Publicité

Faut-il être célibataire pour intégrer la police ?

19 décembre 2004, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

OUI

Régis Barbeau ancien commissaire de police adjoint

Quel est ce règlement de célibat temporaire ?

Une recrue ne peut pas se marier avant trois ans. Après sa formation, qui dure six mois, elle est mutée dans un poste de police. Si, pour une raison ou pour une autre, la nécessité de se marier survient, la recrue fait alors une demande officielle au commissaire de police. C?est à ce dernier de décider s?il doit ou non autoriser le mariage.

Mais n?est-ce pas une atteinte au droit de fonder une famille ?

Pas du tout. En aucun cas ce droit n?est bafoué. Il s?agit d?un report. Les règlements ne disent pas qu?une recrue n?a pas le droit de se marier mais ils imposent, pour des raisons spécifiques au métier de policier une limite dans le temps pour l?exercice de ce droit.

Quelle est la raison d?être de ce règlement ?

L?absence de vie conjugale permet à un jeune policier de se donner à fond dans son programme de formation. La formation du policier n?est pas limitée à l?apprentissage du métier, à la connaissance des lois, à des entraînements physiques, ou encore à la participation à des parades. Il s?agit aussi d?apprendre à vivre en commun. Le célibat que l?on exige des recrues n?est pas une punition, mais plutôt une mesure temporaire. Dès que la période moratoire est achevée, la recrue a tout le temps de jouir de son droit au mariage.

La présence d?une femme dans la vie d?une recrue n?est-elle pas un élément stabilisateur ?

Il y a le règlement et l?esprit de ce règlement. Ce n?est pas une croisade contre la femme. La nature même du métier de policier requiert que l?approche de sa formation soit différente de celle des autres professions. Si le droit de se marier était optionnel, la situation pourrait se révéler ingérable. Mais il y a une autre raison qui explique le maintien de ce règlement. Un policier qui se marie peut recevoir une allocation de logement ou un logement que la police met à sa disposition gratuitement. La période moratoire permet à l?administration de planifier la mise en place de son programme d?allocation en fonction des moyens qu?elle dispose.

NON

Radhakrishna Sadien président de la « Government Servant Association »

Pourquoi le célibat temporaire ne devrait-il pas être imposé ?

Ce règlement n?a pas sa place dans un pays démocratique. Aussi longtemps qu?une règle touche seulement à la fonction stricto sensu, son application ne pose pas de problème. Mais pour le mariage, il s?agit d?un droit fondamental : celui de fonder une famille. Le célibat temporaire relève d?un système archaïque où la dimension humaine n?est pas prise en compte. Plus vite ce règlement sera revu, mieux ce sera.

Son acceptation volontaire devrait- il être le postulat de toute recrue ?

Il y a une limite à l?obéissance. Lorsqu?elle est obligatoire ou aveugle, elle peut engendrer un sentiment de frustration et un complexe d?infériorité.

Quelle est l?alternative au célibat ?

Le célibat temporaire date de la période coloniale. Il n?est pas possible que ce règlement ne soit pas revu. S?il est important pour le recrutement, il faut y ajouter une dose de flexibilité.

Pouvoir se concentrer sur sa formation n?est-il pas une raison suffisante pour justifier son application ?

Il faut faire une distinction entre le respect des règlements liés au métier de policier et le respect du droit humain. Or, le mariage en fait partie. La volonté des autorités d?imposer des règlements s?arrête là où commence le droit humain. À l?époque où ce règlement a été établi, la sensibilisation au respect de certaines libertés n?avait pas encore atteint l?ampleur qu?elle connaît aujourd?hui. D?où la nécessité pour la police de se mettre au diapason.

Quelle sera l?attitude de votre syndicat si le commissaire de police maintient sa décision de révoquer la recrue qui conteste ce règlement ?

Il faut saisir l?occasion pour revoir en profondeur tous les règlements en vigueur dans la police qui ne sont pas compatibles avec le respect de la dimension humaine. Nous espérons que la raison va prévaloir. Si tel n?est pas le cas, nous alerterons les organisations internationales. Parce que les autorités policières ont manqué de flexibilité, il s?est transformé en contrainte inacceptable. Il faut saluer la jeune recrue qui a eu le courage de le remettre en cause.

Publicité