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En marge de Sea Island
Au lendemain du vote unanime d?une résolution de l?ONU sur l?Irak, le G8 a fait étalage de divergences sur la manière d?agir dans ce pays et au Proche-Orient en général, en dépit de l?adoption d?un partenariat pour aider cette région à se démocratiser.
Les désaccords ont été particulièrement flagrants entre le président américain, George W. Bush, et son homologue français, Jacques Chirac, qui fut l?un des adversaires les plus résolus du conflit en Irak, lors des entretiens dans la villégiature huppée de Sea Island (Georgie).
Malgré les divergences, le « partenariat pour le progrès et un avenir commun » dans le « Grand Moyen-Orient et l?Afrique du Nord » a été adopté après un déjeuner avec des dirigeants du G8 (États-Unis, Japon, Canada, Allemagne, France, Grande-Bretagne, Italie, Russie) et ceux de plusieurs pays de la région invités pour la circonstance.
Les dirigeants du G8 se déclarent « conscients que la paix, le développement politique, économique et social, la prospérité et la stabilité des pays du « Grand Moyen-Orient », représentent un défi pour nous et pour l?ensemble de la communauté internationale », selon le texte de ce partenariat. « En conséquence, nous déclarons notre soutien pour des réformes démocratiques, sociales et économiques venant de cette région », ajoutent les membres du G8.
« Des missionnaires de la démocratie »
Ce projet préparé depuis des mois par Washington a été revu à la baisse et recentré sur la nécessité de voir les initiatives venir de la région elle-même, à la suite de nombreuses critiques. L?Égypte et l?Arabie saoudite ont boudé ostensiblement cette initiative qui veut s?étendre du Pakistan à la Mauritanie, en passant par l?Iran, l?Irak, la Syrie, le Liban ou encore le Maghreb.
Washington espère que des réformes dans cette partie du monde feront reculer les frustrations économiques et politiques, dont les états-Unis estiment qu?elles favorisent le terrorisme. Les dirigeants de l?Algérie, de l?Afghanistan, de Bahreïn, du Yémen, de Jordanie et de Turquie, s?étaient déplacés à Sea Island pour discuter de ce projet. Le tout nouveau président irakien, Ghazi Al-Yaouar, a également été invité par M. Bush, qui lui a promis son ferme soutien pour établir la démocratie dans son pays.
Particulièrement critique, M. Chirac a souligné que cette région n?avait pas besoin de « missionnaires de la démocratie » et a plaidé pour le respect des processus locaux d?ouverture politique. Le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, un ferme allié des États-Unis, a lui aussi souligné que le projet « ne devait pas être imposé » aux pays de la région. En privé, certaines délégations étaient extrêmement sévères. « Le « Grand Moyen-Orient », c?est une chimère imposée par Bush. Elle ne fait que couvrir une présence militaire pour garantir les livraisons de pétrole », a estimé un diplomate d?un pays du G8.
Le texte adopté souligne que « la solution de conflits persistants, souvent amers, et surtout le conflit israélo-palestinien, sont un élément important de progrès dans la région ». Mais « en même temps, les conflits régionaux ne doivent pas représenter un obstacle aux réformes. Au contraire, les réformes peuvent apporter une contribution significative à leur solution », ajoute-t-on de même source.
Les Européens et la plupart des pays du « Grand Moyen-Orient » font de la solution du conflit israélo-palestinien une priorité pour toute avancée politique dans la région, alors que les États-Unis estiment que les Palestiniens doivent adopter des institutions démocratiques pour permettre une paix durable avec les Israéliens.
Selon des sources du G8, le Quartet (Union européenne, États-Unis, Onu et Russie) chargé d?aider au règlement du conflit israélo-palestinien se rendra au Proche-Orient à la fin du mois. Le Quartet apportera une assistance technique afin de contribuer au bon déroulement des élections municipales dans les territoires palestiniens.
L?harmonie qui prévalait après l?adoption d?une résolution de l?Onu sur la transition en Irak s?est visiblement aussi rompue sur des questions sensibles comme la réduction de la dette de Bagdad ou l?implication de l?Otan dans ce pays.
Washington pousse pour que les créanciers de l?Irak annulent la quasi-totalité de cette dette, mais Paris et Berlin rechignent à dépasser les 50 %. La Russie serait prête à monter jusqu?à 65 % d?annulation, mais lie cet effort aux contrats qui seraient réservés à ses entreprises en Irak.
« La réduction de la dette est essentielle pour permettre au peuple irakien de construire un pays libre et prospère », écrivent les dirigeants du G8 dans leur déclaration.
Le souhait de M. Bush de voir l?Otan s?impliquer en Irak a également reçu un accueil glacial de M. Chirac, qui s?est déclaré « tout à fait réservé » sur cette idée. M. Bush, de son côté, a estimé que le rôle de l?Alliance atlantique en Irak, pour l?instant limité à un soutien logistique, devrait être « étendu dans une certaine mesure ».
Accueilli à Sea Island, le président irakien, Ghazi Al-Yaouar, a affirmé qu?il souhaitait bâtir un Irak démocratique lors d?une entrevue avec le président américain en marge du sommet. Il s?agissait de la première entrevue entre les deux hommes, depuis la désignation de Ghazi Al-Yaouar à la présidence irakienne, le 1er juin. « Je voudrais exprimer clairement ici l?engagement du peuple irakien à aller vers la démocratie », a-t-il déclaré promettant d?essayer d?établir un Irak « libre, démocratique, un pays qui soit une source de stabilité au Moyen-Orient ».
Les attaques terroristes : « une lourde menace »
Les dirigeants du G8 ont bouclé également un nouveau plan d?action destiné à améliorer la sécurité des transports sur terre, sur mer ou dans les airs alors que les attaques terroristes continuent de faire peser « une lourde menace » sur les voyageurs et le commerce mondial, selon un communiqué. Le document souligne en particulier la nécessité de respecter la législation de chaque pays en matière de protection de la vie privée.
Dans cette « Initiative pour des déplacements internationaux sûrs et facilités » (Safti), adoptée, « les membres du G8 soutiennent une amélioration des normes, une modernisation des procédures et l?échange d?informations afin de désamorcer les menaces, réduire les coûts, et d?aider à garantir les mouvements efficaces et sûrs des passagers et du fret », souligne le communiqué.
L?initiative prévoit la mise en ?uvre de 28 points concrets, regroupés dans quatre grands domaines, comme la mise en place de normes internationales, notamment en matière de documents d?identité. Le G8 voudrait notamment accélérer le développement de passeports à puce électronique d?ici le prochain sommet en 2005, qui se tiendra en Grande-Bretagne, ainsi que la création de normes mondiales pour l?émission de documents de voyage. Le G8 veut aussi accélérer l?échange d?informations, « si possible en temps réel ».
Les dirigeants du G8 ont également épinglé la Corée du Nord et l?Iran dans un communiqué sur la menace de prolifération des armes nucléaires. Parmi les mesures adoptées figure un engagement à ce que « les produits nucléaires susceptibles d?être utilisés pour la prolifération ne (soient) plus exportés vers les états qui pourraient les utiliser pour la fabrication d?armes ou qui pourraient tomber dans les mains des terroristes ».
Une initiative en faveur des pays en développement
Les chefs d?état et de gouvernement du G8 ont achevé leur sommet en recevant six chefs d?état africains pour discuter du développement de l?Afrique. Les présidents Thabo Mbeki (Afrique du Sud), Abdelaziz Bouteflika (Algérie), John Kufuor (Ghana), Olusegun Obasanjo (Nigeria), Yuweri Museveni (Ouganda) et Abdoulaye Wade (Sénégal) ont été invités à partager un déjeuner avec les dirigeants des grandes puissances.
Avant de les recevoir, le G8 a adopté une initiative en faveur du développement, faisant la part belle au secteur privé. Le document du G8 sur le développement évoque plusieurs pistes, comme l?amélioration du climat des affaires, le micro-crédit ou la facilitation des transferts d?argent par les émigrés pour assurer le décollage des pays pauvres.
Dans la matinée, les Huit ont dressé le bilan de leurs travaux entamés sur la petite île des côtes géorgiennes. Puis, après leur déjeuner, ils ont clôturé leur sommet par les traditionnelles conférences de presse.
2004 Le Monde ? AFP et Reuters Distribué par The New York Times Syndicate
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