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Fausses synergies

20 juillet 2004, 20:00

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Les conglomérats font partie des caractéristiques de l?économie des pays en développement, dont fait partie Maurice. Leur présence découle tant de facteurs économiques que sociologiques. De larges tranches du débat de la démocratisation de l?économie tournent autour du poids des grands groupes (essentiellement détenus par des familles) dans l?économie, mais aussi dans les choix économiques du pays.

En sus du thème de la démocratisation, d?autres courants influent sur un éventuel rethinking autour de l?idée même des conglomérats. Le groupe Rogers, autrement dit la plus grosse société du pays, prépare son démembrement de manière plutôt subtile. Il est beaucoup question de recentrer l?entreprise autour de certains métiers, du moins dans un premier temps.

Il y a d?autre part des mouvements allant dans le sens contraire. Le groupe Union a, lui, préféré rassembler des unités qui opéraient de manières autonomes sous un même toit. D?autres entreprises, telles que BA Investments, optent pour une stratégie d?acquisition, car la croissance générée en interne ne correspond pas aux objectifs d?expansion fixés.

Plusieurs arguments financiers existent en faveur des demergers. Ce processus permet ainsi de libérer de la valeur, trop souvent gelée dans des semblants de synergie. Les promesses de synergie ne sont, du reste, que rarement tenues lors des mariages ?corporates?. D?autres aspects, tel l?argumentaire de fil conducteur commun ou encore de transfert des compétences, sont souvent survendus lors des fusions-acquisitions.

Le postulat de la diversification des risques ne tient pas toujours la route non plus. L?investisseur peut toujours avoir un portefeuille d?actions diversifié au lieu de mettre son argent dans une entreprise diversifiée. Mais le marché de capitaux à Maurice ne se prête pas toujours à ces possibilités. La Bourse, en raison de ses faiblesses, ne permet pas au public de participer à l?actionnariat des sociétés privées de façon substantielle. Le gros de l?actionnariat reste très souvent entre les mains des groupes traditionnels. Ces derniers sont plus intéressés à bâtir des empires qu?à rechercher de la valeur, qui est, elle, le souci premier des actionnaires minoritaires.

Les failles structurelles de notre marché de capitaux facilitent dans une certaine mesure ces plans d?expansion, qui prennent à contre-pied les notions de shareholder value. Le système financier est largement dominé par les banques, d?où un apport disproportionné des dettes bancaires dans le capital des entreprises. On s?est ainsi retrouvé avec de grosses structures disposant très peu de fonds propres par rapport aux autres formes de capitaux. Les promoteurs des grandes sociétés ont donc continué à maintenir leur emprise sur leurs entités sans avoir à trop puiser de leurs biens.

Si le gouvernement veut gagner la bataille de la démocratisation au niveau des grosses corporations, il faut qu?il parvienne à briser ce cercle vicieux. Le marché boursier doit être consolidé et les fonds d?investissement doivent être encouragés à jouer un rôle beaucoup plus énergique dans des sociétés.

Les autorités ont récemment fait de gros pas en avant avec la mise sur pied des véhicules de ?capital risque?, tel que le National Equity Fund. Des financiers privés lui ont emboîté le pas. Les sources de financement se diversifient graduellement. Les grosses pointures devraient, tôt ou tard, s?habituer à ces nouvelles donnes.

De toute manière, les nouveaux impératifs de l?économie, dont le développement de nouveaux pôles de croissance, requièrent une nouvelle approche à l?approvisionnement financier. La contribution d?un investisseur sophistiqué à des projets à haute intensité technologique, par exemple, est désormais la norme.

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