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Et si la majorité se trompait

17 septembre 2004, 20:00

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Les constitutionnalistes tanceront. Les pragmatiques évoqueront les contraintes financières. Une élection, même partielle, serait effectivement onéreuse. Mais un amendement à la Constitution ou à la loi pour éviter cette élection serait, lui, une décision arbitraire et partiale qui ne pourrait nullement se justifier. Sous prétexte de faire quelques économies, l?alliance majoritaire confirmerait, avec un éventuel amendement constitutionnel, sa propension à commettre des gaffes politiques.

L?alliance gouvernementale pourrait se tromper. Parce qu?une partielle serait ce qui pourrait nous arriver de mieux dans la conjoncture actuelle. En effet, une éventuelle partielle à Plaine-Verte et à Roche-Bois est plus à même de désamorcer la bombe communale qui pourrait éclater lors des prochaines législatives. Aujourd?hui, c?est la plus grande crainte de tous les modérés de ce pays : que la fièvre électorale en 2005 ne dégénère en un chaudron sectaire.

Quelque part, une victoire de l?alliance de l?opposition au no. 3 commanderait automatiquement chez ses dirigeants une posture de rassembleurs et de démocrates qui leur évitera la tentation et le piège d?une campagne communale aux

législatives. Elle serait dans la logique de l?alternance et devrait se montrer responsable. Une défaite de l?opposition n?impliquerait pas une réaction radicale et opposée. La victoire du candidat rouge à la partielle de Piton-Rivière-du-Rempart ne serait plus alors que l?expression d?une colère passagère de l?électorat à l?égard du gouvernement. Cette éventuelle défaite de l?opposition au no. 3 devrait aussi lui enseigner qu?un discours mâtiné à la sauce communale n?entraîne pas systématiquement une adhésion de l?électorat. Elle serait contrainte de revoir toute sa stratégie.

Le gouvernement aurait tort. Tort de croire que faire l?impasse sur une élection partielle, même dans l?intérêt national, ne sera perçu que comme une simple man?uvre politique. L?amendement qui lui permettra de contourner cette élection viendra ajouter un argument de taille dans le chapelet des critiques que récitent ses détracteurs. Pire, ce serait pour ce gouvernement un moyen de ternir le seul dossier où il aurait pu présenter une ardoise propre. On n?amende pas la Constitution pour jouer les prolongations alors que le score est encore incertain dans les temps réglementaires.

Le gouvernement aurait tort de penser qu?il n?y a pas de solution que radicale en la conjoncture. L?opposition s?est fait fort de déclamer qu?il faut éviter au pays des dépenses en organisant une partielle. Aux deux blocs politiques de démontrer leur maturité et leur sens de responsabilité. A eux de se mettre à la table des négociations pour faire la démonstration que l?ambition politique est secondaire à l?intérêt national. L?opposition aurait intérêt à jouer le jeu. Déjà, Navin Ramgoolam doit avoir mesuré les dividendes qu?il a récoltés dans toute l?affaire qui a opposé des syndicats au gouvernement sur le dossier du «MRA Bill.»

L?alliance MSM-MMM a finalement eu tort de croire qu?il pouvait tout prévoir jusqu?au terme de son mandat. Elle a eu tort de penser qu?elle pouvait manipuler les attentes et les exigences de la population en les soumettant à son agenda politique et électoral. En pensant qu?il allait bénéficier d?un dernier budget pour débuter une opération de séduction. La démission de Siddick Chady est cet impondérable qui vient bousculer un calendrier où le gouvernement espérait fixer toutes les règles du jeu. On ne peut avoir raison sur toute la ligne? et, cela, durant cinq longues années.

Pour toutes ces raisons, l?alliance majoritaire n?a aucun droit moral de commettre un impair démocratique en amendant la Constitution. Cela est dit sans être puristes de la Constitution.

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