoir sera en conflit direct avec les prérogatives légales et constitutionnelles d’autres institutions. Par contre, il est possible d’amender la loi pour autoriser les Commissions à désigner formellement les organisations auxquelles il incombera de mettre en application leurs recommandations.
NON
Dick Ng Sui Wa Avocat
Pourquoi ne faut-il pas une commission justice et vérité ?
Il faut éviter de faire un amalgame avec la Commission justice et vérité de l’Afrique du Sud. Le contexte qui avait nécessité sa mise sur pied est différent. En Afrique du Sud, l’objectif ne visait pas seulement à faire la lumière sur les atrocités commises pendant trente-trois ans de règne de l’apartheid, mais aussi à réconcilier un peuple divisé.
Les émeutes de février 1999 ne justifient-elles pas une telle commission ?
Oui. Mais cela ne justifie pas le recours à une commission justice et vérité. Il faut situer les événements qui ont fait suite au décès de Kaya dans son véritable contexte. La mort de Kaya a été l’élément catalyseur de l’émergence d’un phénomène d’identification d’une frange de la société mauricienne. Son sort a été perçu comme pouvant être celui du commun des mortels de cette frange face à la machinerie gouvernementale, administrative ou policière. Les événements de février 1999 devraient être attribués davantage aux effets d’un appel de détresse dont les signaux précurseurs n’ont pas été pris en compte à temps.
Quelle est votre contre-proposition ?
L’initiative d’instituer cette commission est tout à l’honneur de Rama Valayden, ministre de la Justice. Elle illustre une volonté d’une personne qui veut se rattraper. La démarche la plus appropriée aurait été la réhabilitation du symbole qu’est devenu Kaya. Il est l’un des rares artistes mauriciens dont les œuvres sont vendues à l’extérieur. La création d’un musée situé au cœur de Roche-Bois et l’institution d’un trust au nom de Kaya auraient contribués à réhabiliter le sens attaché au symbole qu’est devenu Kaya. L’État pourrait officiellement reconnaître sa responsabilité dans la mort de Kaya et compenser sa famille. La mort d’une personne en détention préventive engage sa responsabilité.
Quelles devraient être les attributions de cette commission ?
C’est la prérogative du gouvernement. Il faut vérifier s’il n’y a pas eu des tentatives pour récupérer les émeutes de février 1999 afin d’instaurer un climat de violence. D ‘où la nécessité d’inclure dans les paramètres des travaux de cette commission, l’incendie de l’Amicale.
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