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Faire avancer le bien commun

27 janvier 2007, 00:00

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Sophie Doger de Spéville, 29 ans, est une jeune femme très nature. C?est ainsi qu?elle ne met qu?un soupçon de maquillage sur ses yeux, juste pour donner le change. Boit du thé chinois en raison de ses propriétés naturelles. Se déchausse dès qu?elle retrouve les quatre murs de son bureau pour être en prise avec le sol. Et plutôt que d?éclairer son bureau à l?aide des tubes fluorescents, elle maintient ses volets levés pour capter le plus longtemps possible la lumière du jour. S?il n?en tenait qu?à elle, la climatisation demeurerait éteinte et ses fenêtres resteraient ouvertes rien que pour sentir le souffle du vent sur son visage.

Cette aînée de deux enfants, qui a toujours dévoré les livres, n?a jusqu?ici qu?écouté son c?ur et vécu au gré de ses passions. Ce qui a parfois causé des sueurs froides et quelques insomnies à ses parents. Mais ça, c?est une autre histoire? Au cours de ses études secondaires littéraires au Lycée Labourdonnais, à l?allemand qu?elle étudie déjà, elle adjoint la langue russe. Son baccalauréat littéraire empoché, c?est vers les relations internationales qu?elle entend se spécialiser car elle sent grandir en elle un désir d?engagement politique et citoyen.

Admise à l?université de la Sorbonne à Paris, elle obtient un diplôme d?études universitaires générales en langues et civilisations étrangères, puis une maîtrise en relations internationales. Et comme les études ne l?effraient pas, en parallèle, elle apprend pour décrocher une maîtrise en géopolitique. Formations qui, assure-t-elle, lui ont « donné une manière de voir, des outils pour penser le monde, les besoins et les solutions possibles». Militante des droits humains, elle intègre une association universitaire et passe quelques mois à encadrer les enfants d?un village montagnard et excentré du Guatemala. Outre de découvrir une culture différente, c?est aussi son premier contact avec la pauvreté.

Ses études complétées, elle se voit proposer un stage au sein d?une ONG new-yorkaise de santé reproductive, la Family Care International. Sophie accepte et trouve «révolutionnaire» d??uvrer pour une organisation de santé reproductive à un moment où le président Georges Bush qui vient d?être porté au pouvoir, affiche ses convictions contre l?interruption volontaire de la grossesse. Ce premier stage terminé, Sophie se voit offrir un autre de six mois aux Nations unies à la fin duquel on lui propose un emploi au sein de l?équipe travaillant sur le Global Compact Project. L?objectif dudit projet est d?associer le secteur privé aux grands objectifs des Nations unies. Pour Sophie, c?est la révélation. «C?est là que j?ai été interpellée par la responsabilité sociale de l?entreprise, par le travail communautaire, l?éthique, la bonne gouvernance et la promotion des valeurs citoyennes».

New York étant une ville «fabuleuse mais usante», elle vient se ressourcer à Maurice avec l?idée de repartir. Ce qu?elle fait d?ailleurs au grand dam de ses parents lorsqu?elle s?envole pour l?Indonésie dans le but d?apprendre la langue et militer aux côtés de l?organisation non-gouvernementale Peace Brigades International. Cette ONG accompagne des travailleurs sociaux et des défenseurs des droits de l?homme dans la province d?Aceh, zone de conflits par excellence entre rebelles et forces armées gouvernementales.

Si le gouvernement indonésien ne s?était déclaré incapable d?assurer la sécurité du personnel de cette ONG, son séjour dans cette région troublée se serait, sans doute, prolongé au-delà de trois mois !

<B>Lutter contre la pauvreté</B>

C?est un coup de foudre à son retour d?Indonésie qui la retient à Maurice. Après un passage comme assistante de recherche au Joint Economic Council, elle postule pour un emploi comme chargée de projets pour le social, le genre et les droits de l?homme auprès de l?Union européenne. Elle est recrutée et pendant deux ans et demi, elle gère les projets de développement de lutte contre la pauvreté aux Seychelles, aux Comores et à Maurice.

Elle y serait sans doute encore si elle n?avait été interpellée par le Master Plan 2006-2011 de Médine Sugar Estates Co. Ltd. et par le «sens de l?engagement de cette entreprise à développer la région sur une si grande échelle». Vu son curriculum vitae et son expérience professionnelle, Sophie n?a aucun mal à se faire embaucher pour remplir le poste de social projects implementation manager et gérer un projet de Rs 100 millions.

L?application du volet social de ce projet de taille comprend la création de la fondation de soutien aux ONG, baptisée Médine Horizons, la construction d?un bazar à Bambous, l?aménagement d?une bibliothèque multimédia et d?un parc de loisirs. Il y aussi le Centre de formation de Pierrefonds dont les assises actuelles se trouvent dans l?ancienne maison de l?administrateur de la sucrerie en attendant d?être construite à Palma.

Ce centre qui opère en partenariat avec l?IVTB, a pour vocation de délivrer des cours de base d?hôtellerie, de restauration et de formation au métier de futures gouvernantes. Ce centre de formation a déjà initié 13 habitants de la région au métier de gouvernantes et le 12 février prochain, 30 autres, identifiées toujours par Caritas Ile Maurice, recevront une formation de six semaines en restauration et en métier de gouvernante.

Comme ces personnes sont de revenus modestes, Caritas Ile Maurice a fait appel au Trust Fund for the Social Integration of Vulnerable Groups pour que cette institution s?acquitte des frais de cours. L?ONG catholique attend avec impatience une réponse positive des dirigeants du Trust. «Ce sera un modèle de partenariat des secteurs publics et privés», estime Sophie qui se dit ouverte à l?idée de travailler avec toute ONG qui a une longue expérience de terrain dans la région comme c?est le cas pour Caritas Ile Maurice et qui veut diminuer la pauvreté. Elle se réjouit de la collaboration harmonieuse avec le conseil de district.

<B>Aucun développement sans amélioration sociale</B>

Le dernier volet du projet est le Médine Venture Capital Fund, destiné à venir en aide aux petits entrepreneurs et dont les modalités restent à être définies.

Outre le fait que ce projet correspond à son idéal qui est de «galvaniser les différentes forces pour faire avancer le bien commun», un autre aspect qui lui plaît aussi dans la responsabilité qu?elle assume est qu?elle a les coudées franches. «L?application du projet n?est pas rigide. Il y a une réelle flexibilité. Par exemple, dans le Master Plan, il était prévu que le centre de formation offrirait notamment la location de DVD et la projection de films. Mais au contact du terrain, j?ai réalisé que la priorité était l?initiation à l?informatique et nous avons mis les autres aspects précités en sourdine.»

Si elle ignore de quoi la deuxième phase du Master Plan sera constituée, Sophie est très sensible aux réalités des femmes de Cité La Ferme. Celles-ci ont beaucoup de mal à trouver un emploi faute d?une garderie pour leurs enfants. L?idée de la construction d?une crèche dans cette localité fait son chemin actuellement dans sa tête.

Sophie reconnaît que Médine a pris un certain retard dans la mise en ?uvre d?une politique sociale coordonnée mais l?important est qu?il y ait eu une réelle prise de conscience. «Nous ne sommes pas que des êtres humains juxtaposés qui habitent le même pays par hasard. Nous avons quelque chose de commun et il faut faire avancer la cité et la rendre plus harmonieuse et juste. De ce fait, nous devons nous serrer les coudes pour que la situation s?améliore et comble le gouffre de la pauvreté qui s?accentue. Médine a pris conscience que sans une amélioration sociale, aucun développement ne peut être durable. Et c?est maintenant qu?il faut le faire. Attendre encore quelques années aurait été trop tard?»

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