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Et la cinquième liberté ouvrit le ciel?

25 août 2004, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Condor et Lauda Air ont déjà atterri à Plaisance. Lufttransport-Unternehmen (LTU) s?apprête à les rejoindre. Il y a quelques années, un tel scénario était inimaginable. Or, les spécialistes de vols de loisirs représentent aujourd?hui une voie de secours pour un tourisme qui bat de l?aile. Avec l?arrivée d?Emirates Airlines, le ciel mauricien s?ouvre peu à peu. Le gouvernement propose maintenant d?accorder la cinquième liberté de l?air aux transporteurs.

Cette mesure permettra à la compagnie aérienne d?un pays de desservir Maurice et un pays tiers, tout en ayant un droit de trafic entre tous les aéroports. Par exemple, un Boeing 747 de British Airways en provenance de Londres pourrait faire escale à Maurice, en route pour Melbourne. Il aurait ainsi un droit de trafic entre la Grande-Bretagne et Maurice mais également entre Maurice et l?Australie. Ce qui lui permettrait d?embarquer et de débarquer à Plaisance des passagers en provenance ou à destination de Londres ou de Melbourne.

Ce droit d?accès aérien, plus connu comme la cinquième liberté de l?air, devrait permettre à Maurice de devenir une destination de transit. L?objectif à peine voilé de cette stratégie est de transformer le pays en stopover, une halte, à l?image de Dubayy ou Singapour. Le but est d?apporter une clientèle à Maurice et de la reprendre ensuite pour une autre destination.

?Ce sera une clientèle de court séjour, mais une clientèle qui a une moyenne de dépenses supérieure à la normale et qu?on n?aurait pas eue autrement qu?en stopover. Alors cela doit être bon à prendre?, explique Peter Goldsmith, directeur de White Sand Tours.

L?octroi de la cinquième liberté de l?air pourrait offrir un nouvel essor à un tourisme qui en a grand besoin. Le taux d?occupation des chambres d?hôtel était de 63 % en 2003. Il est en baisse constante depuis quelques années car le parc de chambres grimpe plus vite que les arrivées touristiques. Celles-ci ont subi une baisse d?un pour cent pendant les six premiers mois de 2004 et ce, par rapport à la période correspondante en 2003.

?Nous sommes une destination demandeuse, alors tout ce qui peut aider Maurice à mieux s?exposer au monde touristique doit être bénéfique?, souligne Philippe Hitié, directeur de Summertimes.

Destination de transit

Le concept de stopover dépend énormément de la situation géographique d?un pays. Historiquement, Maurice a été ?la clé et l?étoile de l?océan Indien?. Mais les choses ont changé. Le temps des frégates est révolu. Le monde est un village global grâce aux Boeings 747 et Airbus A340. Le hub aérien de l?Afrique australe est aujourd?hui Johannesburg. Maurice est certes désavantagée, car il n?existe aucune destination au Sud, mais elle peut toujours servir de plate-forme entre l?Afrique, l?Europe, l?Asie et l?Australie.

Cathay Pacific l?avait remarqué dans les années 90. Le transporteur hongkongais voulait lancer une ligne Hong Kong-Maurice-Afrique du Sud. Les droits de trafic entre Hong Kong et l?Afrique du Sud et entre Maurice et l?Afrique du Sud lui auraient permis de rentabiliser la desserte sur Maurice. Sa demande ayant été refusée, Cathay Pacific a vite fait de délaisser Maurice. Aujourd?hui, la compagnie dessert Johannesburg six fois par semaine grâce à des vols directs.

?Maintenant que le gouvernement change de politique, Maurice pourrait intéresser de nouveau Cathay Pacific. Nous sommes très forts en Asie et nous pourrions, par exemple, desservir Maurice et Madagascar, destination que les Japonais apprécient de plus en plus?, souligne Alain Captieux, General Sales Agent de Cathay Pacific à Maurice.

Une éventuelle arrivée en masse de touristes asiatiques surprendrait car Maurice n?est pas leur type de destination. Le tourisme d?intérieur est relativement pauvre, les possibilités de shopping sont limitées et ce touriste n?aime pas la bronzette toute bête. Mais le pays pourrait toujours servir de stopover entre l?Asie et l?Afrique ou entre l?Australie et l?Europe.

?Maurice peut être un point de transit intéressant à condition d?exploiter de nouveaux créneaux?, dit Peter Goldsmith. Mais pour attirer une nouvelle clientèle, l?Etat aura également à dépenser gros pour la promotion.

La transformation de Maurice en destination de transit fait tiquer certains. L?heure est aujourd?hui aux vols directs. Les hommes d?affaires et les touristes veulent brûler les escales, ce qui est désormais possible grâce aux nouveaux appareils. La plupart des transporteurs exploitent un maximum de vols non-stop.

?Nous n?exploitons presque pas la cinquième liberté ces jours-ci car nous privilégions les vols directs et le concept de hub. Les clients veulent rallier leur destination le plus vite et le plus simplement possible?, explique Marc Benmergui, directeur d?Air France à Maurice.

Plus de compétition

Les dessertes aériennes sont sujettes à des accords bilatéraux entre pays. Par exemple, la fréquence des vols entre la Grande-Bretagne et Maurice est régie par un traité entre les deux pays. Si une compagnie veut ajouter une escale avec droit de trafic, il lui faudra alors un accord comprenant trois pays. Ce sera un véritable casse-tête.

?Maurice aura à suivre les modèles qui existent déjà car le concept a marché avec d?autres destinations. Il suffit d?adapter ces formules aux besoins du pays?, déclare Philippe Hitié.

Le concept de hub fait son bout de chemin. L?allocation de la cinquième liberté de l?air cadre avec le désir de transformer Maurice en plate-forme régionale pour l?aviation. Elle fait également froncer des sourcils, notamment ceux des actionnaires d?Air Mauritius.

Cette nouvelle stratégie, disent-ils, se ferait aux dépens de la compagnie nationale d?aviation car celle-ci aurait des concurrents sur toutes les lignes. Or, Air Mauritius participe à l?élaboration de la politique nationale d?accès aérien et certains observateurs estiment que l?allocation de la cinquième liberté ne se fera pas nécessairement au détriment du transporteur mauricien.

?Les règles du jeu changent. Si l?adversaire peut nous plaquer dans notre surface de réparation, nous pourrons également le plaquer dans la sienne?, fait ressortir un cadre d?Air Mauritius. La compagnie mauricienne misera ainsi sur les accords bilatéraux pour desservir de nouvelles destinations et avoir des droits de trafic entre destinations tierces. Elle a donc plus à gagner qu?à perdre, car au niveau des accords, la règle du donnant-donnant prédomine. ?Il n?est dans l?intérêt de personne qu?Air Mauritius soit en difficulté. C?est le transporteur à vocation mauricienne. Dans une situation difficile, on ne pourra que compter sur Air Mauritius?, soutient Peter Goldsmith.

En attendant, Air Mauritius veut promouvoir Maurice comme point de transit entre l?Australie et l?Europe. La saison de pointe pour le trajet entre Sydney ou Melbourne et l?Europe via Maurice a été réduite à seulement deux mois de l?année : décembre et janvier. Les passagers voulant passer quelques jours à Maurice ont droit à des tarifs promotionnels sur les chambres d?hôtel sans qu?aucune charge additionnelle ne leur soit imposée pour l?escale mauricienne.

Le but est de concurrencer les autres transporteurs qui sont obligés de faire escale en Asie pour rallier l?Australie à partir de l?Europe.

La cinquième liberté de l?air c?est également plus de lignes, plus de destinations, plus de compétition, avec à la clé une baisse du prix des billets d?avion.

L?allocation de la cinquième liberté de l?air n?est qu?une étape dans la voie de la libéralisation. L?ouverture complète du ciel n?est pas pour demain mais les opérateurs touristiques insistent pour que le gouvernement aille dans cette direction.

?La libéralisation est un véhicule de développement?, précise Philippe Hitié. Le gouvernement semble avoir compris que la libéralisation de l?accès aérien est vitale pour le développement du tourisme. Toutefois, un plan concret sur la question se fait toujours attendre, les nouvelles mesures étant introduites ou évoquées au compte-gouttes. Le tourisme attend?

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