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Fausse mutation
Dire que la station de télévision se transforme est une affirmation bien prétentieuse. Elle ne fait qu?adopter un nouveau logo et changer de générique pour certaines émissions. En fait, les réaménagements annoncés jeudi par la MBC ressemblent tout au plus à un « changement cosmétique », pour utiliser un terme à la mode.
La principale déception vient de l?incapacité persistante de la télévision de réaliser des productions locales de qualité. Une fois encore, les émissions de débat sur les grandes questions d?actualité sont absentes de la grille. Le débat politique demeure un sujet tabou pour les responsables de la chaîne publique. Notre télévision n?a toujours pas l?ambition d?être un outil d?intelligence.
Quitte à passer pour une officine de propagande, la MBC diffusera bien, de temps à autre, des émissions à sens unique où la voix officielle se fera entendre sur un sujet particulier. La confrontation d?idées a toujours fait peur aux responsables de la rue Pasteur.
Il faut bien reconnaître que l?absence d?échanges contradictoires est une caractéristique des pays pudiquement appelés « les moins avancés ». Chez nous comme ailleurs, c?est une façon bien commode pour les responsables de l?audiovisuel de ne pas risquer de déranger les princes qui gouvernent.
Cette hantise de rester à l?écart de tout ce qui est politiquement sensible reste le plus lourd handicap de la télévision. Elle donne lieu, en outre, à une situation malsaine où le moindre face-à- face entre deux dirigeants politiques, quand il arrive à être organisé, prend l?allure d?un psychodrame national. La tension est telle, à ces rares occasions, que les prestations des intervenants prennent le dessus sur le fond du débat. La dramaturgie du direct aidant, ces débats se transforment alors en duel pendant lequel chacun est à la recherche de la formule qui tue plutôt que de communiquer lucidement sa pensée.
Certes, le contenu du journal télévisé a évolué ces dernières années et les dirigeants du pays accaparent moins l?antenne qu?auparavant. Mais le respect du temps de parole pluraliste n?est plus une preuve de la modernité d?une télévision. Encore que le déséquilibre pouvoir/opposition n?est pas entièrement rectifié comme l?a souligné récemment une lettre d?avertissement de l?Independent Broadcasting Authority à la MBC.
Organiser des émissions politiques à la télévision aura sans doute pour conséquence d?élever le niveau du débat sur les questions d?intérêt national. Même si une part de spectacle est inévitable sur un plateau de télévision, un politicien a un comportement plus respectueux de son auditoire face à une caméra que lorsqu?il est en train de haranguer une foule sur une caisse de savon.
Il reste à savoir si la télévision de service public attend l?arrivée de compétiteurs privés pour changer de peau tout comme la radio publique s?est préparée à la libéralisation en faisant appel à l?irrévérencieux Jacques Maunick.
Au demeurant, rien ne prouve qu?en ouvrant l?antenne à l?opposition, cela fera du tort nécessairement à la majorité politique. L?ouverture peut même produire l?effet contraire. L?audiovisuel est capable d?exposer de manière impitoyable les limitations des acteurs politiques.
L?interview du leader de l?opposition diffusée sur Radio One vendredi a dévoilé crûment l?ambivalence de la posture de l?opposition dans les débats sur la révision constitutionnelle annoncée. En deux occasions, Finlay Salesse a demandé à Navin Ramgoolam d?énoncer ses propositions pour renforcer les pouvoirs du président. Les deux fois, il a esquivé la question.
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