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Emmanuel Juste n?est plus
?Orphane n?est plus qu?un souvenir?
?Un clown, c?est un rosier qui fait rire le jardin quand la rosée lui met trop de larmes aux fleurs?
?Mayoumbé ! Mayoumbé !
Ovale la vie outre ? cri
Le métis est outre ? nègre
Ayez pitié de nous, au fur et à mesure que le temps vous revient que nos tombes vous reviennent pétrifiées, affranchies?
(Mots martelés)
C?est avec une vive émotion que le monde des lettres, à Maurice ; avec une bien triste consternation que nous-même avons appris la disparition de l?écrivain et poète Emmanuel Juste, survenue le 9 juin dernier, des suites d?une complication pathologique, à l?âge de 78 ans ; des liens de fraternelle amitié ayant consolidé notre parenté !
Parallèlement à une fructueuse carrière dans la fonction publique, quelque temps à côté de Malcolm de Chazal au service des télécommunications, Emmanuel Juste se distinguait dans la presse écrite et parlée, surtout dans la sphère littéraire ? Prix Raoul Rivet 1964. Rédacteur, conteur, jusqu?à tout récemment, le poète collaborait à la MBC TV et produisait une émission télévisée chère à l?enfance et à la légende. Dans les années 1950 et 60, il s?associa à quelques intellectuels, de condition modeste, du Ward IV de Port-Louis, ses contemporains, dont Pierre-Guy Balancy, Edouard Maunick, Rivaltz Quenette, Yvan Achille, Camille Alex Moutou, Marc Grégoire, Kenneth Nathaniel? pour constituer le Cercle Rémy Ollier, patronné par Marcel Cabon.
L?Histoire de la Littérature Mauricienne de langue française consacre tout un chapitre à la ?Poésie du métissage? d?Emmanuel Juste, à ses Mots Martelés, long poème et pièce majeure de l?inspiration du poète, articulant la situation conflictuelle, désespérée du métis sur les plans ethnique, social et culturel.
Ce ton douloureux chez Juste cède vite à la colère, à l?indignation, au cynisme, et c?est au moyen d?images violemment lyriques et démesurément surréalistes que le poète dresse un féroce réquisitoire contre une société civile qui ne pardonne pas au métis sa part d?ascendance noire et de précarité?
L?oeuvre en prose d?Emmanuel Juste est un triptyque intitulé Pleine Lune pour les morts (Prix Loys Masson, 1970). Trois ?dossiers? renfermant chacun son mystère, une énigme policière sur une toile de fond aux couleurs locales nuancées de poésie? Un métier sans scories et qui hausse l??uvre au niveau d?un classique sublime par la magie des vocables français et par l?aventure sans fin de l?être humain aux prises avec le destin, avec le ciel et avec l?absurde (comme chez Albert Camus).
Tout le message philosophique, tout le témoignage psychologique de l?auteur sont contenus dans ce génial ouvrage qui aurait presque valeur d?un testament spirituel, et d?où la survie de l?âme après la mort se dessine en filigrane?
Les obsèques eurent lieu à l?église de Roches-Brunes, l?inhumation au cimetière de Bambous où gît son paternel, loin de Port-Louis où le poète aura vécu ses années vivement inspirées et toujours débordant de paroles, d?actions, d?activités créatrices. Privilégiant l?absoute, l?émouvant hommage de Marie Françoise, sa veuve, de ses enfants, William, Marisa, Karen, de ses nièces Gillianne et Patricia, de l?équipe de Nou Zenfans Moris, avec la participation de Georgy L?Etourdi.
À l?heure du retour des funérailles, alors que la nuit endeuillait l?horizon, une pleine lune (me raconte ma fille Elvita, nièce du disparu) rayonnait poétiquement dans le ciel : ?Pleine lune pour les morts? !
Jean-Georges PROSPER (Paris, 17 juin 2006)
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