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Duplicité
L?entreprise du 21e siècle sera mobile, dit-on. Les défenseurs de la mondialisation vantent les mérites de la libre circulation des marchandises, des personnes, des services et des biens et disent qu?elle relancera l?économie mondiale. Beaucoup ont cru à leurs slogans mais peu à peu la réalité se découvre. Le flux que les pays occidentaux appellent de tous leurs v?ux serait en fait à sens unique.
En janvier dernier, les Etats-Unis, grand champion de la mondialisation, a voté une loi interdisant au service public américain de sous-traiter des tâches à l?étranger et de traiter avec des prestataires qui délocalisent. Cette loi protectionniste avait provoqué un désarroi notamment en Inde.
Cette semaine cela a été au tour de la France d?adopter une mesure qui a eu l?effet d?une douche froide sur les opérateurs des centres d?appel. Dans un article paru sur le site du Nouvel Observateur hier, on pouvait lire ceci : ?un arrêté envisage d?imposer aux centres d?appels, secteur marqué par de nombreuses délocalisations à l?étranger (Tunisie, Maroc ou même l?île Maurice), d?indiquer au consommateur le lieu exact où se trouve son correspondant.? Désormais tout téléopérateur devra informer son correspondant de la situation géographique de son centre d?appels. Cette mesure a pour but de décourager les entreprises françaises d?utiliser les services d?un centre d?appels à l?étranger.
Décidément, le message des pays développés est brouillé. Ils défendent le principe d?une ouverture plus grande des marchés mais leurs frontières deviennent hermétiques dès qu?un pays émergent commence à leur faire de la concurrence dans un secteur donné. Cela est contraire à l?esprit du libre-échange qu?ils soutiennent.
Quand les petits pays se sont opposés à une trop brutale ouverture des frontières, ils ont été parfois accusés de vouloir mener une bataille d?arrière-garde. Par exemple, Maurice a eu toutes les peines du monde à se faire entendre sur les difficultés auxquelles fera face son industrie textile dans le nouvel environnement commercial. Elle a obtenu, avec beaucoup de peine la tenue d?une réunion de l?OMC sur cette question à partir du 1er octobre.
Pour un pays comme Maurice, fortement dépendant du secteur textile-habillement pour ses exportations, la conséquence de la libéralisation à venir est désastreuse. Les pertes d?emploi se chiffrent déjà à des dizaines de milliers par an même si l?échéance n?est pas encore atteinte. C?est seulement le 31 décembre de cette année que disparaît l?accord sur le textile et les vêtements.
Elles sont étranges ces nouvelles conditions dans lesquelles doivent se dérouler les échanges commerciaux. Quand ce sont les petits Etats qui en subissent les inconvénients, les grands clament que la libéralisation doit poursuivre sa marche inexorable. Mais quand ils en subissent, eux, les contrecoups, ils légifèrent et érigent des barrières pour prévenir la délocalisation.
Entre-temps, Maurice s?ouvre à la concurrence. Il sera bientôt possible à des juristes étrangers de pratiquer chez nous. Notre centre financier accueillera bientôt des cabinets étrangers. Des firmes françaises, engagées dans les services de télécommunications ou de comptabilité exercent déjà chez nous. Bref, nous jouons le jeu. Si seulement, les règles pouvaient être communes pour tous les acteurs.
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