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?Ecrire en hindi, c?est tenir la chronique de la modernité?

25 janvier 2004, 20:00

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Vous avez recueilli trois cents ?uvres en hindi signées par des auteurs mauriciens. Au-delà du simple aspect de préservation, quelle est la démarche du centre ?

Vous parlez là d?un processus qui a duré un an. Douze mois pour montrer que l?utilisation de l?hindi est vivante à Maurice. Depuis 2002, nous avons retracé des livres qui n?existent plus dans le commerce, des ?uvres dont les auteurs n?avaient plus qu?un seul exemplaire en leur possession. Des choses souvent rares et précieuses auxquelles nous n?avons eu accès que sous forme de photocopie. Nous avons également contacté un éditeur indien pour la réimpression de certaines ?uvres, notamment celles d?Abhimanyu Unnuth. C?est l?une des plumes locales les plus prolifiques et il fallait qu?il soit représenté à l?exposition, au même titre que ceux qui n?ont publié qu?une seule fois.

Qu?est-ce qui se dégage de ce volume littéraire ? Les auteurs mauriciens qui s?expriment en hindi ont-ils des thèmes, des sujets préférés, des tabous ?

C?est aux chercheurs de le dire. J?espère que notre travail de collecte attirera les chercheurs, à la fois en littérature et en linguistique. A mon sens, ces trois cents livres : pièces de théâtre, recueils de poèmes, romans, nouvelles confondues constituent une véritable chronique de la modernité. C?est le rendu de la tradition indienne à travers des sensibilités mauriciennes. Le récit du développement des gens d?origine indienne y est raconté de manière très éloquente et c?est ce qui retient l?attention à la fois des Indiens de la Grande Péninsule et ceux de la diaspora, partout dans le monde. Avec la globalisation, de plus en plus d?Indiens sont appelés à quitter la terre natale. Là où ils vont, ils gardent un vif intérêt pour ce qui touche à leur culture et à leurs traditions. L?histoire d?autres personnes ayant vécu la même expérience les intéresse forcément. Contrary to belief, tradition is not static, it adapts to the now.

Quelle est, selon vous, la place de l?hindi dans la littérature mauricienne ?

C?est une littérature appelée à toucher de plus en plus de lecteurs. La production littéraire tourne autour d?une dizaine de livres publiés par an. Parmi eux, deux ou trois reçoivent des prix, que ce soit localement ou sur le plan international. Cette forme d?expression trouve ses origines dans ce qui se fait de mieux en matière de tradition littéraire, c?est-à-dire le Tulsi Ramayan, que les Apravasi, les premiers immigrants avaient emporté avec eux. I think Mauritian literature in hindi has got world class.

Ces écrits ont-ils un avenir international ?

Nous avons constaté que les gens sont inquiets pour l?avenir de l?hindi. Ils n?arrivent pas imaginer son utilité dans une île Maurice moderne. A mon avis, ces craintes sont infondées. L?hindi est le langage de l?amour. C?est la langue des relations intimes au sein de la famille. Sur le plan institutionnel, le fait que le Hindi Secretariat soit établi à Maurice, est révélateur de l?importance de cette langue. Don?t forget hindi is also a cyber language. L?Inde est l?un des pays qui progresse le plus rapidement dans ce secteur et au fur et à mesure qu?elle avance, elle fait avancer l?hindi. Je suis convaincue qu?une formation spécialisée en hindi ouvrira des perspectives d?avenir. Le nombre de gens ayant l?usage du hindi en commun est plus grand que la population de certains pays.

Vous présentez le Sahitya Samvad ? partenaire de l?expo ? comme un groupe littéraire d?écrivains en hindi. Dites-nous en plus ?

C?est un forum pour discuter de ce qui touche la langue hindi à Maurice. Le Sahitya Samvad existe depuis 2001, sur l?initiative de la Haute commission indienne et du Indira Gandhi Centre for Indian Culture. Il regroupe les auteurs et ceux férus de littérature. Les réunions mensuelles sont consacrées à la discussion de thèmes choisis à l?avance, à des séances de lecture ainsi qu?au lancement de livres. Sont aussi programmées des kavi sammelan, c?est-à-dire la récitation de poésie. We discuss hindi as a muse.

Une muse qui inspire en majorité des hommes ?

C?est vrai qu?il y a moins de femmes. Mais celles que nous avons sont très bonnes dans ce qu?elles font. C?est l?un des sujets abordés au cours des réunions du Sahitya Samvad. Les femmes ont réclamé davantage de plates-formes pour s?exprimer, mais ce ne sont pas tout à fait des féministes, du moins pas au sens occidental du terme. Elles trouvent que les hommes mauriciens sont plus compréhensifs que les Indiens. Elles ont mis en avant le fait que la plupart des Mauriciennes travaillent, comparé à l?Inde où il y a plus de femmes qui dépendent du mari. Les discussions ont mis en avant le fait qu?il y a moins de tabous. Par exemple, une femme qui revient chez ses parents parce que son mariage ne marche pas, n?est pas ostracisée comme cela peut-être le cas dans la Grande Péninsule. Ce qui explique pourquoi les femmes n?ont pas besoin d?être des féministes à l?extrême.

Quel regard jetez-vous sur les personnes d?origine indienne de Maurice ? A quelles difficultés vous heurtez-vous dans l?accomplissement de votre mission ?

The diaspora is culturally very active. Si vous prenez l?exposition par exemple, la plupart des livres nous ont été donnés. Je suis en poste depuis mai 2002 et je n?ai pas rencontré de difficultés insurmontables. Mon travail est d?autant plus passionnant que je peux voir comment une culture enrichit une autre grâce à la diversité mauricienne. C?est aussi pour cela que pendant mon année de service ?il est probable que je quitte mon poste le mois prochain pour partir à la retraite ? j?ai ouvert le centre à des manifestations non indiennes. We have had Xmas Carols. La semaine prochaine nous accueillerons le Lantern Festival, dans le cadre du Nouvel An chinois.

Propos recueillis par Aline GROËME

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