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Entre démagogie et consensus
La réforme fiscale de Sithanen taxe les intérêts et dévalise l?épargne. Elle exempte les dividendes. Son but est, on imagine, de mobiliser l?argent dormant et le forcer vers l?investissement.
Et si?
?et si un prochain gouvernement, d?un différent plumage, décidait de renverser cette mesure ? Les politiciens ne sont jamais à court d?arguments. Ils en trouveraient assez pour protéger l?épargne et taxer les profits.
Ainsi, en parodiant légèrement Milan Kundera, on pourrait dire : « La politique est le laboratoire scientifique clos où l?on procède, sur l?homme, à des expériences inouïes. »
Changer tous les cinq ans d?orientation fiscale ou de la direction de l?investissement dans l?éducation est une menace qui pèse sur ce pays à majorité volatile ; ce risque est symptomatique d?une démocratie primaire. Les partis au pouvoir gouvernent par « lobbies » et non par consensus. Quand le pouvoir change de mains, il a naturellement tendance à privilégier les « lobbies » qui l?ont fait « arriver ». Ce qui implique que son adversaire aura des « lobbies » rivaux à contenter quand son tour arrivera d?être aux commandes. Ainsi ballotté, un pays peut-il garder la tête hors de l?eau ?
Or il y a des orientations économiques qui demandent du temps (déjà, Sithanen réclame dix ans pour faire aboutir sa réforme ; et il a raison). Une infrastructure à la taille de nos besoins se repaie en dix, peut-être vingt ans. L?aquaculture ? affaire de cadres spécialisés, d?essais de variétés, de formation de personnel et d?acquisition de compétences pratiques ? pour avoir un impact, prend certainement plus de cinq ans.
On se demande alors si notre économie peut se passer d?un consensus politique afin « de donner du temps au temps » comme dit Garcia Marquez repris par Mitterrand. L?effet de pendule et d?alternance a des avantages démocratiques certains, mais la discontinuité fait peser, sur les orientations économiques, une contrainte inutile qui désoriente le citoyen, freine l?élan de l?investissement et met à mal l?orientation professionnelle. On ne nie pas (surtout après les récents avatars dans le sucre) la nécessité d?une souplesse des mentalités, d?une résilience de l?économie qui doit être, comme ses agents et ses sujets, en formation continue, imposée par un monde qui change et la technologie qui transforme. Mais, également, reconnaissons la nécessité d?une cohérence à long terme dans les risques qu?il faut prendre. Et du prix à payer quand des considérations purement politiciennes poussent un pays à se renier tous les cinq ans ; et les gouvernants successifs à se torpiller dans le seul but de faire différemment. Le changement n?est pas seulement un slogan électoral ; il est dans la nature de l?humanité et de la planète. Mais il faut rendre à César ce qui appartient à César : la réussite n?est pas instantanée comme l?idée qu?on s?en fait ; elle demande le temps qu?il faut. Une économie qui repose sur un large consensus a de meilleures chances de réussir. Il restera toujours suffisamment de questions de détail à politiser, à chicaner, où la politique se paiera le luxe de sa partisanerie, de la satisfaction de ses « lobbies » et de ses mafias.
Cette analyse va friser, on s?en doute, la remise en question de la discipline et d?un certain autoritarisme prônés par Lee Kwan Yew à la place d?une démocratie paralysante. Ces « Asian Values », après leur impact initial, soulignés par des résultats spectaculaires, sont ces jours-ci fermement contestés par des voix autorisées tout aussi convaincantes. La vérité se trouve probablement entre les deux ; l?homme est ambigu ; pourquoi son prolongement économique ne le serait-il pas ? La synthèse des contraires a séduit bien des esprits. Pour garder les pieds sur terre, restons dans une perspective simple : il y a des orientations que le pays doit prendre où il n?a guère le choix ! Mais il y a précisément un choix à faire dans la manière de réagir. Est-ce trop demander que le dialogue ? ce remède miracle tellement courtisé en paroles ? aboutisse à un consensus sur les décisions séminales afin d?offrir de la sécurité aux investisseurs ; de la confiance à la population, et de reconnaître le réalisme imposé par le temps.
Un débat à ce sujet serait un commencement, une forme démocratique d?assurer une cohérence capable de se transformer en succès. « Mette la tête ensemb » est incompatible avec la psychologie absurde du tout-blanc et du tout-noir. Les partis sont invités à s?expliquer sur la question. L?heure n?a-t-elle pas sonné pour choisir des orientations cruciales bipartites et de leur donner le temps de réussir ? La démagogie du dénigrement systématique est-elle un facteur obligé de contrepoids démocratique ou un déséquilibre de la sincérité quand il s?agit du bien commun ?
Périscope
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