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?Duas Sem Três? : le paroxysme se conjugue au féminin
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?Duas Sem Três? : le paroxysme se conjugue au féminin
Des sifflements qui finissent dans un cri. Des chuchotements ? en portugais ? qui enflent, s?amplifient, deviennent joutes verbales. Crises de nerfs, rires déglingués, désespoir joyeux débordant de vitalité. Un monde au féminin où la figure masculine est sans cesse représentée.
Un balai-brosse coiffé d?un panier devient le cavalier d?un corps à corps langoureux. Beaucoup d?entre nous se sont reconnues jeudi soir au théâtre de Port-Louis en voyant sur scène, la ménagère chantant à tue-tête, avec en guise de micro, le tuyau d?un aspirateur.
Images du quotidien renvoyées par la troupe Raiz di Polon venue du Cap-Vert pour présenter Duas Sem Três. Littéralement ?deux sans trois?, en portugais, l?univers dessiné par les deux danseuses est peuplé d?une série de personnages.
Large éventail de la féminité, allant de la petite fille espiègle s?amusant avec une s?ur pratiquement jumelle. L?innocence des jeux d?enfants se transforme en mime de la sexualité. De celles qui culminent en accouchement.
Duas Sem Três est chargé de symboles. L?un des plus marquant : ce fagot de bois que les danseuses gardent sur la tête pendant plus de cinq minutes. Avec la grâce des femmes qui gardent le dos bien droit malgré les fardeaux de la vie, Rosy Tavares et Elisabete Fernandes de la troupe Raiz di Polon dansent avec énergie quelques uns des mauvais quart d?heure d?une vie.
Et si les mots, souvent répétés, les bribes de chansons, sont en portugais, le langage universel du corps enlève tout obstacle à la compréhension. A dire vrai, est-il plus important de comprendre que de ressentir ? L?assistance l?a bien perçu. Le tablier, le voile de mariée, les brosses et les balais ont été reçus avec facilité. Les corvées ? loin de nous l?envie de généraliser mais c?est surtout le lot des femmes ? sont partout les mêmes. Au Cap-Vert comme à Maurice, nombreuses sont-elles qui rêvent d?un monde meilleur tout en astiquant une réalité miséreuse.
Fuire vers l?état de transe
Et quand la pression devient trop forte ? Raiz di Polon, grâce à son savant amalgame de danse traditionnelle capverdienne et de danse contemporaine ? les femmes oppressées fuient vers l?état de transe. Plus rien ne les retient Ni la nudité ? du dos ? judicieusement dosée, ni les cris, ni les bouderies. Même le bain devient un exercice de style.
Mais là où nous perdons le fil, c?est quand deux bananes suspendues aux cintres, descendent à mi-hauteur au-dessus des danseuses.
C?est un fait, le trop plein nuit. Le symbole tue le symbole. Si tant est que le ressenti prime sur la compréhension, seul l?étonnement nous cueille à la vue de ces bananes descendant du plafond. Un saisissement comparable à celui des spectateurs présents jeudi soir au théâtre. A la fin de la demi-heure de spectacle, ils sont restés enfoncés dans leur siège, surpris que la représentation soit déjà terminée. Un peu sur leur faim.
Une fringale qui doit tenir Jean Renat Anamah qui a présenté des extraits de Monts et Amonts en première partie de Duas Sem Três. Qu?à cela ne tienne, le côté too much de ces accessoires n?enlèvent rien au prestige de la troupe invitée par le centre culturel Charles Baudelaire et l?Alliance française. En 2003, la troupe a reçu le Prix Spécial du Jury de Sanga II, rencontre chorégraphique de l?Afrique et de l?océan Indien à Madagascar.
?Au Cap-Vert comme à Maurice, nombreuses sont-elles qui rêvent d?un monde meilleur tout en astiquant une réalité miséreuse.?
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