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Désordre scolaire
Il n?y a pas d?enseignement sans éducation. Cet adage gagnerait à être mieux connu des responsables de l?Education nationale. Nos décideurs se focalisent beaucoup trop sur les taux de réussite aux examens et ignorent la mission de l?école, au sens large. En cette veille de rentrée scolaire, ils devraient réfléchir, par exemple, sur la responsabilité de l?école dans les phénomènes d?indiscipline que l?on constate de plus en plus à divers niveaux de la société mauricienne.
Il y a une forme de désordre dans les classes, notamment de celles des établissements prestigieux, qui mérite que l?on s?y attarde. Il apparaît que le quotidien de l?écolier est désormais fait d?actes de défiance envers l?autorité, d?entorses au cadre réglementaire, de violences physiques et verbales et d?affrontements perpétuels. Dès lors, on ne peut se demander si la culture scolaire moderne est vraiment apte à forger les citoyens responsables de demain.
Beaucoup d?entre nous étaient scandalisés l?année dernière par la succession de nouvelles sur le tournage de clips pornos par de jeunes garçons et filles fréquentant des collèges réputés. Il faut, bien entendu, se garder de juger de manière sommaire ces adolescents mais la surprise causée par ces comportements indiquait à quel point les adultes étaient déconnectés de la réalité scolaire.
Aujourd?hui, on la connaît un peu mieux, cette réalité. Un groupe de chercheurs, dirigé par Vikram Ramharai de l?Institut de pédagogie, a mené une étude sur l?indiscipline et la violence en milieu scolaire et a présenté ses conclusions il y a un mois. Elles sont édifiantes. On trouve là des signes indiscutables de la dégradation de l?univers scolaire et, probablement, les causes de l?indiscipline grandissant sur les lieux de travail dans plusieurs secteurs.
Les chercheurs du MIE établissent une série de faits. Il n?y a pas un profil type de l?enfant indiscipliné, Il est parfois issu de milieu aisé et peut être académiquement brillant. Tous les établissements scolaires sont concernés. Aucune mesure adéquate n?est prise pour contrer l?indiscipline en raison de l?absence d?un encadrement administratif et légal pour traiter de ces problèmes. Les collèges confessionnels et les collèges privés ont une plus grande marge de man?uvre pour appliquer des sanctions. Les enseignants ont des problèmes de gestion de classe parce qu?ils n?ont plus d?autorité et ne jouissent pas, comme jadis, du respect auquel leur statut professionnel leur donnait droit. Les élèves contestent les règles de l?école parce qu?ils estiment que les études sont trop académiques et ne répondent pas à leurs aspirations. Il y a une attitude de laisser-faire de la part des administrateurs d?établissements scolaires, et ?an increasingly economic conception of education?.
Les chercheurs ont aussi interrogé les enseignants sur la fréquence des actes d?indiscipline. Il en ressort qu?une majorité d?élèves échappent au travail scolaire, s?absentent sans raison valable, troublent les cours, utilisent leurs portables en classe, injurient ou menacent leurs camarades. Ce constat devrait inciter les sociologues à se demander si le cadre de vie à l?école n?est pas porteur de tendances vers la paresse et l?absentéisme à un autre stade de la vie.
Certes l?école ne peut résoudre seule les problèmes, mais elle reste un lieu central où les jeunes se construisent des repères. Maintenant, si dans cet espace scolaire, les mots autorité, respect, ordre et discipline n?ont plus aucune pertinence, le chaos s?étendra bien vite à d?autres sphères.
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