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Enquêtes avortées
<B>Par Raj MEETARBHAN
Serait-ce une tentative de mise sous tutelle de la police ? Deux de ses unités d?élite, l?Anti-Piracy Unit (APU) et la Brigade des jeux, ont été démantelées. Les inspecteurs Hector Tuyau et Navin Mohesh, qui ont efficacement dirigé ces deux escouades jusqu?ici sont dessaisis de toutes les enquêtes dont ils avaient la charge. Dorénavant c?est le surintendant Prem Raddhoa, qui ne cache pas ses liens avec les dirigeants politiques, qui chapeautera ces deux unités.
Les raisons officielles de ces changements ne sont pas connues. A priori, rien ne justifie l?extermination de ces cellules performantes. Ces deux unités spécialisées dans la lutte contre la contrefaçon et les paris illégaux étaient composées de policiers consciencieux et honnêtes qui voulaient montrer que la police est capable de bien faire. Leur bilan est flatteur. La direction de la police ne s?est pas expliquée sur sa décision de confier à Prem Raddhoa la direction de ces deux unités. Cependant, les circonstances dans lesquelles le couperet est tombé peuvent laisser comprendre que les dirigeants du pays n?ont pas voulu prendre le risque d?avoir à la tête de ces escouades des hommes trop indépendants.
Les nouvelles fonctions confiées au policier préféré du Premier ministre viennent aggraver les relations déjà tendues entre le commissaire de police et son remuant collaborateur, Prem Raddhoa. Ramanooj Gopalsingh aurait exprimé sa profonde ?irritation? devant la nouvelle situation mais il n?y peut rien. Il ne dispose pas d?une grande marge de man?uvre. De toute façon, il sait qu?un de ses adjoints s?affiche comme son successeur désigné et attend patiemment qu?il prenne la porte de sortie. L?autorité du commissaire s?en trouve minée mais celui-ci dit qu?il n?est pas question pour lui de céder aux man?uvres visant à le faire partir. Il veut rester aux commandes.
Entre-temps, la situation vire au tragique. Les malfrats qui menaçaient les membres de l?APU et de la Brigade de jeux depuis quelque temps ont fini par prouver qu?il vaut mieux les prendre au sérieux. Il y a deux semaines, suite à un raid dans une tabagie à Arsenal, un des suspects avait lancé aux éléments de la Brigade des jeux, ?zot pa pou existe byento?. Il ne croyait pas si bien prophétiser.
Mais le plus grave, c?est le sort désormais incertain de l?enquête initiée par la Brigade des jeux contre le bookmaker Farook Joomun, soupçonné d?organiser des paris illégaux. L?APU a réclamé, dans un affidavit déposé en Cour suprême jeudi dernier, l?autorisation de contraindre Mauritius Telecom à révéler l?identité de ceux qui avaient communiqué avec les membres de la famille Joomun au téléphone. Quelques minutes après cette démarche, l?APU devait apprendre qu?elle a été dissoute.
Les deux unités démantelées sont tombées, au cours de leurs enquêtes concernant les paris illégaux et la contrefaçon, sur des suspects qui se disent proches du parti au pouvoir. Leur disparition ne peut que renforcer les suspicions d?ingérence au plus haut échelon de la police.
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