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Féminines : tour d?horizon

8 mai 2004, 20:00

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Depuis que la ministre Arianne Navarre-Marie a annoncé l?annulation de l?allocation annuelle de Rs 1 000 aux associations féminines, ça bouge du côté des femmes. Le nouvel enjeu ? Soumettre des projets qui pourraient être financés par le Conseil national des femmes, qui regroupent plus de 1 000 associations, et le ministère des Droits de la femme. Partout dans l?île les choses s?activent. Les femmes se mettent au travail.

Dans l?Ouest, on voudrait mettre en place des crèches pour aider celles qui travaillent.

À Réduit, certaines voudraient aller plus loin dans l?artisanat. Ailleurs, elles aimeraient bien mettre un terme aux problèmes d?environnement ou encore avoir une salle de gym. Il y a du pain sur la planche.

La philosophie derrière cette nouvelle loi est de donner plus de pouvoir aux femmes, de les encourager à proposer des projets « allant des activités génératrices de revenus aux cours de formation dans divers domaines, en passant par des activités ayant trait aux loisirs, à la santé, à l?environnment et au bien être ». C?est ce que l?on affirme au ministère des Droits de la femme.

Mais l?État est-il prêt à financer ces projets ? En tout cas à la cité Mère Thérésa, non loin de Triolet, les femmes veulent avoir leur part du gâteau. Le hic, c?est qu?elles ne sont pas membres d?une association.

Damiantee Jeewooth, la présidente du Comité régional de Pamplemousses-Rivière-du-Rempart, les a rencontrées mardi dernier au centre Anou dibout ensam. Elle leur répète sans cesse lors de la première prise de contact : « Régroup zot. Soumet zot proje. Gouvernman pou fer le necesser, pou donne zot formation, équipman mais zot bizin régroupé ». Mais voilà, pour monter une association, il faut des membres, une présidente, une vice-présidente, un projet. Qui va se lancer ?

Freinées sans doute par leurs responsabilités à la maison, conditionnées à rester à l?ombre, à être prises en charge par les autres, elles se rétractent : « Fodé bann madam accepter, ou bizin al koz ar zot », ont lancé certaines à la présidente. Et pourtant, elles étaient déjà plus de quinze à la réunion, assez pour monter une association. « Mo pa pou kapav vinn réunion dan dé semen parski mo bizin alle avec mo mari lopital », a affirmé quelqu?un d?autre. D?autres femmes quittent la salle, prétextant qu?elles doivent s?occuper de leurs enfants.

Le constat est rude. Il y a aujourd?hui encore des femmes qui s?arrêtent déjà avant la ligne de départ. Elles voudraient une salle de gym et avoir un coach pour faire de l?aérobic. Elles voudraient un professeur qui leur apprendrait à utiliser les ordinateurs du centre. Elles voudraient faire des paniers, participer à des activités ou à des ateliers qui ont lieu ailleurs. Elles aimeraient aussi que quelque chose vienne changer leur vie, mais elles n?osent pas s?imposer. Du moins, pas encore.

Et pourtant, le mouvement associatif a de tout temps eu un rôle important à jouer dans les conditions de vie des femmes. « Trop souvent, et surtout quand il s?agit des femmes au foyer, elles sont réduites au rôle d?épouse et de mère. Elles sont marginalisées et leur contribution au développement économique, politique et social est invisible », explique Madame Gunessee, du Comité régional de Grand-Port/Savanne. Les femmes rencontrées disent toutes qu?en se regroupant, elles sont plus mobilisées, peuvent mieux s?exprimer et avancer.

<B>L?amitié : un facteur-clé</B>

Ainsi, des milliers de femmes se regroupent selon leurs capacités et leurs objectifs, parfois avec des moyens dérisoires. Elles mettent en place des associations professionnelles où elles apprennent un métier, des associations religieuses et socioculturelles où elles mettent les traditions en valeur, des mouvements communautaires pour traiter des problèmes comme l?analphabétisme, la nutrition, les problèmes de santé etc. Elles font de tout sous la bannière des quatre Regional Committees que l?on trouve dans les districts, mais aussi à Rodrigues.

Eshwantee Sumboo est la secrétaire du comité régional de Plaines-Wil-hems/Port-Louis et Rivière Noire, qui regroupe 400 associations. Pour elle, le regroupement ouvre la voie à plusieurs opportunités. « Les femmes ont eu l?occasion d?apprendre la couture, la broderie, la bijouterie, le jardinage etc. Mais grâce à nous, le ministère de Femme peut aussi faire passer des messages. Il y a eu par exemple une causerie sur la femme et la technologie, il y en a eu d?autres sur la prostitution infantile, les maladies transmissibles. » Ainsi, les associations se trouvent en position d?éclaireur, elles forment et informent, et c?est plus facile, de cette façon, d?être à l?écoute des besoins des femmes et de satisfaire leurs besoins.

L?amitié est un autre facteur-clé. Se regrouper permet de connaître d?autres personnes qui habitent la région, de déjeuner ensemble quand il y a un événement, de faire des échanges de cadeaux, de réunir ses talents et faire des animations. Ce sera le cas pour la Nazareth Women Association pour la Fête des mères. À la Réduit Women Asso-ciation, les femmes fabriquent des objets en rotin, mais elles s?éclatent aussi en faisant des sorties, des voyages. Ainsi, elles iront bientôt passer une journée à Calodyne-sur-Mer.

M. Gunessee du Regional Commitee du Sud-Est est, quant à elle, fière de voir que les associations qui sont sous sa responsabilité, font plus que des activités habituellement associées aux centres pour femmes. « Si vous venez à Blue Bay le dimanche, vous verrez beaucoup de femmes qui apprennent à nager. D?autres ont dépassé ce stade et font même de la plongée. » Certes, c?est impressionnant de voir que ces dames qui ont parfois la quarantaine se jeter à l?eau. « Certaines me disent qu?auparavant, quand elles allaient à la mer, elles ne faisaient que marcher dans l?eau. Aujour-d?hui, elles ne ratent pas leur séance, même quand il pleut. Ce sont des choses qu?on a le courage de faire quand on est en groupe », explique la présidente.

Comment accueille-t-on l?annulation des Rs 1 000 ? Les associations réalisent bien qu?elles ont plus à gagner avec la nouvelle formule. Certaines femmes sont toutefois un peu inquiètes parce que cet argent leur servait parfois à payer leur ticket d?autobus, quand elles n?osaient pas demander de l?argent à leur mari, pour aller aux réunions. Une chose est sûre, les associations fictives n?empocheront pas un sou.

Si elles sont en fin de compte des groupes de promotions, il reste encore beaucoup à faire car dans le contexte actuel, l?heure n?est plus à l?amateurisme. Les femmes auraient plus à gagner si, à partir des formations de base qu?elles reçoivent, elles pouvaient aller plus loin dans le perfectionnement des techniques. Qui sait, peut-être les verra-t-on plus actives dans les débats nationaux qui les concernent ? En tout cas, en 2004 les associations féminines devraient élargir la gamme de leurs interventions. Honneur à vous mesdames et n?hésitez pas à faire de votre mieux !

<B>« Trop souvent, les femmes au foyesont réduites a rôle d?épouse et de mère »

<B>« Si vous venez à Blue Bay le dimanche, vous verrez beaucoup de femmes qui apprennent à nager »</B>

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