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Echauffourées et méchantes langues

6 juillet 2003, 20:00

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Le Grand Prix Le Bike avait été placé ce week-end sous le signe du recueillement. Il fallait rendre hommage au petit Ashley Matoka, victime de sa passion jeudi à Plateau-Nicolière. La journée a malheureusement été ternie par le geste infect d?un dirigeant du Vélo Club des Jeunes dont on préfère ici taire le nom et qui a tenté de régler ses comptes avec le coureur Jean-Robert François sur la ligne d?arrivée.

Il est évident que ce genre de comportement ne peut aucunement être toléré par la fédération cycliste et qu?une lourde sanction doit être prise. Si Steward Pharmasse a été suspendu six mois pour avoir désobéi aux consignes de son entraîneur lors d?un stage à l?étranger, que doit-on réserver à un dirigeant qui se permet, sur une ligne d?arrivée, devant témoins qui plus est, de s?en prendre violemment à un coureur qui s?apprête à terminer une course de 135 kilomètres ? La question reste pour l?instant posée et mérite une réponse rapide.

L?incident trouve sa source dans un banal règlement de compte entre coureurs, comme on en voit tous les dimanches sur nos routes. Alors qu?il collaborait avec le CSSC pour faire revenir le peloton sur l?échappée de tête, Jean-Robert François, de l?ERPL, n?aurait pas apprécié, mais alors là pas du tout, que le frère cadet de Yannick Lincoln, Christophe, ait tenté de se la jouer en solitaire alors qu?il n?avait jusque-là pris aucun relais. Les deux coureurs se provoquèrent mutuellement et François, un ancien vécéjiste, tenta par deux fois de déstabiliser le petit Lincoln en pleine course.

Dans le fond, Jean-Robert François avait tort sur toute la ligne. Christophe Lincoln n?avait pas à prendre des relais vu que son frère était devant. Et puis, était-il vraiment obligé de ne pas attaquer sous prétexte qu?il n?avait pas roulé ? Bien sûr que non même si, on l?avoue, l?éthique ne le recommandait pas.

Ce genre de comportement, trop souvent banalisé à Maurice, on doit l?admettre, méritait forcément une sanction. François méritait au mieux une amende, au pire un déclassement. Mais il revenait aux commissaires de courses et à eux seuls de prendre cette décision.

De l?intox à l?info, il n?y a qu?un pas...

Or, hier, c?est un dirigeant du VCJ qui a tenté de jouer les gendarmes. Le coureur de l?ERPL n?avait pas encore franchi la ligne qu?il essaya une première fois de régler ses comptes. Mécontent de ne pas avoir atteint sa cible, il accourut ensuite en direction de François pour s?offrir une nouvelle fois en spectacle. C?est alors que les principaux responsables de l?ERPL (Manfred et Catherine Victoire, Mathieu Calypso, Gino Frédéric), généralement réputés pour leur calme olympien, se mêlèrent à la bagarre. Une bagarre qui dégénéra rapidement, quelques dirigeants du VCJ trouvant plus commode de jeter de l?huile sur le feu plutôt que d?éteindre la braise.

Cette attitude ne fait bien évidemment pas honneur à un club jusque-là respecté pour sa contribution dans le développement du cyclisme, pour son engagement sans relâche auprès des jeunes et qui, précisons-le, est un des seuls à organiser comme il se doit les courses de cyclisme. Nous comprenons l?amertume d?Eddy David, qui ne s?est épargné aucun effort pour que le Grand Prix Le Bike soit un succès et qui a vu sa course être gâchée, la faute à un abruti qui arborait hier le survêtement de son club.

Eddy David déplorait le fait, hier, que toute la communauté du cyclisme s?acharnait contre le VCJ depuis quelque temps, que son club se sentait désormais ?seul contre tous?.

Il y a malheureusement du vrai dans ses propos. La proximité évidente de Bertrand Carabin avec la famille Lincoln et par extension le VCJ dérange plusieurs coureurs et non des moindres. Cette proximité est pourtant légitime vu que le coach français a entraîné le club curepipien bien avant qu?il ne soit nommé sélectionneur national.

Mais elle n?est malheureusement pas sans conséquence. Un malaise profond s?est entre-temps emparé du cyclisme et plusieurs coureurs présélectionnés pour les Jeux des îles se disent aujourd?hui ?troublés? par la tournure des événements et soutiennent off record, à tort on l?espère, que c?est le VCJ qui dirige la sélection.

Steward Pharmasse avait été le premier à livrer le fond de sa pensée l?année dernière. Il fut imité par Thomas Desvaux et Jean-Marc Fayolle, écartés depuis de la présélection. D?autres commencent à rompre le silence. Jean-Robert François ne se cache plus pour dire que son départ du club curepipien va lui coûter sa place en sélection, qu?il se sent mal-aimé, persécuté.

Contre toute attente, Colin Mayer est à son tour passé à l?attaque. Dans un courrier adressé cette semaine au président de l?AMC, Patrick Piat, il réclame ouvertement le retour de Pharmasse en sélection et affirme noir sur blanc qu?il est prêt à tout abandonner si on ne met pas à sa disposition les meilleurs coureurs du moment. Entendez par là qu?il redoute qu?on lui impose la présence de deux autres coureurs du VCJ, Christophe Lincoln et Philippe Colin, au détriment d?autres garçons qu?il juge plus méritants, à l?instar de Pascal Ladaub ou Dominique Zaïre.

On aimerait bien croire que cette prise de position, aussi soudaine qu?inattendue, est née d?une rumeur totalement infondée. Une rumeur qui veut pour l?instant nous faire croire qu?un coureur de la dimension de Yannick Lincoln aurait réclamé et obtenu la présence à ses côtés, pendant les Jeux, de ses deux coéquipiers du VCJ sous prétexte que d?autres ne seraient pas capables de le protéger.

Une chose est sûre : si l?intox s?avérait info, dans ce cas, les méchantes langues auraient raison de penser que ce n?est ni Bertrand Carabin et encore moins José Achille qui dirige la sélection.

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