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Eau : à petit pas vers la crise
Le ciel est lourd d?orage et de pluie ces jours-ci. Averses intermittentes, drains bouchés et moustiques caractérisent le quotidien du Mauricien au point qu?il en oublie les coupures d?eau auxquelles il a dû se soumettre les mois précédents. De nouveau il ouvre le robinet, avec la certitude qu?un jet d?eau potable sera au rendez-vous. Une certitude de courte durée puisque le rationnement de l?eau potable risque fort de devenir la norme à l?avenir.
Maurice figure déjà parmi les pays souffrant de stress d?eau. Selon le Programme des Nations unies pour le développement, un pays est en situation de stress d?eau s?il ne peut garantir 1 700 mètres cubes (1,7 million litres ou 10 700 barils) d?eau par tête d?habitant annuellement. C?est assez d?eau pour remplir les deux tiers d?une piscine olympique !
Or, le pays est bien en dessous de ce seuil. Ses ressources actuelles ne lui permettent de garantir qu?environ 1 083 mètres cubes (1,1 million litres) d?eau par habitant par an. La consommation par tête se situe à 165 litres (un peu plus d?un baril) par jour, un chiffre qui est en hausse constante. La Central Water Authority (CWA) estime que la consommation augmentera à 180 litres par habitant par jour dans une quinzaine d?années.
Globalement, la demande nationale pour l?eau potable est de l?ordre de 550 millions litres par jour. De quoi remplir 220 piscines olympiques ! La CWA estime que la demande grimpera à 700 millions de litres par jour dans moins de 15 ans. L?agriculture mobilise une large part (48 %) des ressources du pays en eau fraîche, la production hydroélectrique 30 % et le reste sert à, usage domestique, industriel et touristique.
Maurice ne peut se fier qu?à la pluie et à sa capacité à stocker de l?eau pour satisfaire cette demande. L?île jouit d?une assez forte pluviométrie : en moyenne, 3 900 mètres cubes par an. Elle est bien servie par un réseau de rivières, de forages, de réservoirs et de nappes phréatiques.
Moins de pluie qu?il y a cinquante ans
Cependant, vu la topographie de l?île, l?essentiel de l?eau de pluie se perd sous forme de fuite vers la mer, faute d?infrastructures pour la capter et la stocker. La capacité de stockage des réservoirs du pays s?élève à environ 100 mètres cubes seulement. Le taux d?évaporation est également élevé compte tenu de la situation tropicale de l?île. Selon la CWA, 90 % de l?eau de pluie est ainsi perdue. Petite consolation : les pluies rechargent les aquifères et ceux-ci contribuent à hauteur de 53 % à l?usage domestique de l?eau.
Progrès économique et social oblige, le stress sur les ressources en eau fraîche du pays va s?accentuer. La forte densité démographique de Maurice, l?irrigation des cultures intensives ainsi que l?expansion des industries manufacturières et touristiques intensifieront la pression. Les changements climatiques aussi. Les études démontrent que Maurice reçoit moins de pluie qu?il y a cinquante ans, par exemple. Or, la pluie est la seule source d?eau fraîche pour le pays. C?est elle qui régénère les aquifères et remplit les réservoirs et les rivières.
La stratégie économique poursuivie par le pays déterminera la vitesse à laquelle le problème d?eau s?aggravera. Le gouvernement a décidé de jouer à fond la carte du tourisme et de l?industrie de l?hospitalité. Il poursuit la barre des deux millions d?arrivées. Il ouvre le pays aux résidents permanents étrangers.
La consommation d?eau des touristes est très élevée. Piscines, baignoires, sauna, spa et autres facilités de remises en forme, jardins, golf? Les hôtels de Maurice maintiennent leur niveau à coup d?eau. Officiellement, un hôtel cinq-étoiles consomme en moyenne quelque 10 000 mètres cubes (10 millions de litres) par mois. La CWA affirme, après enquête, qu?en réalité, les hôtels sont bien plus gourmands d?eau.
L?escouade mise sur pied par la CWA pour traquer les fraudeurs indique que 90 % des établissements hôteliers bidouillent les compteurs de façon à pouvoir alléger leurs notes d?eau. Elle en conclut qu?une estimation plus réaliste de la consommation d?eau d?un hôtel cinq-étoiles serait de l?ordre de 15 000 mètres cube par mois. Un village IRS utilise en moyenne entre trois et cinq pour cent de ce volume, soit, entre 450 et 750 mètres cubes par mois.
L?eau potable, presque gratuite
Outre la traque des fraudeurs, la CWA souhaiterait également pouvoir pratiquer des tarifs plus réalistes. Le consommateur domestique paie sa litre d?eau potable à un peu moins d?un sou actuellement. A ce prix, l?eau potable est presque gratuite, ce qui n?incite pas à la conservation et à une utilisation modérée, argue la CWA.
En outre, la CWA poursuit une stratégie visant à améliorer l?efficience de gestion de l?eau potable. Il est d?abord question de réduire les pertes d?eau en cours d?acheminement. Celles-ci sont estimées à environ 45 % de la production nationale ? 15 % si l?on tient compte du problème de vol de l?eau par le secteur corporatif, avance la CWA. Selon cet organisme, la vétusté du réseau de distribution n?est pas le principal responsable de la perte d?eau.
L?augmentation de la capacité de stockage du pays est également à l?ordre du jour. La première phase de l?étude de faisabilité pour la construction du barrage de Bagatelle a été complétée. Le ministère des Services publics s?apprête à inviter les consultants à proposer les dessins détaillés accompagnés d?une étude de l?impact de la construction sur l?environnement. Le choix du consultant devrait être arrêté d?ici juin.
Le barrage de Bagatelle sera construit sur un affluent de la Grand-Rivière-Nord-Ouest. Il aura une capacité de 8,5 millions mètres cubes et desservira Port-Louis et les basses Plaines-Wilhems. Son entrée en opération est prévue pour 2012. Dès lors, Mare-aux-Vacoas pourra être dédié exclusivement aux hautes Plaines-Wilhems et ses villes comme Curepipe, Floréal et Vacoas. Actuellement, ce barrage dessert le Plaines-Wilhems aussi bien que Port-Louis. La régularité de la fourniture en souffre dans toute la région.
Pour ce qui est de la planification pour le très long terme, le gouvernement a commandé une étude de faisabilité pour le South Mauritius Water Supply Project. Ce projet consiste à identifier le meilleur moyen pour mobiliser davantage d?eau pour satisfaire la demande pour les quarante ans à venir. L?étude sera complétée d?ici septembre 2008.
Investir à temps dans des infrastructures de stockage et pratiquer des tarifs réalistes font partie d?un management efficient. Donner sa juste importance au traitement des eaux usées avec pour but de les utiliser pour l?irrigation et explorer des possibilités comme le dessalement d?eau de mer aussi. Le moins qu?on puisse reprocher au pouvoir public, c?est son indolence face aux défis d?avenir.
CONSOMMATION
Des chiffres ahurissants !
■ L?essentiel des ressources en eau accessible à l?homme sert à produire à manger. L?irrigation des cultures mobilise tellement d?eau qu?elle fait tarir même les plus pérennes des fleuves de la planète. En moyenne, une personne boit tout au plus cinq litres d?eau par jour. Même après s?être lavé et après avoir tiré la chasse d?eau, le Mauricien ne consomme pas plus d?environ 165 litres d?eau par jour. Mais c?est sans compter sur la quantité du liquide nécessaire pour produire de quoi le nourrir et le vêtir. Selon l?Organisation des Nations unies, il faut compter entre 2 000 et 5 000 litres (deux à cinq tonnes) d?eau pour produire un kilo de riz. Soit, bien plus que la consommation d?une famille moyenne sur une semaine. Produire assez de viande pour un hamburger nécessite 11 000 litres d?eau, soit 11 tonnes. La vache, elle, a besoin de deux à quatre tonnes d?eau pour donner un litre de lait. Sachez que la portion de riz dans votre assiette vous coûte au moins 100 litres d?eau, la portion de viande 2 000 litres. Le verre de vin ou la chope de bière a valu 250 litres d?eau, la glace 1500 litres, le cognac 2 000 litres et le café 140 litres. Le sandwich ou la tartine du matin vaut 150 litres d?eau, l?omelette 500 litres. En général, la consommation d?eau de l?individu moyen égale à cent fois son poids. Pour produire les plantes nécessaires à le nourrir durant un an nécessite environ deux tonnes d?eau, la moitié du contenu d?une piscine olympique.
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