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Faut-il couper les ponts avec Cambridge ?

13 mai 2006, 20:00

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OUI

Pr Indur Fagoonee vice-chancelier à l?université de Maurice

Pourquoi faut-il ne plus recourir à Cambridge ?

En confiant au Cambridge Local Examinations Syn-dicate, un prestataire étranger, le soin de préparer les questionnaires et de corriger les épreuves du School Certificate et du Higher School Certificate, le Mauritius Examinations Syndicate est engagé dans l?externalisation. Mais nous avons la maturité intellectuelle et logistique nécessaire pour assumer cette charge. En plus, cela nous permettrait de faire d?énormes économies en devises étrangères.

Dans quel délai cette prise en charge pourrait-elle se faire ?

Nous avons la capacité et la volonté de relever le défi aussitôt que la question se pose. Mais cette prise en charge n?exclura toutefois pas la collaboration avec des universités étrangères.

N?est-ce pas un peu prétentieux d?oser affirmer que l?on peut, du jour au lendemain, remplacer Cambridge ?

L?expérience que l?université de Maurice a acquise dans ce domaine ne peut certainement pas être assimilée à de la prétention. Depuis une quarantaine d?années, l?université se charge elle-même de la préparation des questionnaires et de la notation des épreuves. Il y a une population de quelque 7 000 étudiants sur le campus. Les diplômes de l?université sont acceptés tant par les employeurs du secteur privé que par ceux de la fonction publique. De plus, nos étudiants n?ont aucune difficulté à faire accepter leurs diplômes dans des universités étrangères. L?université a les moyens logistiques et intellectuels pour prendre la relève de Cambridge, si jamais une demande dans ce sens nous est soumise.

Quelles sont les garanties que vous offrez ?

Nous avons un système d?examen rigoureux qui nous a permis d?asseoir notre crédibilité tant à Maurice qu?à l?étranger. Il existe une formule de double notation. En cas de différence conséquente dans les notes attribuées à un étudiant, on a recours à un arbitre. Un troisième examinateur intervient alors en cas de litige. De plus, cette prise en charge ne nous interdit pas d?engager des protocoles de coopération avec des universités de réputation mondiale. On peut citer, entre autres, les universités de Cambridge, de Lancaster, de Sheffield, d?Oxford, de Bristol, de Marseille, de Paris, d?Afrique du Sud ou d?Australie. Le contenu de chaque questionnaire est discuté avec eux. Les examinateurs viennent à Maurice et interviennent dans la modération des épreuves et à l?oral, au cours duquel ils évaluent l?aptitude des étudiants.

Dans ce genre d?initiatives, les échecs coûtent cher. Que se passera-t-il en cas de manquements graves comme ceux qui ont été répertoriés dans les épreuves du « General Paper » ?

Si l?erreur est humaine, elle n?est pas une fatalité au point de créer elle-même, au sein de chaque système, une situation qui la rend inévitable. La réponse à toute possibilité de manquements se trouve dans la rigueur, et ce, à tous les niveaux du système d?examens. Là où il existe de la rigueur et un système de contrôle et de contre-vérification, la question de manquements ne devrait pas se poser.

La diffusion des épreuves avant les examens dans le passé est encore fraîche dans la mémoire. À qui vous ferez croire qu?il ne va pas y avoir de « trafic » de questionnaires ?

L?aide d?une banque de sujets d?examens qui doit être refreshed chaque année offre une garantie contre ce genre de situation. Le choix des questions se fera à l?aide de l?ordinateur. Il n?y aura donc pas d?intervention humaine à ce niveau. Tout le reste, s?articule autour du respect des règles de confidentialité. Ce serait préjudiciable à l?intégrité des Mauriciens que de présupposer qu?ils ne peuvent pas faire preuve de réserve sur une question aussi sensible.

NON

Pr Lucien Finette directeur du « Mauritius Examinations Syndicate »

Pourquoi ne faut-il pas se séparer de Cambridge ?

Les examens du School Certificate et du Higher School Certificate n?ont pas le même enjeu. La compilation de la liste d?élèves éligibles à une bourse d?étude de l?État confère aux examens du Higher School Certificate un caractère très sensible. Toute la population se sent concernée par les résultats. D?où la nécessité d?obtenir, au préalable, l?accord de principe de toute la population avant de prendre le relais de Cambridge. Cela requiert beaucoup de ressources, tant humaines que logistiques. Nous assurons déjà la composition de 16 questionnaires et la correction des épreuves y relatives pour les examens du School Certificate. Il n?en sera pas de même pour ce qui est des examens du Higher School Certificate. Nous ne pouvons faire autrement que d?avoir recours à un corps d?examen étranger. Je ne vois pas un organisme autre que Cambridge pour le faire.

Votre hésitation est-elle tributaire de la réputation de Cambridge ?

Non. Cambridge est tout à fait disposé à collaborer si nous décidions de franchir la première étape de cette prise en charge. Cette coopération pourrait se faire selon les termes d?un partenariat à risques partagés. D?ailleurs, lors de la revue annuelle de notre coopération cette année avec Cambridge, on en a parlé. Cette forme de joint-venture existe déjà. De plus en plus, les Mauriciens prennent une part importante dans la préparation du programme d?études des élèves s?engageant dans les examens du Higher School Certificate. Cambridge n?a pas objecté à notre volonté d?adaptation au contexte local du programme d?études sur le tourisme et le secteur des voyages. Ces programmes ont été conçus en grande partie par des Mauriciens, avec la collaboration de Cambridge. Cela a pris beaucoup de temps, mais on y est parvenu.

Quelles sont les implications d?une prise en charge totale de ces examens ?

Nous rencontrerons des difficultés au niveau de la préparation des questionnaires et de la correction des épreuves. La garantie dans ces deux domaines est indispensable pour établir notre crédibilité tant à Maurice qu?à l?étranger. Il n?est pas aisé de disposer des compétences appropriées pour la préparation des questionnaires. Cela requiert une formation spécifique et conséquente et la mise en place d?une panoplie de règles devant aboutir à la validation de ces derniers.

On peut commencer à mettre en place une forme de collaboration avec les organismes extérieurs afin de nous préparer à entamer cette étape. L?importance des résultats du Higher School Certificate dans le choix des candidats à une bourse d?études exige que la préparation des questionnaires se fasse dans un environnement où il n?y a pas de risque de violation des règles de confidentialité. Je ne suis pas contre le principe d?aller dans cette direction, mais il faut au préalable offrir à la population toutes les garanties voulues. L?expérience acquise au niveau de la correction des épreuves du CPE et du School Certificate peut nous servir de point de référence pour ce qui est de la rigueur et du respect des normes qui sont revues annuellement. Cependant, le manque de ressources humaines va toujours poser problème.

Le fait que Cambridge ait reconnu son erreur n?a-t-il pas sapé la confiance des Mauriciens dans cette institution et occasionné des doutes quant à sa performance dans le passé ?

C?est un accident qui a fait beaucoup de tort à la réputation de Cambridge à Maurice. C?est inadmissible de la part d?un organisme d?une telle renommée et qui, de surcroît, connaît parfaitement le contexte local. Cependant, je ne serai pas le seul à reconnaître que Cambridge demeure le meilleur organisme international pour ce qui est de l?organisation des examens.

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