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Et le Burundais devient Australien
Selemani Ndikumana, 30 ans, est aux anges. La branche locale des Nations unies vient de lui apprendre cette semaine que sa demande d?asile a été agréée par l?Australie et qu?il peut faire ses bagages le 2 août.
C?est donc fou de joie, après plus d?un an d?attente, qu?il s?est rendu à l?étude de son avocat, Me Rex Stephen pour lui annoncer la bonne nouvelle. « C?est un homme nouveau qui est venu me voir. Il peut maintenant aspirer à cette nouvelle vie qui commence pour lui. On ne peut que remercier l?UNDP, en particulier madame Aase Smedler », explique l?homme de loi qui avait « découvert » le Burundais dans une cellule d?Alcatraz le 24 mai 2005.
L?avocat venait rendre visite à un client et apprend qu?un demandeur d?asile y est incarcéré depuis plus d?un mois. Il avait été remis aux autorités par le bureau des Nations unies chez qui il s?était rendu pour réclamer de l?aide. Il venait alors de débarquer dans l?île, muni d?un faux passeport.
Bijoutier de son état, il fuyait son pays miné par une guerre interethnique. Les Hutus et les Tutsis ne cessent pas de s?entretuer et sa femme en est une victime collatérale le 16 février 2002 lors d?un énième affrontement. Elle est « massacrée » et, lui, a la vie sauve car il surveillait sa maison de l?extérieur.
Ayant peur pour la vie de ses enfants et de sa seconde épouse, il planifie sa fuite vers Maurice, se faufilant à travers le Kenya, fort d?un passeport tanzanien. Il paie le prix fort. 4 000 dollars. Maurice est un pays de transit idéal : il y a une amie habitant Pointe-aux-Sables avec qui il correspond régulièrement à travers Internet.
Le 16 mars 2005, il arrive dans l?île. Mais la vie n?est pas toute rose chez les Mauriciens, surtout quand l?étranger est un Africain et qu?il n?a pas d?argent pour y mener une vie décente. On ne lui offre même pas de nourriture lorsque la famille de l?amie se rend compte qu?il n?est pas un touriste?
« Je suis resté neuf jours chez eux sans manger. Je n?ai bu que de l?eau », se souvient-il.
Elle alertera le bureau de l?Immigration et s?enfuira à pied avant de rallier le PNUD. Après avoir approché cette antenne locale des Nations unies, il est remis aux autorités le 26 avril 2005, car le bureau régional du haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), basé à Pretoria, a apposé son veto sur son dossier. « Il n?a pas su convaincre l?UNHCR. Il n?avait pas non plus sur lui ses papiers ni un passeport », commentait alors le bureau des Nations unies.
<B>« L?impression d?être dans une tombe »
L?UNHCR ayant des doutes sur sa véritable identité, le Burundi étant une terre d?asile pour les réfugiés des pays des Grands Lacs comme le Rwanda et le Congo, l?avocat Stephen et son collègue José Moirt ont multiplié les démarches à titre bénévole pour que son identité soit confirmée.
Selemani Ndikumana ayant connu les affres de la détention à Alcatraz, il se terrait depuis sa remise en liberté dans un petit hôtel de la capitale, ne voulant pas entendre parler de la police, estimant qu?elle ne valait guère mieux que les milices africaines. Il sortait peu, de peur d?être embarqué de nouveau en prison. « Quand on m?a arrêté, je pensais que c?était comme au Burundi, qu?on pouvait m?enlever n?importe où », disait-il.
Dans un entretien qu?il nous a accordé en juillet 2005, le Burundais faisait part de l?horreur vécue à Alcatraz. « Cela a été très dur. De ma vie, c?est la première fois que je me retrouvais en prison. J?avais l?impression d?être dans une tombe. J?étais enfermé 24h sur 24 », relatait-il.
Il confiait aussi n?avoir jamais pu s?adapter à la nourriture locale qu?on lui proposait en prison. « Je n?arrivais pas à manger. On me donnait du riz tous les jours, mais moi je ne mange pas de riz quotidiennement. » Remis en liberté il y a un an, il disait aussi qu?il se croyait dans un film. Au moins, cette fois ce sera une happy end.
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