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Family Affair
On veut bien que le bureau du président de la République envoie une mise au point à un journal. Mais on peut difficilement comprendre la teneur et le ton de cette lettre officielle, signée par un haut fonctionnaire de l?État, qui fait état des relations privées qu?entretient ? ou plutôt que n?entretient plus ? le président Jugnauth avec son frère Ashock.
« I am directed by the President of the Republic to inform you that this article in question has no truth and is baseless. He further informs you that he has never discussed anything of the sort with Hon. Ashock Jugnauth as he is not on speaking and visiting terms with him. The President further wishes to point out that he does not consider Hon. Ashock Jugnauth anymore as a relative of his [?] », écrit l?administrateur à la présidence, M. Gunputh, dans ladite rectification.
En voulant démontrer qu?il est au-dessus de la mêlée politique, le président évoque ses affaires strictement familiales sur la place publique. S?il a choisi de renier son frère, c?est son choix de citoyen libre. C?est son problème à lui. Pas le nôtre. Alors doit-il instrumentaliser la présidence, financée par les contribuables, pour régler ses différends d?ordre familial ?
La présidence est la plus haute institution de la République. Et cela implique qu?elle doit être libre de toute « partisanerie » politique. Cela sous-entend aussi qu?elle doit se dissocier de toute attache familiale. Ainsi la formule « does not consider Hon. Ashock Jugnauth anymore as a relative » soulève cette interrogation : comment alors aurait-il traité son frère s?il était en bons termes avec lui ?
Il y a d?autres liens que ceux du sang et du patronyme qui unissent Ashock et sir Anerood. Il y a eu, entre autres, la relation, en 2000, d?un chef de parti qui s?est retrouvé Premier ministre et qui avait désigné, outre son fils Pravind à l?Agriculture, son frère Ashock comme ministre de la Santé de son gouvernement. Après le départ de sir Anerood pour Réduit ? rideau sur 40 ans de politique active -, l?oncle n?a pas tardé, une fois les législatives perdues, à remettre en cause l?héritage laissé entre les mains du fils ; claquant la porte du MSM pour créer son propre parti, avec la bénédiction de Paul Bérenger. À cette époque, Pravind disait haut et fort qu?Ashock ne faisait plus partie de la famille, qu?il ne sera plus jamais invité à leur table. Mais Pravind n?est pas président. Il a entièrement le droit d?afficher ses acrimonies personnelles, de formuler des compliments ou attaques politiques, de répudier Ashock.
En revanche, son père, eu égard à sa fonction constitutionnelle, doit faire preuve de retenue. Bien sûr sir Anerood peut avoir, comme n?importe qui, des sentiments personnels, mais il ne peut plus se permettre de les afficher en public, comme il l?a fait.
Aujourd?hui, au-delà de tout autre lien avec son frère, subsiste celui du citoyen et parlementaire Ashock avec son président de la République. Et un chef de l?État, indépendamment de toutes les raisons du monde, ne peut pas snober un citoyen, de surcroît un élu du peuple. Sinon c?est un engagement public purement politique?
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