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Entrepreneurs mort-nés

27 août 2006, 00:00

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Ce n?est pas une rafale, mais une petite brise de réforme que l?on a senti souffler cette semaine. Elle venait de la fermeté du chef du gouvernement à mettre de l?ordre dans sa maison, à secouer les consciences. Elle venait aussi de la concrétisation de cette opportunité d?enrichissement, l?« Empowerment Fund » ; elle ridiculise les pleurnicheries des forces de résistance au changement s?apitoyant, ironiquement, sur l?appauvrissement de la population. Un vent d?espoir assombri cependant par cet entêtement à promouvoir un concept rétrograde de l?éducation.

Le Premier ministre assume les mesures de redressement contre la bêtise ambiante ; on n?en espérait pas moins. Fédérer l?équipe gouvernementale, traversée par endroits par des doutes, s?avère indispensable au succès de la réforme économique.

À cet appel à la solidarité, il a joint de la détermination à enlever les obstacles qui gênent la progression, et de la discipline dans l?organisation du travail. C?est rassurant. Croire que les premiers fruits de la réforme puissent être cueillis dans quatre mois ne semble pas très raisonnable, mais en imposant des délais pour des résultats concrets, il force son équipe à garder les yeux rivés sur l?objectif.

Mais le plus rassurant, c?est cette vérité affirmée avec le lancement du fonds d?aide à l?entrepreneuriat : c?est dans nos propres personnes que réside la richesse. Du coup, alors que nous baignons dans la déprime devant les horizons qui se bouchent avec la dévalorisation de nos richesses, sucre et textile, ce sont mille possibilités qui s?offrent. Comment ne pas croire en des lendemains meilleurs quand non seulement on nous dit qu?ils sont plus nombreux qu?ils ne le croient, ceux qui peuvent entreprendre, mais que tout reste à inventer ? Ce n?est pas que le pays soit particulièrement dépourvu en entreprises, mais c?est qu?il n?y a pas de limites aux besoins humains. Il n?y a jamais eu autant de place pour l?innovation, disent les experts.Par la forte charge positive qu?il contient, ce fonds devrait diminuer la morosité.

Il favorise le développement de ces comportements qui devront désormais devenir notre seconde nature : refuser de demeurer pauvre, assisté, ne plus se morfondre dans l?idée que l?on a moins de chances que d?autres, prendre son destin en main, innover, inventer, se débrouiller. Il fait miroiter aux yeux des plus audacieux de la richesse personnelle, prix de l?effort, et pour les plus timides, des occasions d?emplois. De ceux possédant un patrimoine vivant, un savoir-faire rare ou ancestral propre au territoire, à ceux en mesure de fournir le service le plus élémentaire, il y a des occasions pour tout le monde.

La mauvaise nouvelle, c?est que pour stimuler le goût d?entreprendre qui mettre le rêve en forme, il ne faut pas seulement l?argent et les idées, il faut des modèles, une culture qui valorise l?initiative et la complicité de l?école.

C?est ce dernier élément surtout qui nous fait défaut. Paul-Arthur Fortin, donné comme le père de l?entrepreneuriat au Québec, dessinait ainsi, au cours d?une conférence, le profil de l?entrepreneur : « Il ne fait pas partie de l?élite, est loin d?être le premier de la classe. Il n?a pas ambitionné les fonctions de leader, ni recherché la participa-tion aux comités. Plutôt têtu, il aime trouver sa propre solution aux problèmes et fuit la rou-tine. Sans nécessairement être un casse-cou, il accepte de prendre des risques. Il se soucie peu de l?opinion des autres.

Il ne recherche pas le pouvoir : il est surtout motivé par son besoin de se réaliser comme personne et à ce titre, il est davantage en compétition avec lui-même qu?avec les autres. »

Obsédée par l?élite, notre école étouffe avec une grande conviction les graines d?entrepreneurs. Elle leur apprend à se conformer, détermine la valeur non en fonction des talents, mais de la réussite académique. Elle ne valorise pas la « délinquance » propre à l?entrepreneur. Et c?est cette école-là, qui va clairement à contre-courant de l?esprit de sa réforme, que le Premier ministre entend perpétuer. S?il a démontré une aptitude au leadership cette semaine, Navin Ramgoolam n?en a pas encore assimilé toutes les dimensions. Le leader n?est pas uniquement un rassembleur, celui qui assure la solidarité de l?équipe. Il refuse surtout d?être solidaire de l?inconscience. Il est le « coach » qui sait corriger les erreurs de ses gens et les ramener à la raison.

De telles incohérences peuvent renforcer l?impression que le gouvernement ment. Elle revient souvent dans les propos des détracteurs, et remonte, on le sait, aux promesses de campagne. Or, dans sa manche, le gouvernement a un atout : l?opposition aura beau exploiter cette détresse émotionnelle, bien propre aux temps de transition, il y a, dans la majorité des citoyens, la conviction intime que ce changement de leur condition de vie est de toute façon inévitable et nécessaire. Elle est inavouable mais chacun le sait. Pour accepter, il faut que chacun ait une vision suffisamment claire de ce que ce sera son avenir dans le dispositif futur et, en tout premier lieu, l?impression qu?on ne lui ment pas. Il ne faut pas compter que sur la vérité des chiffres.

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