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Ecoles en échec
Par Nazim ESOOF
Après les critiques billes en tête visant la contre-réforme Gokhool, il a fallu le rapport de l?Association pour le développement de l?éducation en Afrique (ADEA), fonctionnant sous l?égide de l?Unesco, pour prendre la pleine mesure de la décomposition du système éducatif. Et cela dans le système qui précède les propositions A+ de Dharam Gokhool. C?est dire l?état de déconfiture que l?éducation nationale a atteint. Après tout, serait-on tenté de dire après chaque rapport, c?est le même tintouin. Mais ce serait faire preuve d?une désaffection qu?il importe d?éviter dans un contexte de modernisation généralisée. Cela relèverait de la même candeur que de croire que la critique de notre système éducatif participe d?une quelconque lubie journalistique. Tous les pays qui pratiquent le réformisme, auquel aspire le pouvoir travailliste aujourd?hui, savent que les changements passent par l?éducation et la culture. C?est ce que fait ressortir, entre autres, le rapport de l?ADEA qui, insistons-le, ne prend pas en compte la proposition de l?introduction de l?A+ et la création de collèges d?élite.
Le système était déjà élitiste. Un broyeur qui ne retenait que les meilleurs automates. Qui s?appuie sur une structure discriminatoire de leçons particulières. Qui repose sur un programme d?études en déphasage complet avec les réalités de nos enfants et les besoins du monde du travail. Les grands mythes des valeurs universalistes et égalitaristes de notre système éducatif volent une fois de plus en éclat. C?est un système qui, à la base, produit davantage d?inégalités qu?on ne peut l?imaginer. La critique rationnelle de ce système, pas encore amplifié des fantasmes de Dharam Gokhool, a été ample. Que reste-t-il à ajouter aujourd?hui ? Tout, aussi longtemps que nos décideurs ne prennent pas conscience de la ghettoïsation dans laquelle ils destinent l?éducation nationale.
Les causes de la désespérance éducative sont connues. Elles ont été énoncées. Dénoncées et décriées. Rien n?y a fait. Nos gurus de l?éducation nationale s?obstinent même si depuis quelque temps ils se font moins bruyants. Peut-être ont-il réalisé le suicide auquel ils nous condamnent. Ou alors ne cherchent-ils qu?à gagner du temps. Quelles que soient leurs man?uvres, il est de notre responsabilité de dénoncer l?apartheid scolaire. L?expression n?est pas exagérée. Lorsqu?on retrouve une concentration d?élèves de milieux défavorisés dans certaines écoles ghettos et qu?à côté la course est impitoyable vers les écoles cinq étoiles, on prend conscience du gouffre qui existe entre les intentions égalitaristes et les réalités ségrégationnistes. Comment alors ne pas comprendre ces enfants qui dès l?âge de dix ans, voire moins, qui se sentent éjectés du système, du monde du travail et de la société simplement!
Il ne s?agit pas ici de prôner un quelconque misérabilisme. Non, il est simplement question d?une ambition nationale. Quelle peut être cette ambition si des parents se livrent désormais à des trafics d?influence pour assurer des places à leurs enfants dans les écoles réputées d?être parmi les meilleures. Quel non sens ! Le choix de l?établissement, le choix des instituteurs qui offriront les cours particuliers et le choix d?une stratégie éducative basée sur la réussite envers et contre tout. C?est tout le drame d?une école inopérante.
Ce sont ces inégalités sociales qui estampillent l?échec social pour tant de jeunes. Comment attendre d?eux de la confiance dans les institutions ? Surtout en une école qui devait incarner l?espoir d?un avenir meilleur ? Nous aboutissons dès lors à une contre-culture scolaire, à une inversion des valeurs. A une école qui fonctionne à rebours. Des spécialistes l?ont fait ressortir : l?école ne sert pas à éliminer mais à intégrer. C?est tout le contraire que fait l?école mauricienne.
?La concentration sur le classement des élèves et l?accès aux collèges?, lit-on dans le rapport de l?ADEA, paralyse toute réforme. Ce sont ces types d?inégalités devant l?enseignement, asssociés à l?origine sociale des enfants, qui provoquent le pervertissement du système. C?est ce que nous nous sommes permis depuis des décennies. Ce n?était en fin de compte pas si grave puisque nous fonctionnons dans un ordre ancien. Aujourd?hui les donnes changent. Les gouvernants ont engagé dans un vaste chantier de réformes. On n?insistera jamais assez sur le fait que le succès de ces réformes dépendent aussi sinon prioritairement sur la capacité d?intégration de l?école mauricienne. A moins qu?on fait le choix d?une école qui exclut?
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