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Elle survit à la rage de son père
Cécilia n?a pas compris ce qui lui est arrivé. Sans doute ne comprendra-t-elle jamais. Son père, Lindsay Baptiste, dans une poussée de rage, l?a jetée par la fenêtre de leur appartement, situé au deuxième étage d?un immeuble à Sainte-Croix jeudi. La fillette, âgée d?un an et demi, n?y était pour rien. Après son geste, Lindsay a tenté de mettre fin à ses jours, sans succès. Il a été arrêté et devra maintenant répondre de ses actes.
C?est une énième dispute conjugale qui a mis le feu aux poudres. Mais nul n?aurait pu prévoir la terrible issue de cette prise de bec. En effet, les voisins de palier du couple étaient habitués aux nombreuses algarades et aux cris de l?un ou l?autre conjoint certaines nuits.
« Ils se disputaient tous les jours. Plus personne ne s?en étonnait. Mais on ne se serait jamais douté qu?il aurait pu un jour jeter sa propre fille par la fenêtre », laissent entendre des voisins, encore sous le choc. Tous évoquent à demi-mot le caractère « difficile » et « insupportable » de Lindsay, surtout quand il regagnait, ivre, son domicile en début de soirée.
Il inspire de la crainte à ses proches
La prise de bec, expliquent des proches du couple, avait débuté la veille, soit mercredi. Lindsay s?en serait alors violemment pris à son épouse, Corinne, qui se trouvait dans la cuisine, en l?étranglant. Un des quatre enfants du couple aurait assisté à toute la scène avant d?alerter sa grand-mère maternelle, qui se trouvait dans sa chambre. Celle-ci, aidée de son fils, Bruno, serait alors intervenue pour séparer le couple.
« Il l?aurait sûrement tuée si Bruno n?était pas intervenu à temps », fait ressortir un ami de la famille, qui laisse également entendre que Lindsay inspirait de la crainte à ses proches. « Corinne avait peur de lui et redoutait ce qu?il ferait à leurs enfants si elle le dénonçait à la police », explique-t-il. Devant l?intervention des proches de son épouse, Lindsay semble revenir à de meilleurs sentiments et file à la boutique du coin pour prendre quelques verres. Mais c?était le calme avant la tempête. Dès qu?il regagne l?appartement, Lindsay se jette sur Corinne et tente de l?agresser. Il faudra l?intervention des voisins pour empêcher qu?un drame ne se produise.
Chassé par ses proches, Lindsay quitte le domicile conjugal et se rend chez des proches à Grand-Baie. Ce n?est que le lendemain qu?il regagne son appartement, en ayant la ferme intention d?en découdre. Selon les dires de Suzanne Baptiste, la belle-mère de Lindsay, celui-ci aurait fait irruption dans sa chambre, où se trouvait sa fille. Elle lui a alors exhorté de s?en aller.
« Less nu trankil, to finn fer ase dimal koumsa », lui aurait-elle lancé. Il n?en fallait pas plus pour que Lindsay sorte de ses gonds. Il aurait, à ce moment, foncé sur Suzanne, avant de traîner sa propre fille hors de la chambre. Les cris de cette dernière attirent Corinne, qui semble deviner les intentions de son mari.
« Atrap piti la avan li zet li par lafnet », lan-ce-t-elle, hystérique, alors que Lindsay, debout devant la fenêtre, se retourne vers elle, les bras vides. « Lindsay avait, à plusieurs reprises menacé Corinne de jeter un des enfants par la fenêtre. Cette fois, il a mis sa menace à exécution », explique une connaissance de la famille.
Aucune fracture ou lésion interne
Réalisant que ce qu?elle redoutait le plus vient de se produire, Corinne et sa mère dévalent les escaliers et se ruent auprès de la petite qui gît sur le sol, la bouche en sang. Témoins de la scène, des voisins alertent alors la police.
Blessée mais consciente, l?enfant est transportée d?urgence à l?hôpital Jeetoo, à Port-Louis où elle est admise. Mais au grand soulagement de Corinne et de sa mère, la fillette s?en sort avec seulement quelques ecchymoses. Les radiographies ne révèlent en effet aucune fracture ou lésion aux organes internes.
« C?est un vrai miracle qu?elle n?ait pas été grièvement blessée ou soit morte. Nous avons tous eu très peur pour elle. C?est une fille vraiment adorable », laisse entendre une voisine des Baptiste.
Réalisant la gravité de son geste, Lindsay prend alors la fuite et se dirige vers la rivière Latanier où il tente de mettre fin à ses jours en s?y jetant. C?était sans compter des passants qui lui portent alors secours. Blessé, il est transporté d?urgence à l?hôpital Jeetoo, Port-Louis, où il a été admis. Il a été placé sous surveillance policière en attendant d?être interrogé.
Pour les proches de la famille, cet événement est le résultat d?une tension qui régnait au sein du couple depuis des années. « Lindsay n?a pas toujours été comme ça. Les violences ont débuté lorsqu?il s?est mis à boire. Nous avons bien essayé de l?aider, mais il n?a jamais rien voulu savoir », souligne un proche.
Et d?ajouter que l?alcool déclenchait chez lui une « rare violence ». Lindsay aurait, par ailleurs, fait parler de lui il y a quelques semaines en menaçant son épouse avec un couteau de cuisine. Il a fallu, là encore, l?intervention des voisins pour éviter l?irréparable.
Elle se réfugie dans le silence
Convalescente, la fillette ne semble pas encore très bien réaliser ce qui lui est arrivé. Elle se réfugie dans un silence d?où seule sa mère parvient à la tirer.
« Même s?il lui arrivait d?être violent, Lindsay reste son père et elle a encore du mal à croire qu?il ait pu la jeter par la fenêtre », explique un membre de la famille. Il lui faudra sans doute du temps pour pouvoir se remettre de cette épreuve.
Sa mère et sa grand-mère tentent de lui redonner ce sourire qu?elle affichait chaque jour en jouant dans la cour avec ses trois frères aînés. Les habitants de l?immeuble dans lequel vivent les Baptiste n?en reviennent toujours pas.
« Li inpansab ki enn papa kapav fer kitsoz parey so zanfan. Li ava bizin reponn la zistis aster la », clament-ils, unanimes.
■ 83. C?est le nombre d?enfants qui ont été victimes de négligence ou de maltraitance durant les trois premiers mois de l?année 2006.
■ 5 enfants de moins de 10 ans ont subi le harcèlement de la part de voisins ou de leurs parents pendant la même période.
■ 143. C?est le nombre d?enfants qui ont été retirés à leurs familles entre janvier et février après avoir été victimes d?abus psychologiques et émotionnels.
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