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Duval mendie un maroquin ministériel

29 juin 2006, 00:00

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L’encre de sa lettre de démission comme président nommé, après maintes sollicitations, de la commission administrative du Port Louis, n’est pas encore sèche que Gaëtan Duval reprend sa sébile pour mendier, cette fois-ci, le maroquin ministériel de la Justice. Le titre de l’express, en cette fin de juin 1981, est éloquent : Pour l’intérêt supérieur du pays… Souhait de Sir Gaëtan Duval : Le fauteuil de l’Attorney General… même pour un mois”. Et pour quelle raison le leader bien-aimé du PMSD mendie-t-il un fauteuil ministériel comme d’autres s’écrient : “Mon royaume pour un cheval”? La “raison” duvalienne est pour le moins époustouflante : il veut se revêtir d’un statut officiel pour pouvoir mendier une aide financière sur le marché international. Parmi ses explications peu édifiantes on retrouve ceci : dans le passé, chaque fois qu’il est allé mendier, comme simple citoyen, une aide financière pour l’île Maurice, il a essuyé refus sur refus. Il estime que les organismes internationaux et autres bailleurs de fonds ne pourront refuser à l’Attorney General Gaëtan Duval ce qu’ils s’entêtent à refuser au simple citoyen Gaëtan Duval.

Mais comment devenir Attorney General alors que le PMSD, ou plus exactement ce qu’il en reste (3 députés sur 9 parlementaires), rompt la coalition PTr-PMSD ? Pour Gaëtan Duval, la coalition existe toujours techniquement puisque trois ministres PMSD, mais déjà expulsés du parti, demeurent en fonction. La balle est dans le camp de Seewoosagur Ramgoolam, selon lui. Visiblement, Duval oublie le précédent de janvier 1974 quand des ministres PMSD, comme Ah Chuen, Devienne, Rima, choisirent de l’abandonner pour rester du côté de Ramgoolam. Il s’en remet à ce dernier qui doit décider avec quel groupe bleu doit fonctionner le coalisé PTr. Duval n’écarte pas la possibilité d’une nouvelle coalition PTr-PMSD après une éventuelle victoire électorale, bien sûr, même si la coalition rouge/bleue de décembre 1976 est théoriquement rompue par la démission de Nicol François et de Fifi Henri mais pratiquement maintenue en raison du refus de démissionner de trois ministres bleus (Eliézer François, Kamil Ramoly et Paul Chong Leung) mais expulsés du parti en vertu d’une décision du comité exécutif. Il s’agit, ne l’oublions pas, d’une situation politique confuse mais qui montre clairement que le leader bien-aimé, Gaëtan Duval, en veut davantage à d’anciens compagnons de lutte, mais faisant de la résistance, plutôt qu’à un partenaire de coalition (le PTr), l’ennemi No 1 du PMSD jusqu’en 1969. Et pour souligner cela, il présente ses excuses à l’électorat bleu de lui avoir imposé des candidats du calibre d’E. François, de Robert Rey, de K. Ramoly, de P. Chong Leung, de Maurice Espitalier-Noël et de Cyril Guimbeau. La devise du parti demeure : “N’a pas gratte lé dos Gaëtan !” L’ancien ministre des Administrations régionales, M. E.-Noël, démissionnera peu après du PMSD. Il annonce qu’il siègera comme candidat indépendant jusqu’aux prochaines législatives. Il ne compte pas solliciter sa réélection comme député de Curepipe-Midlands (No 17).

Les Mauriciens ne risquent-ils pas de se lasser de ces ruptures de coalition pré-électorales pour se raccommoder tout de suite après ? L’explication duvalienne est pour le moins accommodante : les Mauriciens doivent comprendre que lorsqu’une coalition se brise cela ne veut pas dire que les anciens coalisés se détestent soudainement. Duval estime qu’il peut y avoir divorce sans que forcément les anciens conjoints en viennent à se haïr.

La faute, selon Duval, revient au transfugisme. Certains partis ont autant besoin de “transfugion” que des malades de transfusion. “Les transfuges se ramassent à la pelle”, affirme-t-il, sans aucun apitoiement pour tous les anciens MMM et anciens MSM, passés avec armes et bagages dans le PTr de Navin Ramgoolam.

Le meeting-plébiscite met une clientèle nouvelle à la portée du PMSD, estime Duval. The sky is the limit, répète-t-il. Son organe, Le Rassemblement, lui invente même un troisième bras, en lui faisant dire ceci : “Je prends mon courage à deux mains et ma vidéocassette de l’autre pour prospecter cette nouvelle clientèle bleue, faite de pauvres et de démunis. Les amis traditionnels du PMSD verront que leur parti a changé de cap”. Comment ne pas penser ici aux Amazones du syndicalisme populaire et duvalien, censées pouvoir tenir la dragée haute à la GWF de Paul Bérenger, après la rupture de la coalition PTr-PMSD de décembre 1973.

Il y a quand même davantage de députés PMSD anti-Duval que de parlementaires pro-Duval. Réponse duvalienne désarçonnante : “ Je suis le PMSD. J’incarne la légitimité du PMSD. Il n’y aura pas de vaincu tant que le peuple n’aura pas arbitré. Nous avons agi de la sorte car nous ne voulons pas que l’Histoire nous considère comme des félons et des traîtres. Je prendrai au sérieux les MMM, PSM et GWF quand ils pourront réunir 20 000 personnes devant la municipalité de Port-Louis.” N.B. Trois ou quatre fois plus, au Champ de Mars, en juin 1982, cela devrait suffire.

Espérons seulement que les archivistes du PMSD ont pieusement conservé ce troisième bras duvalien et cette vidéocassette magique de la mi-juin 1981. Des fois qu’ils pourraient servir de nouveau. Sait-on jamais…

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