Publicité
Déterminismes ethniques
D?un côté, la décision de la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation de ne pas inclure des politiques sur sa plate-forme lors de la célébration dans le cadre du 169e anniversaire de l?arrivée des immigrants indiens à Maurice en tant que travailleurs engagés. De l?autre, celle du Directeur des poursuites publiques de rayer les charges qui pesaient sur Cehl Meeah dans le triple assassinat de la rue Gorah-Issac. Toute cette affaire, qui a retenu l?attention des Mauriciens, demeure, à ce jour, encore un mystère pour l?opinion publique.
Un mystère qui pourrait prendre sa source dans la concomitance entre la politique et la religion. La ligne de démarcation étant floue, certains politiques ne se sont pas gênés pour utiliser des plateformes religieuses à des fins politiques. L?inverse étant également vrai tant certainesassociations socioculturelles ont utilisé des politiques pour se constituer en lobbies.
Aujourd?hui, il y a une exacerbation de ce rapport de contiguïté entre la politique et la religion. Dans le cas de Cehl Meeah, cela avait commencé depuis des années déjà. Il a su au fil des ans imposer son parti dans des poches électorales à forte concentration musulmane. Il a séduit avec un discours où se mêlent la religion et la politique. Il avait fini par briser l?adhésion quasi-indéfectible de cet électorat au MMM. Ce n?est donc pas étonnant que les partisans du parti de Dieu ont été tentés de croire que leur leader était la victime d?une vendetta politique.
Aujourd?hui, les enjeux sont conséquents autant pour cet électorat que pour le Hizbullah dans l?éventualité que Cehl Meeah retrouve la liberté et la tête de son parti. On a enregistré un pourrissement du débat politique. Il faudrait tout faire pour qu?il ne pourrisse pas davantage. A cet effet, un réaménagement séculier de la politique sera plus que souhaitable.
Avec la fin du militantisme et du travaillisme, ce n?est pas seulement le principe de l?alignement inconditionnel qui s?est effondré. C?est toute une vision idéologique de la politique qui s?est effacée. Cela explique l?adhésion à un parti sur la base de la religion. Cela explique que des individus font de l?audience en tenant un discours populiste. Cela implique que l?électorat mauricien s?est quasiment scindé en deux. D?un côté, ceux qui continuent à vivre la politique selon les canons des grands partis traditionnels et, de l?autre, selon une logique de repli, ceux qui adhèrent aux idées des partis religieux, d?une part, et aux hommes qui tiennent un discours populiste sinon sectaire, de l?autre.
C?est toute la question du sens dans le monde politique qui se pose désormais. La pensée politique contemporaine repose sur une forme de dualité. D?un côté, une forme d?individualisme démocratique et de l?autre un alignement qui repose sur une forme de représentativité et de dogmatisme religieux. L?endoctrinement devient plus facile dans ce dernier cas. La fin du militantisme politique a fait le lit à toutes formes de populisme et de sectarisme. Même s?il est vrai que les grands partis font leurs calculs sur la base d?une définition socio-ethnique de l?électorat, ils l?ont jusqu?ici pratiqué selon les règles du « politically-correct » et des déterminismes ethniques supposés incontournables.
A défaut d?une sécularisation de l?espace démocratique, on risque d?assister à un retour de la notion des communautés d?appartenance.
par Nazim ESOOF
Publicité
Publicité
Les plus récents