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Dossier plus complet du Militant sur la fusillade de 1943
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Dossier plus complet du Militant sur la fusillade de 1943
Ala fin de septembre 1983, Le Nouveau Militant publie un dossier plus complet que celui de Mauritius Today (voir l?express d?hier) sur la fusillade du 27 septembre 1943, à Belle Vue Harel. Il va de soi que la Seconde Guerre mondiale, avec ses menaces de débarquement japonais, les rationnement des rares denrées alimentaires disponibles, la raréfaction des liaisons maritimes avec l?étranger, l?approvisionnement plus difficile en riz et farine, rend encore plus précaire les conditions de vie et de travail de la masse des travailleurs mauriciens. L?industrie sucrière passe également par une inquiétante phase d?incertitudes. De grandes. Les travailleurs sont au bord de l?exaspération. Ils ne peuvent plus se contenter de vagues promesses comme celles qu?on leur sert depuis 1936. L?ombre des sanglantes revendications de 1937 plane sur celles de septembre 1943. En janvier 1936, le Dr Maurice Curé ne peut se faire réélire député des Plaines Wilhems. Il est battu par le conservateur Philippe Hugnin. Il crée le Parti travailliste à la fin de février 1936 et organise plusieurs marches de protestation de chômeurs. Il est aidé dans sa tâche par plusieurs collaborateurs dont Barthélemy Ohsan et le pandit Sahadeo. Le pandit Hurryparsad Ramnarain travaille, de son côté, à rassembler les travailleurs du Nord dans une même association syndicale.
Les débrayages et les marches de protestation de travailleurs mécontents se multiplient en 1936 et 1937. L?une d?entre elles se termine tragiquement le 13 août 1937 à Union-Flacq, sucrerie appartenant à la famille de Rajcoomar Gujadhur. Des travailleurs agricoles de plusieurs villages de l?Est se rassemblent dans la cour de cet établissement. Le gouvernement nomme peu après une commission d?enquête, présidée par M. Hooper pour faire la lumière sur cet incident. Elle fait plusieurs recommandations, entre autres salariales (+10%), ainsi que la possibilité pour les travailleurs de créer des associations, pour mieux défendre leurs intérêts, la création d?un bureau du Travail, etc.
La situation ne s?améliore pas pour autant, entre autres, pour les raisons précitées. En 1943, la situation devient intenable. Les arrêts de travail se succèdent interminablement, créant un climat d?incertitudes et d?agitations. Nombreux sont ceux qui veulent marcher sur Port Louis pour exposer de vive voix leur mécontentement à l?hôtel du gouvernement. A la mi-septembre 1943, pratiquement tout le Nord est paralysé. Le patronat fait une proposition qui est rejetée.
Le 27 septembre 1943, des travailleurs agricoles de Belle-Vue Harel sont rassemblés dans un baïtka. Un membre de la police secrète s?enquiert de l?objet de ce rassemblement. Il est pris à partie et chassé. Il prévient les casernes centrales. Celles-ci envoient des policiers armés pour maintenir l?ordre à Belle-Vue Harel. Ils sont sous les ordres d?un Anglais, M. A.M. Bell. Les travailleurs lancent des pierres contre les policiers. Ceux-ci font usage de leurs fusils. Le bilan de cette fusillade sera de trois morts et de plusieurs blessés. Les trois morts sont Mme Anjalay Coopen, 48 ans ; Arnasalon Moonsamy, 35 ans et Kistnen Moonien, 14 ans. D?autres parlent, à ce sujet, de Kistnasamy Mooneesamy et de Marday Ponapen.
Le Nouveau Militant interviewe également Goinsamy Veeren qui est blessé par balle au coude droit. Il a 20 ans, en 1943. Il travaille à l?usine comme boiler. Il touche Rs 5.30 par semaine. Les policiers des casernes centrales arrivent sur le coup de 10 heures. Ils arrêtent Arnasalon Moonsamy et le frappent. Ils font de même avec sa mère. Ils lancent des grenades lacrymogènes. Il se retrouve à l?hôpital civil où il sera en traitement pendant trois mois.
Parmi les blessés de la fusillade de Belle-Vue, Goinsamy Veeren parle de Marday Ramsamy, 15 ans. Il succombe à ses blessures au bout d?une semaine. Il y a aussi Kreshan Seetohul qui meurt en 1981. La crémation des trois victimes de la fusillade a lieu sur un terrain, appartenant à M. Babooram Ramkissoon, à Cottage.
Comme après la fusillade de 1937, le gouvernement nomme la Commission Moody pour enquêter sur celle de Belle-Vue Harel. En font partie Edgar Laurent, Abdoolatif Mahomed Osman, Georges Espitalier-Noël, Rampersad Neerunjun. Elle tient 88 audiences dont quatre au tribunal de Mapou.
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