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Enfin président mais à quel prix !
Le président Gaëtan Duval, mais toujours en attente du décret ministériel devant officialiser sa nomination, accorde une interview au journal boolelliste, The Nation : “Je ne suis pas un assoiffé du pouvoir”. Il dénie au président du PMSD, Paul Chong Leung, le droit de contester sa prérogative de leader de choisir qui il veut pour être président d’une commission administrative (Robert Rey à BBRH et Pierre Simonet à Curepipe). La présidence de Duval, à défaut d’Azad Doomun, au Port Louis, vise à obtenir le maximum de sous du Kamarade Khadafi. Et tant mieux si une éventuelle aumône libyenne s’étend aussi à Rodrigues, île encore considérée comme un fief bleu. Pour avoir demandé à Koslen Nundoochand de céder la présidence à Azad Doomun, le temps de berner les Libyens, Duval est étiqueté, à l’intérieur de son parti, anti-hindou et pro-musulman..
La réplique de Chong Leung aux suiveurs triomphalistes de Gaëtan Duval est tellement cinglante que, lors d’un mémorable meeting aux Cassis, le leader-adjoint du parti, Eliézer François, se croit tenu de censurer ses propos anti-duvalistes, en s’interposant entre le réfractaire et le crachoir. La photo éminemment historique d’Eliézer François, la mine sévère et réprobatrice, coupant le micro à un Chong Leung des plus agressifs car dressé sur ses ergots, se qualifie à coup sûr à une sélection de la photo politique du 20s siècle, aux côtés de celle de Michel Debré unissant les mains réticentes de Duval et de Ramgoolam, pendant que s’affaisse l’estrade d’honneur, prise d’assaut par d’inévitables suiveurs, pour ne pas dire autre chose. Pour Chong Leung, l’essentiel est de protéger le “leader bien aimé” des Coqs de ses mauvais conseillers. L’incendie, ravageant l’aile “épices” du marché central n’est rien comparé au séisme interne qui secoue pour la énième fois un PMSD ne se rendant pas compte qu’à chaque secousse il perd quelques unes de ses plus belles plumes.
Après 15 jours d’attente, le gouvernement Ramgoolam, par le truchement du ministre bleu, Kamil Ramoly, consent à ratifier la présidence portlouisienne du “mendiant magnifique” (Merci ! Léon Bloy !). Du même coup, Herbert Henrisson est promu vice-président de Curepipe, tandis que Maurice Allet et Marclaine Antoine sont élevés à la dignité de commissaires administratifs nommés, à BBRH. On oublie, cependant, de renouveler les nominations du Dr Nundoochand et de Raouf Bundhun.
Au sein du PMSD, on essaye vainement de recoller les morceaux du vase bleu brisé. La tâche s’annonce difficile car Paul Chong Leung n’en démord pas. Il dit à qui veut l’entendre : “Duval doit choisir entre ses suiveurs et moi qu’ils qualifient de traître”. Pauvre président bleu. On voit mal, en effet, le nouveau président portlouisien se défaire de ses parasites comme de sa cour. Chong Leung ne digère pas non plus, en tant qu’Attorney General, les critiques de Me Gaëtan Duval contre un amendement aux procédures du Code Civil, ayant permis à Ramgoolam et consorts de passer outre aux recommandations du Rapport Lefebvre, offrant quelques compensations supplémentaires aux travailleurs portuaires. Il estime que Nicol François, qui habite Grand-Gaube, n’a pu manquer d’avertir Duval que cet amendement porte la signature d’Harold Walter, assurant l’intérimat au ministère de la Justice, en l’absence du pays du titulaire. Chong Leung assure qu’à aucun moment Duval ne lui a demandé de lui céder sa place d’Attorney General. Comment refuser ce qui n’a pas été mendié ? Il est contre toute présidence urbaine de Duval, synonyme automatiquement d’un déferlement inter-minable de néo-chômeurs et de rodères boutte. Il rappelle, à cet effet, un découvert bancaire, autorisé par la MCB des années 1970, pour permettre le recrutement extraordinaire d’un demi-millier de suiveurs déguisés en chômeurs. Il s’insurge contre les amitiés libyennes de Duval, vu que le Kamarade Khadafi est un allié de l’Union Soviétique et un anti-impérialiste américain notoire. Chong Leung conclut : “Je démissionne si Duval devient président du Port-Louis”. Koslen Nundoochand et Guy Edmond le soutiennent inconditionnellement.
Nundhoochand explique qu’il est révoqué parce qu’il refuse que “certaines malpropretés” s’effectuent au Port-Louis, pendant sa présidence. Une des dites “malpropretés” concerne un énième projet de convertir le théâtre du Port-Louis en salle de cinéma. Il s’élève contre la pratique malsaine consistant à changer, sur une base raciste ethnique, les présidents des commissions administratives, au gré des spécificités ethniques des visiteurs de marque annoncés. Comment faire quand il faudra accueillir une délégation japonaise ? Il rappelle qu’à un certain moment Duval insistait pour que la délégation libyenne soit accueillie au Port-Louis par un président administratif, sortant des rangs du CAM.
Eliézer François, plus bouleversé que jamais, n’est ni pro-Duval, ni pro-Chung Leung mais s’en prend à celui qui crée la zizanie au sein de la basse-cour bleue. Il demande l’impossible à Gaëtan Duval : “Réfléchir avant de prendre une décision !”
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