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Dossier nucléaire : Moscou et Pékin prônent la patience

19 janvier 2006, 00:00

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La République islamique a par ailleurs adressé une lettre à l’Allemagne, à la France et à la Grande-Bretagne, qui forment la “troïka” européenne, pour leur faire part de leur volonté de “dissiper par la discussion et la négociation les ambiguïtés actuelles au sujet de son programme nucléaire pacifique”, a annoncé un responsable iranien ayant requis l’anonymat. Cette lettre vise à montrer que “malgré la réunion de Londres, l’Iran est déterminé à poursuivre les discussions et à trouver une solution par la discussion”, a-t-on ajouté de même source.

La réunion des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’Onu et de l’Allemagne, lundi à Londres, n’a pas permis de dégager de consensus sur la formulation d’une résolution permettant de saisir l’exécutif onusien en vue d’éventuelles sanctions, avait auparavant annoncé Berlin.

La troïka européenne a mis un terme aux négociations avec Téhéran après la reprise des recherches iraniennes sur le combustible nucléaire et souhaite désormais, comme Washington, que l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) transfère le dossier au Conseil de sécurité de l’Onu, seul organe habilité à prendre des sanctions internationales. Membres permanents du Conseil de sécurité, Moscou et Pékin disposent à ce titre d’un droit de veto au sein de cette instance.

Vladimir Poutine a laissé entendre que Moscou, qui participe à la construction de la première centrale nucléaire iranienne, commençait à perdre patience à l’égard de Téhéran, tout en mettant en garde contre toute “initiative abrupte et erronée”. La Russie, l’Europe et les Etats-Unis ont “des positions très proches sur le problème iranien”, a-t-il toutefois souligné après avoir reçu la chancelière allemande Angela Merkel.

<B>Enrichir l’uranium</B>

Philippe Douste-Blazy, chef de la diplomatie française, devait effectuer hier une visite à Moscou, au centre de laquelle figurera le dossier iranien. “La position de la Russie sur ce dossier est très importante et (...) nous souhaitons avoir un échange très approfondi avec la partie russe”, a-t-il dit en soulignant que Paris “déploiera tous ses efforts pour que la communauté internationale soit unie”. L’offre de la Russie, qui propose d’enrichir l’uranium iranien sur son propre sol afin de garantir un usage exclusivement civil, reste sur la table, a rappelé Moscou. L’idée, soutenue par Washington et par Bruxelles, a suscité des réactions ambiguës à Téhéran.

A Londres, un responsable du Foreign Office au fait du dossier iranien a estimé mardi que l’Iran n’envisageait pas sérieusement de sous-traiter l’enrichissement de son uranium à la Russie. “Je pense que l’Iran joue avec la proposition russe, pour des raisons de stratégie”, a jugé ce fonctionnaire. La Chine a quant a elle invité la communauté internationale à faire preuve de patience. “Nous pensons (...) que la chose la plus urgente désormais pour toutes les parties est de rester patientes et de faire tous les efforts possibles pour reprendre les négociations entre la troïka européenne et l’Iran”, a déclaré le ministère chinois des Affaires étrangères.

A Londres, on semble privilégier également une solution négociée. “L’issue idéale est, à notre point de vue, une solution diplomatique. Cela signifie que l’Iran doit se conformer à ses obligations internationales, tel est l’enjeu”, a déclaré le Premier ministre britannique Tony Blair. Transmettre le dossier de l’Iran au Conseil de sécurité ne signifie d’autre part automatiquement que des sanctions économiques seront adoptées à l’encontre de Téhéran, a tenu à préciser un haut responsable britannique, sous l’anonymat.

<B>Oleg CHTCHEDROV</B>

MARCHÉS MONDIAUX

On ne peut se passer du pétrole iranien</B>

■ Une perturbation des exportations de pétrole iranien liée aux frictions provoquées par les ambitions nucléaires de Téhéran aggraverait la situation sur les marchés mondiaux, déjà sous pression, et entraînerait un accroissement supplémentaire des prix, a déclaré mardi le directeur de l’Agence américaine d’information sur l’énergie. “L’équilibre du marché est déjà très fragile et nous ne pouvons donc pas nous permettre de nous passer d’une importante source d’approvisionnement”, a déclaré Guy Caruso dans une interview accordée à Reuters.

Si les Etats-Unis n’importent pas directement du brut iranien, Caruso a estimé qu’une interruption des livraisons de pétrole en provenance de l’Iran affecterait le marché américain parce que les pays s’approvisionnant auprès de lui seraient en concurrence avec Washington pour se fournir auprès d’autres producteurs. “Sur le marché du pétrole, toute perturbation de l’offre a un impact sur tous, parce que le prix augmente pour tous.” Les prix du brut américain ont dépassé les 66 dollars le baril mardi pour atteindre un plus haut de trois mois et demi, du fait des craintes suscitées par les tensions avec l’Iran et des problèmes dans le delta du Niger, région productrice au Nigeria. Caruso s’est refusé à dire si, selon lui, une perturbation des exportations de pétrole iranien ferait grimper le prix du baril au-dessus de la barre des 100 dollars. “Je ne voudrais pas spéculer là-dessus. J’espère (que la querelle autour du nucléaire iranien) sera réglée sans aucune perturbation de l’offre”, a-t-il dit. Les Etats-Unis et l’Union européenne veulent que le Conseil de sécurité de l’Onu envisage de prendre des mesures contre l’Iran pour qu’il mette un terme à son programme d’enrichissement de l’uranium qui, selon les pays occidentaux, pourrait lui servir à se doter d’une bombe nucléaire.

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