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En mai, fais ce qui te plaît...

29 mai 2006, 00:00

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L?errance nous conduit vers une énorme boîte noire qui jonche le sol. Serait-ce une ?uvre d?art ? Dans ce grand déversement de peintures, installations et sculptures, nous ne savons plus réellement où se situent les limites de l?art. Pourtant, Krishna Luchoomun nous prend par surprise.

Ene Fler. Ene mouton. Jusque-là, tout va bien. Ene Karo Maie. Et tout se complique. L?artiste s?est permis de nous faire rêver à travers trois trous modulés dans une grosse boîte noire au centre d?une pièce. C?est en se cambrant un peu que le regardeur découvre ce qui s?y cache. Beauté : c?est le rêve à la manière du? Petit Prince.

Ene fler illustré à travers un arrosoir. Ene mouton, vous ne l?avez pas vu ? C?est étonnant car le mouton que vous voulez est dans la boîte. Difficile de résister à l?envie de sourciller, quand l?installation fait sauter le conformisme. Que vient faire le Karo Maie dans tout cela ? Le mystère enfle.

Autre effet coup de poing, c?est Nirveda Alleck qui fait sentir sa poigne. Dans un petit coin sombre, elle propose une vidéo de deux boxeurs à l??uvre. Homme contre femme. Et l?inverse. Des contrastes, qui s?emmêlent, se démêlent et se tapent. Pas méchamment.

La vidéo défile, comme à l?infini. Où iront ces deux lutteurs ? À vous de le deviner. Face à certaines ?uvres, il est préférable de se taire. Comme celle de Chendraya Kunniah avec Dissolution II. Un corps de femme sculptée qui s?échappe d?un tableau sombre et calciné. Un morceau du cou. Une poitrine qui pointe. Et un bras qui pend. L?artiste nous insuffle cette envie de tirer sur ce bras afin de tout voir du corps. Un effet réel tout à fait extraordinaire.

C?est l?impression que laisse également Nirmal Hurry. Capturé dans une toile qui pulse de couleurs arc-en-ciel, un bébé flotte dans un berceau. Comme pour signifier qu?il est pris dans une nation multicolore.

Le tableau qui marque, c?est aussi celui de Manoj Auckel avec Ghare Baire. Une illustration d?une ville aux couleurs naïves. Ce sont des maisons multiples qui s?entassent, se dévorent et s?empilent. Pure sensation de claustrophobie. Le regardeur est médusé par l?acharnement de l?artiste et sa finesse du détail lumineuse.

Une halte s?impose devant 200 (de sang) de l?artiste, Goonraj Roshni. De multiples visages féminins s?enchaînent sur un large panneau de mur, donnant le loisir au regardeur amusé de contempler diverses expressions. Des bouches qui s?offrent avec gourmandise. Profil de femmes que l?artiste défend entre les mots et la peinture. Dans un rouge affolant.

Parlant de rouge intense, parlons aussi du saisissant travail de nuances chaudes de Françoise Hardy. Fragments d?une pagode s?étale sur cinq surfaces délimitées. Nombre d?artistes se sont permis d?éclater leurs ?uvres en triptyque ou plus. La peinture s?étend plus largement. L?effet ouvre l??il.

UN BUREAU DES INVENDUS ?

Mais où est donc passée la joyeuse exubérance de Vaco Baissac? Signe des temps mauvais, sa sobriété ressemble fort à de la morosité. ?L?artiste est une éponge.? Peut importe qui l?a dit. Nous ne passerons pas l?éponge sur ce qui nous gêne dans la présente édition du Salon de mai.

Comme ces sculptures mal disposées, fichées là, au milieu des salles d?exposition. Les taches de couleur accrochées au mur, tels des aimants, tirent tellement la couverture à elles que les sculptures passent souvent inaperçues (quand on ne se cogne pas avec).

À plusieurs reprises, nous nous sommes cognée à une impression de déjà vu. Normal, certains exposants (promis, nous n?allons pas cafter, ils se reconnaîtront), des ?uvres déjà montrées lors de précédentes manifestations. Pourquoi ? Pourquoi les organisateurs acceptent-ils de transformer le Salon de mai en bureau des invendus ? Pourquoi le rendez-vous annuel de l?art plastique mauricien (qui de surcroît existe depuis 25 ans), accepte de recycler certaines pièces ? D?accord l??uvre a sa part d?immortalité, pourquoi ne pas exiger qu?elle rime avec nouveauté ?

Certes, c?est alors s?exposer au risque que l?artiste se mue en donneur de leçon. Pour nous faire la morale sur les méfaits du tabagisme, par exemple. L??uvre doit-elle nous faire réfléchir ou se contenter de nous faire ressentir ? Éternelle question.

Comme celles qui nous ont taraudées durant la contemplation de nombreuses pièces. Quel est leur but ? Nous provoquer ? Nous avons le sentiment que c?est gratuit. Nous tirer quelques haussements de sourcils, voire des grimaces ? C?est réussi. Nous laisser patauger dans le flou du ?Untitled? ? La panacée pour maladroitement tenter de camoufler le décalage entre ce qu?ils ont imaginé en pensée et le résultat final, ne marche pas. S?ils voulaient libérer notre imaginaire, ils n?ont réussi qu?à nous rebuter davantage de l?art qui se veut intello, mais qui n?arrive même pas à paraître intelligent.

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