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Ecroignard : la goutte d?eau qui fait déborder le vase
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Ecroignard : la goutte d?eau qui fait déborder le vase
?Akoz sa dilo la sa dadi. A koz sa dilo la ki tou sa pe arive.? Pieds nus, elle fait les cent pas sur le trottoir devant sa maison d?Ecroignard. Son bébé entre les bras, la jeune femme est au bord de la crise de nerfs. Elle n?est pas la seule.
Ce village d?ordinaire si paisible vit sous une forte tension depuis quelques jours. Tous, hommes, femmes et même les adolescents, ne parlent que de l?eau. Ou plutôt du manque d?eau et de tous les soucis qui en découlent.
Satisfaits des nouveaux horaires de fourniture en vigueur depuis lundi, les villageois pensaient reprendre le cours normal de leur vie. En effet, lundi après-midi, après la rencontre avec les autorités, l?eau avait recommencé à jaillir des robinets dès 17 heures et ce jusqu?à minuit.
Krishna Lal Ramkelawon qui avait été interpellé par la police un peu plus tôt avait également pu regagner son domicile en début de soirée. ?Nou ti panse tou ti pe rant dan lord?, explique Ramraj Beekmunga.
Cependant, il y a eu l?arrestation de quelques-uns des leurs hier matin. ?Akoz manifestation la semen dernyer inn met sarz rioting lor zot?, explique Ramraj Beekmunga. Ces arrestations ont été ?la goutte d?eau qui a fait déborder le vase?.
A la mi-journée hier, les habitants ne cachaient pas leur colère et leur incompréhension face à ce nouveau revirement. ?300 dimoun manifeste, zot ramas zis enn ponye, zot get figir?, s?insurge une jeune femme en voyant passer son époux dans une jeep de la police en direction de la cour de Flacq.
<B>Un problème secondaire</B>
Les habitants disent ne pas comprendre ces arrestations. Aucun acte de violence n?avait été déploré. Pas de blessés, ni de dégradation de biens. Rien. ?Nou ti demann dilo avek bon manyer. Pa ti done. Akoz sa ki nou finn desann lor lari. Aster zot ramas dimoun inosan. Pou ena revolt dan landwra?, lance une autre habitante.
Cela fait tellement longtemps que l?eau coule au compte-gouttes à Ecroignard que les habitants de ce village de l?Est s?y sont fait. Ils ont appris à vivre avec au quotidien sauf que ces dernières semaines, l?approvisionnement s?était fait encore plus rare. D?où les manifestations.
Avec ces arrestations, le manque d?eau serait presque devenu un problème secondaire à Ecroignard. Ils ne pensaient qu?à ce fils, ce père ou cet époux qui ?s?est fait arrêter pour simplement avoir demandé quelque chose auquel (ils) ont droit ?.
Chez d?autres, c?était le train-train quotidien. Meela Kasseean, la quincaillière était occupée à ?stocker? le maximum d?eau possible. ?Malgré les nouveaux horaires, je n?ai toujours pas d?eau?, affirme-t-elle. Dans son arrière-boutique, elle a sept ?drom? qu?elle remplit à l?aide de multiples récipients à chaque fois que le camion-citerne passe.
Sur le toit de sa maison, se trouvent deux réservoirs. ?Il n?y a pas suffisamment de pression pour que l?eau monte jusqu?au réservoir. J?ai dû investir pour pouvoir accomplir mes tâches ménagères.?
Vendredi, sa fille Shirka,15 ans, a refusé d?aller à ses leçons particulières. Motif invoqué ? ?Il n?y avait pas suffisamment d?eau en réserve pour que je puisse prendre une douche. Mo pa ti le sorti. Pa ti senti mwa prop.?
Coquetterie d?adolescente ? Plutôt un ras-le-bol. ?Nous devons faire attention à la moindre goutte d?eau que nous utilisons. La peur de manquer d?eau est toujours présente?, soutient Meela Kasseean.
Il y a aussi la crainte de rater le passage du camion-citerne. ?Nous ne voulons pas vraiment sortir par crainte de le rater.? Un quotidien rythmé par le niveau de réserve d?eau.
ACCUSES D?EMEUTES
<B>Les huit habitants relâchés sous caution</B>
■ ?Comment peut-on présenter des individus devant le magistrat, sans qu?il y ait eu d?enquête ?? s?interroge Randhir Beekmunga, un des huit habitants d?Ecroignard qui ont été relâchés sous caution. Ils avaient été arrêtés hier matin avec une charge de ?rioting?. Six d?entre eux ont dû payer une somme de Rs 3 480 et les deux autres ont dû débourser Rs 6 960 du fait qu?ils avaient été remarqués dans deux autres manifestations auparavant. Trois des suspects affirment n?avoir même pas été interrogés, contrairement aux cinq autres. L?un d?entre eux indique : ?Tout est redevenu à la normal à Ecroignard mais nous avons tous été traumatisés par la façon dont nous avons été traités ! ?
En fait, les huit hommes ont été arrêtés vers 9 heures alors qu?ils allaient faire une déposition à la station de police de Rivière-Sèche à la suite de l?arrestation de Krishna Lal Ramkellawon lundi dernier. Mais les officiers de police leur ont passé des menottes en les accusant d?avoir causé des émeutes. Après avoir donné leurs empreintes, seul cinq d?entre eux ont subi un interrogatoire. Ensuite, ils ont comparu en cour de Flacq vers 13 h 30 avant d?être relâchés vers 15 h 30.
Revenant aux problèmes liés aux coupures d?eau, les habitants de la région ont déclaré qu?un compromis a été trouvé. A ce sujet, ces derniers bénéficient de l?eau entre 17 et 23 heures. Néanmoins, ce terrain d?entente semblerait avoir déjà eu des répercussions sur trois des régions avoisinantes. Elles sont Caroline, Camp-Ethier et Ernest Florent.
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