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Faut-il donner des seringues aux toxicomanes ?

6 décembre 2003, 20:00

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OUI

Juliette François directrice de Prévention, information et lutte contre le sida (Pils)

Pourquoi faut-il distribuer des seringues aux drogués ?

Nous parlons d?un programme d?échange et d?accès plutôt que d?une distribution de seringues.

N?est-ce pas une façon de faire la même chose autrement ?

Pas du tout. La distribution présuppose que l?utilisateur n?est qu?un simple consommateur. Le concept d?échange le responsabilise. Il prévoit la mise en place d?un programme d?éducation de l?utilisateur. Pour bénéficier d?une nouvelle seringue, il doit rendre l?ancienne. C?est ainsi qu?il contribue à combattre les risques de contamination.

La distribution ne risque-t-elle pas d?accentuer l?usage de la drogue ?

Notre proposition repose sur un examen minutieux des statistiques. Que disent les statistiques ? Dans la majorité des cas, les personnes atteintes du virus du sida, sont aussi affectées par l?hépatite C. Comment un drogué peut-il être contaminé ? Neuf fois sur dix à la suite de l?injection de drogues par voie intraveineuse. L?usage multiple et le partage des seringues sont le principal facteur de propagation des virus du sida et de l?hépatite C chez les toxicomanes. Un programme d?échange permettra dans un premier temps de diminuer les risques de propagation. Lançons un projet pilote. Faisons le point après un temps donné. C?est tout ce qu?on demande.

La mise à exécution de votre proposition sonnera-t-elle la fin de la répression ?

Loin de là. Nous sommes en faveur de la répression et de l?application des lois. Cette répression doit toucher les fournisseurs, les trafiquants, les importateurs. Les douaniers et les membres de la brigade antidrogue font un excellent travail. Cela doit continuer. La répression des drogués qui ne sont que de simples consommateurs n?est pas une solution.

Votre proposition ne risque-t-elle pas de produire l?effet pervers d?offrir des proies faciles aux membres de la brigade antidrogue ?

La police doit être partie prenante du programme d?échange de seringues. Ainsi, les utilisateurs ne se feront pas arrêtés à leur sortie d?un centre d?échange et d?accès aux seringues. La répression des toxicomanes ne réussira pas à lutter efficacement contre la drogue. La prison n?est pas une solution pour les toxicomanes. En prison, il y a de fortes chances qu?ils aient accès aux drogues. La réhabilitation à elle seule ne suffit pas. Il faut un véritable centre de désintoxication.


NON

Ally Lazer président de l?Associationdes travailleurs sociaux de Maurice

Qu?est-ce qui empêche la distribution de seringues ?

L?utilisation de seringues pour l?administration de drogues est un délit punissable aux termes de l?article 34 (c) du Dangerous Drug Act. Ce texte de loi est l?aboutissement d?une longue lutte contre le trafic de drogue. Le recours à la distribution détruira tout le travail réalisé dans ce domaine. Elle sera en totale contradiction avec la campagne de prévention que mène chaque année la Natresa et les ONG.

La distribution n?est-elle pas un moindre mal avec lequel il va falloir tôt ou tard s?accommoder ?

Ce n?est pas une urgence. La proposition de Pils, pour lequel j?ai une admiration pour l?excellent travail réalisé dans le domaine de la prévention, n?est pas une solution. Je doute que le recours à un programme d?accès aux seringues mette un terme à la consommation des drogues par voie intraveineuse. Les effets de cette pratique ? contamination par le virus de l?hépatite C, risque d?amputation et mort par overdose ? ne disparaîtront pas avec la distribution de seringues. Ce n?est pas parce que l?expérience a été tentée ailleurs qu?il faut l?importer à Maurice.

Que proposez-vous à la place ?

Le recours à des médicaments de substitution pourrait être une alternative. Malheureusement, l?utilisation de ce type de médicament est interdite. Le combat passe par la répression, la réduction au niveau de la demande et de l?offre, la mise en place d?un centre national de désintoxication, le renforcement des campagnes de prévention et des systèmes de contrôle dans le port et à l?aéroport, la lutte contre la toxicomanie en prison et le sous-développement dans les régions à risques.

Quelle est votre évaluation des résultats du combat antidrogue jusqu?ici ?

Les résultats ne sont pas brillants. Depuis 1999, le rapport annuel des Nations unies concernant le contrôle du trafic de drogue place Maurice en tête des pays de la région africaine avec la consommation d?héroïne la plus élevée. Depuis son entrée à Maurice dans les années quatre-vingt, l?héroïne n?a jamais connu de pénurie. La question est de savoir pourquoi. Tout récemment, un jeune de 12 ans est mort d?overdose. À quel âge a-t-il commencé à consommer de la drogue ? Les autorités n?ont pas réussi à confisquer les biens d?un seul trafiquant condamné par un tribunal. Cette possibilité se dessine maintenant. L?actuel commissaire du bureau des narcotiques, Ajay Daby, fait montre d?une détermination réelle pour s?attaquer aux biens et à l?argent des trafiquants.

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