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Dr vinessen mysère 007

26 février 2005, 20:00

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Les réalisateurs doivent sérieusement y songer. Les « révélations » dans les affaires criminelles locales mériteraient une palme si elles étaient mises en image.

Mystère et suspense à la pelle étaient à l?agenda des dépositions du planton Pooveden Subbaroyen, alias Vinessen, cette semaine. Celui considéré comme la clef de l?énigme du hold-up de Rs 51,8 millions et du meurtre de Gérald Lagesse dans la chambre forte au siège de la Mauritius Commercial Bank (MCB) le vendredi 11 février dernier, n?a pas encore dit son dernier mot.

À mesure que les différents suspects sont entendus, le mort a bon dos? La victime est passée au statut de bras droit de l?instigateur du braquage. Et la police n?a pas l?ombre d?un indice permettant de dire où est caché le magot.

Durant la semaine écoulée, en présence de son avocat et beau-frère, Me Rama Valayden ? et de son junior, Devina Deonaran ? Vinessen a décortiqué le complot qu?aurait ourdi Gérald Lagesse en connivence avec le cerveau du casse dont l?identité se résume au sobriquet « Boss 007 ».

C?est au début de novembre que tout a commencé, explique Vinessen qui veut à tout prix occuper le box des témoins. Il était, ce jour-là, parti à la rencontre de Gérald Lagesse pour s?entretenir d?un prêt pour son père.

Gérald Lagesse lui aurait dit de ne pas s?en faire, qu?il l?aiderait et lui a demandé de l?attendre à la sortie des bureaux. Cet après-midi, ils ont fait un bout de chemin jusqu?à la gare et ils ont parlé de leurs soucis d?argent et de la montée du coût de la vie.

<B>« Inn dir nek rentre sorti »

Les après-midi suivants, le Customer Service Supervisor lui aurait demandé s?il pouvait l?aider à trouver des personnes disposées à commettre un hold-up à la banque. Comme il habite Stanley, pour Gérald Lagesse, la tâche lui sera facile?

C?est lors des trajets jusqu?à la gare routière que le plan de recrutement des complices est échafaudé. Gérald Lagesse lui aurait alors révélé qu?il serait affecté à la chambre forte fin décembre et qu?il bénéficierait de l?aide d?un « boss» qui a tout manigancé. Le reste ne serait qu?un jeu d?enfant.

Comme Vinessen se montre hésitant, Gérald Lagesse lui fait comprendre que s?il se désiste, le « boss » n?aura qu?à claquer des doigts pour qu?il soit rétrogradé au poste de « cleaner ».

C?est ainsi que Vinessen se renseigne auprès d?un beau-frère, Siven, habitant Mont-Roches, lui demandant s?il veut être de la partie. « Mwa mo ziss bat dimoune mwa, mo pa dan zafer kokin mwa », lui rétorque ce dernier avant de promettre de le mettre en contact avec les personnes idéales.

Enter Jiawed Ruhumatally. Il lui passe un coup de fil le lendemain et lui donne rendez-vous au Caudan. Jiawed est accompagné d?un homme d?origine tamoule appelé « Tipti » et ils discutent du projet qui les réunit.

Un mois s?est écoulé depuis la première rencontre avec Gérald Lagesse. Il faut faire vite et Vinessen demande à Jiawed de venir faire un repérage à la banque. Il lui fait visiter les accès à la chambre forte.

Jiawed accepte de participer au casse. Tipti, Steve Monvoisin, Satroojeetsingh Sotrooghan et Jacques Agéon sont mis dans le coup.

Gérald Lagesse est mis au courant du déroulement des opérations. L?équipe doit se tenir prête. Elle sera appelée à intervenir à tout moment.

Des réunions sont tenues régulièrement et les hommes plaisantent sur ce hold-up hors du commun. « Ine dire nek rentrer sorti. Zot koze sa couma ene joke. Zot mem zot pa pé kwar car sa telma facile. Pas bizin masque, pas bizin zarme narien. Nek éna pou amen quatre sacs ki zot la manche solide car Lagesse tine dire tention la manche casser », soutient Vinessen dans ses dépositions.

C?est Vinessen qui sera le relais de la bande des malfaiteurs. Ce n?est que le jour du hold-up qu?elle sera alertée. Mais Vinessen hésite de plus en plus. Jiawed le rappelle à l?ordre, lui présente un homme qu?il dit être son frère. « To trouv sa boug la, li mem ti soizire pou touy Navin Ramgoolam, alors li pou facile pou li desane twa? »

De l?autre côté, Jiawed veut resserrer l?équipe. Il élimine « Tipti » et un certain « Long » de la bande. Il ne parviendra pas à « défalquer » Monvoisin ? parce que son père est inspecteur de police ? qui était « appâté » par l?argent.Vinessen revenu dans les rangs, le signal est donné le 30 décembre.

« Patrice Ferré ki responsable coffre ti pu sick, Gérald Lagesse ki ti pou remplace li. »

Le butin à emporter est de plus de Rs 200 millions. Le coffre est plein. Il y a beaucoup de liquidités en circulation car on est en pleine période de fêtes de fin d?année.

<B>Ferré n?est pas tombé malade</B>

Mais à la dernière minute l?homme qui devait tomber malade ne s?absente pas. Le plan tombe à l?eau. À la mi-janvier, Gérald Lagesse sait qu?il sera posté à la chambre des coffres car Patrice Ferré sera en vacances. La date du 11 février est choisie afin qu?elle coïncide avec la découverte de la fraude du NPF deux ans plus tôt à la banque.

Gérald Lagesse est affecté au coffre le 10 février. « Tantot line dir parer pu lendemain. » Le rôle de Vinessen se résume à décadenasser la porte menant au parking souterrain.

Selon le plan, la bande doit rentrer par la porte rotative donnant sur rue Royale, prendre l?ascenseur et descendre au parking. Ils doivent ensuite emprunter le couloir menant à la salle des coffres et attacher Gérald Lagesse qui n?offrira aucune résistance.

Pour sortir, il faut prendre l?ascenseur jusqu?au huitième niveau où la sécurité est moins rigide car c?est l?étage du management. De là, il faut descendre au premier dans un autre ascenseur, s?engager sur l?escalier roulant et filer par les portes de la rue sir William Newton.

Rien que pour son rôle, la somme de Rs 3 à 5 millions a été promise à Vinessen. La moitié du butin devait revenir au « Boss 007 » et à Gérald Lagesse et les autres allaient se partager la cagnotte restante.

Après le coup, jusqu?à la dernière minute, raconte Vinessen, il a cru que Gérald Lagesse jouait la comédie, qu?il n?était pas mort. Lorsqu?il l?a appris, ce fut le choc?

Hier Vinessen a expliqué en détail sa journée du 11 février et a souligné qu?à un moment donné, le planton Ashad Boodhoo qui devait être avec Gérald Lagesse dans la chambre des coffres, s?est retrouvé avec des collègues et lui-même, coincés, dans le « control room » attenant au « caveau ».

<B>Du « gandia » retrouvé au lieu du butin</B>

D?ici la semaine prochaine, Vinessen devrait balancer le noms des autres personnes qui ont été dans le coup. À l?instar de Jacques Agéon qui a été arrêté cette semaine et du chauffeur de taxi Johnny Christophe Antoinette qui est accusé d?avoir convoyé la bande après le hold-up et de l?avoir cachée lorsqu?elle était recherchée.

Mais jusqu?ici la grande question demeure : où sont les Rs 51, 8 millions ? Après la chasse au trésor par les habitants du coin depuis que Jiawed Ruhumatally a déclaré avoir dissimulé Rs 500 000 dans un fourré, une équipe spéciale de la police ainsi que des hommes de la Criminal Investigation Division (CID), de la Major Crime Investigation Team (MCIT), de la Special Supporting Unit (SSU) et de la Special Mobile Force (SMF) étaient sur les flancs de la montagne Corps de Garde dans la matinée d?hier.

D?après le suspect Sotrooghan, Jiawed et Monvoisin étaient couverts de sang et transportaient quatre sacs de sport qu?ils ont ensuite enterrés à cet endroit. Or hier, les fines fleurs de la police n?ont découvert que cinq plants de « gandia » sur place?

La police travaille toutefois sur les dépositions des suspects pour établir s?il y a eu complicité entre Gérald Lagesse ou d?autres personnes et les auteurs du hold-up. Comme pour l?argent, on ne sait pas non plus qui a tué Gérald Lagesse car Jiawed soutient n?avoir jamais mis de papier dans la bouche de la victime, ce qui l?a asphyxiée?

Les appels téléphoniques et les comptes en banque des personnes soupçonnées d?être impliquées dans le coup sont passés au crible. Les commerçants ont également été invités à signaler tout paiement suspect en grosses coupures à la police. Rs 31, 8 millions des Rs 51, 8 millions volées sont en coupures de Rs 2 000. Ce sont des billets peu utilisés. Donc si quelqu?un tente d?écouler le magot, il devrait être facilement repéré par la police, enfin?

<B>La MCB : « Les Rs 51, 8 millions volées le jour du hold-up »</B>

La MCB confirme que Rs 51.8 millions ont été volées. Rs 31, 8 millions étaient en billets de Rs 2 000 et le reste en coupures de Rs 1000. Dans les milieux de la banque, on explique également « que l?argent a été volé au moment du hold-up » et non emporté avant le 11 février comme certains suspects ont tenté de le faire croire. « La théorie d?un des braqueurs à l?effet que l?argent a été sorti la veille mène à un scénario tellement absurde qu?il n?a pas été répété depuis, ni par lui, ni par personne d?autres ».

« Nous n?avons, à ce stade, aucune raison de penser qu?il y a une complicité additionnelle à haut niveau, mais c?est à l?enquête policière, bien mieux placée puisque les témoins?participants sont chez eux, d?élucider la situation », fait ressortir un membre de la direction.

Et la banque ne veut pas se prononcer sur l?existence d?un complice répondant au sobriquet « Boss 007 » comme révélé par Vinessen. « Il est difficile et même irresponsable de se prononcer sur des bribes d?enquêtes et sur ce que rapporte la presse, qui d?un journal à l?autre, ne rapporte pas toujours la même chose? »

« Son identité n?est apparemment pas connue de celui qui mentionne ce sobriquet et depuis, ce seul sobriquet déclenche une véritable course spéculative, chacun allant de sa théorie, souvent malsaine, toujours - jusqu?ici ? sans aucune preuve. »

Pour la MCB, c?est à la police de démêler le vrai du faux. « Laissons la police faire son travail, confronter les déclarations, sonder les indices, et assumer ses responsabilités. Nous lui ferons confiance, surtout si elle arrive à la vérité et au butin, sa réputation se portera d?autant mieux? »

Et à ce stade, la banque n?a aucune raison de douter de l?intégrité de Gérald Lagesse. « Basé sur les faits connus de nous, à ce stade, il n?y aucune raison de penser que Gérald Lagesse est autre chose qu?une victime innocente en la circonstance ».

En ce qui concerne la sécurité, la MCB revoit tous ses systèmes « d?un ?il neuf » avec l?aide d?un équipe spéciale du consultant Kroll. « Des mesures immédiates de renforcement ont été prises. On ne peut évidemment pas en faire état publiquement. Le 25 février a été une journée d?exercices de sécurité grandeur nature, simulant par exemple, ce que nous pouvons faire si nous sommes alertés d?un risque particulier. Par exemple, si l?on nous avait alertés aux risques d?un braquage ou autre situation de la même nature. Comme le vendredi 11 février au petit matin par exemple? »

La MCB mène également son enquête qui est dirigée par le département de l?audit interne au sujet du hold-up. Le responsable de la sécurité, Patrice Bestel, a transmis un mail le jour du drame, invitant les membres du personnel à « canaliser toute information, idée, indice qui pourraient nous aider dans l?enquête en cours ».

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