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Esclavagiste mais aussi prof de journalisme
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Esclavagiste mais aussi prof de journalisme
Il est de bon ton dans les inner circles, dont les membres se déplacent de préférence en Aston Martin, de déblatérer sur les capitalistes d’une certaine couleur comme sur les propriétaires d’esclaves d’avant 1835 et plus particulièrement sur leur chef de file, Adrien d’Epinay. A les entendre, ces esclavagistes, qui sont aussi les producteurs, les opérateurs économiques, les entrepreneurs, les investisseurs, les pionniers en quête de technologie de pointe de leur époque, relèvent des tribunaux internationaux pour crimes répétés contre l’humanité, dont ils se prétendent les défenseurs socialistes attitrés, en dépit de leur propension pour les escortes policières, pour les limousines valant, hors taxes, là-haut trois/quatre millions ou encore pour le blue et gold labels. Il y a fort à parier que, s’ils avaient vécu à Maurice ou ailleurs, avant 1835, ils auraient fait preuve du même sentiment de supériorité et de snobisme, pour ne pas dire de stupidité, en étalant les signes extérieurs de leur pouvoir et puissance supérieurs, en multipliant leurs achats d’esclaves, rien que pour la satisfaction de compter parmi les propriétaires du plus grand nombre de... bois d’ébène.
Ils ont toutefois raison de nous inviter, bien involontairement d’ailleurs, à nous méfier des discoureurs, incapables de mettre en pratique ce qu’ils prêchent, notamment quand ils nous sermonnent sur les vertus de l’unité nationale alors que nous les savons assez allergiques à telle ou telle section de notre population, au point de menacer de sanctions les multinationales implantées à Maurice si elles persistent à conserver des membres de cette section à la tête de leur branche locale.
La sagesse nous commande aussi de retenir les paroles de bon sens et de raison même si celui, qui les profère, n’est pas à la hauteur des vertus qu’il prône. Adrien d’Epinay est certes un esclavagiste, à en croire la définition que le dictionnaire Robert donne à ce terme. Il n’en demeure pas moins un professeur de journalisme ne manquant pas de crédibilité ni de bons sens, si l’on en juge par les extraits suivants du prospectus du Cernéen qu’il fonde en 1832, prospectus qui est de nouveau publié, à la mi-février 1982, à l’occasion du 150e anniversaire de la première parution de ce journal, mais aussi, et infiniment plus tristement, de sa dernière parution sur papier journal, le papier le plus sacré sur terre.
Adrien d’Epinay nous enseigne que notre pays, comme toute entreprise, ne manquera jamais de détracteurs et même de calomniateurs. Ils doivent donc se doter des moyens de pouvoir se défendre et de faire connaître, à ceux qui le désirent, leur version, leur point de vue, leur défense. Avis est donc donné par conséquent à notre secteur privé d’intelligence au point de commettre la sottise de jeter à la poubelle un organe aussi crédible que PROSI. Les attaques seront encore plus virulentes et infondées, si nos ennemis savent pouvoir agir en toute impunité en raison de notre incapacité de nous défendre. Comment ne pas penser, ici, au jeune Rémy Ollier créant son propre journal, La Sentinelle, simplement parce que Le Cernéen et Le Mauricien refusent de publier sa réponse à ceux qui ont calomnié, à Maurice, Alexandre Dumas et sa pièce de théâtre Antony, en le traitant de nègre et de propagateur de l’adultère.
Pour Adrien d’Epinay, un journal non partisan et objectif est une sentinelle avancée signalant les menaces ennemies, un guide expérimenté indiquant la route à suivre, un écho fidèle répétant inlassablement les accents de notre juste indignation. On peut honnir l’esclavagisme et l’apartheid mais quel journal digne de ce nom ne souhaiterait pas être publiquement félicité pour sa pratique des qualités professionnelles précitées ?
Adrien d’Epinay plaide pourtant coupable. Il a précédemment douté des avantages de pouvoir disposer d’un journal. Il s’en repent sagement et pose la question suivante : “Quel pays, quel village qui, jouissant d’un tel bienfait, ne le considère comme le plus précieux de tous, comme la première garantie de sa prospérité ?” Pensons, ici, à nos municipalités, à nos villages les plus importants, y compris ceux prétendant avoir une vocation touristique, à nos syndicats et partis politiques, incapables d’avoir leur propre journal spécifique ou régional. Qu’ils réfléchissent à ce que leur enseigne Adrien d’Epinay : l’absence de journal est un “suicide politique”.
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