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Doris Chan rencontre le chômeur mauricien
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Doris Chan rencontre le chômeur mauricien
En 1982, l?Institut pour le progrès et le développement (IDP) entreprend une enquête parmi les chômeurs afin de pouvoir orienter ses projets de création d?emplois, en fonction des besoins et des aspirations des demandeurs d?emploi authentiques. Doris Chan Ki Chan dirige cette enquête au nom de l?IDP. Horizons Nouveaux, hebdomadaire, alors dirigé par Aly Sayed Hossen et Hedley Romain (adresse : Arcades Makoojee, rue Desforges, Port Louis) et imprimé par Continuous Printing, Plaine-Lauzun, fait part à ses lecteurs des conclusions révélatrices auxquelles aboutit l?IDP.
L?enquête considère que le chômage est non seulement un problème majeur de l?île Maurice de 1982 mais encore il prend de l?ampleur. S?ils sont 26 329 demandeurs d?emploi en janvier 1980, leur nombre passe à 49 135 un an plus tard et même à 56 942 avant le 11 juin 1982. Elle prévoit que ce chiffre ne tardera pas à atteindre les 70 000 mais elle ne tient pas assez compte, sans doute, de la spirale inflationniste préélectorale. Quelques années plus tard, Gaëtan Duval pourra soutenir, sans se ridiculiser, que les seuls chômeurs à Maurice sont les fainéants, pour ne rien dire de l?anecdote de l?agenda chargé du plombier.
Les causes d?un chômage, dont le taux, selon l?IDP, tournerait autour de 20% de la population active, sont trop vagues pour pouvoir éclairer le débat (surpopulation, mauvaise planification, récession mondiale, la structure de notre économie, etc). En revanche, l?enquête pointe déjà un doigt lourdement accusateur en direction d?un système d?éducation qui ?fabrique aussi des inadaptés? aux besoins réels du pays. Dans quelle mesure, nos ministres qui se sont succédé à la tête de notre système éducatif, ont-ils prêté suffisamment d?attention à cette mise en garde dont la pertinence et l?acuité ne font que se renforcer ?
L?enquête de l?IDP vaut surtout pour le tableau qu?il dresse de l?aspect humain du chômage à Maurice, en 1982. Comment le chômeur vit-il sa situation. Comment subvient-il à ses besoins, surtout financiers ? Qu?est-il disposé à faire pour sortir de sa précarité ?
Un chômeur sur trois est disposé à accepter le premier travail venu. Ceux qui ont déjà travaillé, surtout s?ils sont qualifiés, recherchent prioritairement un travail ?col blanc? ou encore un emploi bien rémunéré.
Ils ne sont que quatre sur cent à chercher un emploi agricole. Pire encore, les travailleurs agricoles licenciés préfèrent chercher un emploi dans un autre secteur. Les chômeuses sont plus friandes de job ?col blanc? que les chômeurs. La chômeuse s?implique davantage aux tâches ménagères et domestiques que le chômeur. Elle s?adonne davantage à la lecture que lui. Elle est aussi davantage en quête de formation professionnelle que lui. Le chômeur s?offre, en revanche, davantage de distractions. Amizé somère ! La chômeuse reste généralement chez elle se livrant à la lecture ou à des travaux de couture. Il sort plus fréquemment, pour aller rejoindre ses amis, notamment sous l?arbre à palabres ou au cinéma ou encore à la boutique, mais pas pour y faire des courses domestiques.
Ceux en quête d?un premier emploi souffrent moins du chômage que ceux qui s?y retrouvent après avoir travaillé. Pour les premiers c?est en quelque sorte les vacances qui se prolongent indûment d?autant plus que, souvent, leurs parents continuent à leur assurer l?argent de poche qu?ils recevaient en tant que collégiens. L?assistance familiale est plus dure à digérer quand on a déjà travaillé et qu?on se retrouve à nouveau sur le pavé. Mais l?assistance familiale répond heureusement présente même quand le chômeur est un père de famille et père de plusieurs enfants. Il faudra les abus répétés et sans espoir des esclaves de la drogue pour contraindre cette solidarité familiale à s?avouer vaincue devant ce qui lui paraît une situation sans issue mais aussi menaçant pour la sécurité des autres membres de la famille. Et dire que des partis politiques acceptent d?être financés par des trafiquants de drogue d?où leur impunité notoire !
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