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Dya Tenuja ghose l?antigone de la profession légale

2 décembre 2005, 20:00

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Elle n?a que 23 ans mais Dya Tenuja possède un sens de la discipline qu?on note généralement chez des professionnels d?âge mûr. Dans le bureau qu?elle occupe chez l?avoué Pajanivel Mootoosamy, cela se traduit par une table de travail si ordonnée que c?en est presque intimidant. Cette rigueur se retrouve dans son tailleur veste-pantalon en étoffe légère à la coupe impeccable.

Dya Tenuja, la benjamine des trois filles Ghose, tient cette qualité de son père, Munn Datta, avoué, qui s?est fait un nom grâce à l?étude acharnée du droit, des nouveaux textes de loi et autres décrets. Enfant, Dya Tenuja est fascinée par le nombre impressionnant de livres de droit de la bibliothèque paternelle. Lors des rares occasions où son père évoque son métier à la maison, elle boit ses paroles. Elle retient surtout qu?on parvient à ses fins au prix d?efforts répétés et de sacrifices constants.

A chaque fois que son père l?emmène en cour pour l?instruction d?une affaire, Dya Tenuja est tout ouïe. Mais c?est au fur et à mesure qu?elle grandit qu?elle arrive à déceler les nuances du système. C?est le choc : elle est découragée par les failles qu?elle découvre. «J?ai déjà vu des avocats qui, pour une simple affaire de contravention appelée en cour début de matinée, doivent attendre plusieurs heures avant que n?arrive leur confrère. C?est révoltant. Le système doit être revu.» C?est pour cela que Dya Tenuja se voit avouée plutôt qu?avocate. Lorsqu?elle décide d?embrasser la profession, son père essaie de l?en dissuader car ses deux aînées font déjà des études d?avouées en Angleterre. «Il voulait absolument que je devienne avocate. Il me voyait même en magistrate ou juge mais j?avais pris ma décision et il n?était pas question de changer.»

<B>«Je suis indépendante»

Après sa Form VI au collège Maurice-Curé, la jeune fille a le choix entre l?université de Montpellier en France ou se faire admettre pour un LLB Honours à l?université de Maurice. Son père ayant eu un accident, elle décide d?étudier au pays. Elle met les bouchées doubles dans le but de décrocher le diplôme avec la mention First Class. Elle travaille pendant les vacances afin d?économiser pour se payer des études. «Je suis indépendante, j?aime compter sur moi-même. Ensuite je ne voulais pas alourdir le fardeau de mon père qui finançait déjà les études de mes s?urs.»

Alors que Dya Tenuja travaille temporairement à la Barclays Bank, son supérieur lui propose un emploi permanent en plus d?un financement pour des études de comptabilité. L?offre est tentante mais l?amour de la profession légale l?emporte. Lors d?un stage chez Rogers, elle apprend beaucoup au contact de l?avoué Aruna Radhakissoon, conseil légal du groupe, avant de retrouver les bancs de l?université avec ardeur. Au bout de trois ans et à l?annonce des résultats, c?est la déception : elle rate la mention par 2 % tout en se classant première dans la mention Second Class, First Division. Pour savoir si elle est davantage faite pour être avouée qu?avocate, elle fait un internat aux Clarel Benoît Chambers. «C?était une expérience fructueuse et j?ai adoré. Mais je me suis rendu compte que j?étais destinée à être avouée et que je ne perdais rien?»

Explications : «Un avoué connaît mieux les dossiers que l?avocat car c?est lui qui les instruit tandis que ce dernier ne signe que les documents et ne s?occupe que de ses plaidoiries. L?avoué a aussi le beau rôle car il est autorisé à plaider en cour de district, intermédiaire ou industrielle et en Cour suprême, mais là uniquement devant le juge en Chambre, la Master?s Court et la Cour des faillites.

«L?avoué, qui fait tout le travail en amont, a une grande marge de man?uvre dans les plaidoiries. C?est pour cela que ses frais sont légèrement plus élevés que ceux de l?avocat. Il obtient le meilleur des deux mondes car il peut instruire une affaire et plaider comme un avocat mais aussi déléguer le dossier à l?avocat. Par contre, l?avocat ne peut remplacer l?avoué.»

Fixée, Dya Tenuja se dit qu?une fois avouée, elle plaidera autant que possible plutôt que de déléguer aux avocats. Elle s?inscrit au cours d?un an qui mène aux Attorney?s Vocational Examinations. Le 18 novembre, jour des résultats, elle s?attend à figurer parmi les derniers classés. Elle commence à regarder au bas de la liste. Panique : son nom n?y figure pas. C?est son meilleur ami qui lui montre son nom. A la première place !

Dya Tenuja, comblée de bonheur, n?en revient pas. «Il fallait faire honneur à mon père tout en lui prouvant que j?avais fait le bon choix.» Il lui reste un stage d?un an chez un avoué établi avant de pouvoir exercer. Par principe, elle ne le fera pas chez son père mais chez l?avoué P.V. Mootoosamy qui a été son chargé de cours au Council of Legal Education.

Dya Tenuja ne sait pas encore si elle exercera avec sa cadette ou seule. Vu son caractère indépendant, c?est plutôt la seconde option qui la tente. «Je sais que les premières années seront difficiles. On a beau me dire que je suis idéaliste et que je finirai par changer mais je suis un électron libre et j?espère le rester?»

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